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Crise… quelle crise ?

Crise. Ce mot est utilisé par tous pour justifier l’environnement économique actuel… Mais la durée du phénomène doit désormais nous pousser à nous interroger : et si nous n’étions finalement pas en crise, mais vivions plutôt une transition profonde et durable ? Parler d’une crise sous-entend que l’état final de l’économie redevient conforme à l’état initial, à savoir celui du couple croissance/inflation que nous avons connu au cours des trois dernières décennies. Or ce n’est pas le cas : nous vivons probablement aujourd’hui une transition nous faisant entrer dans un monde dans lequel le couple stagnation/déflation l’emporte.

Cette conviction s’appuie sur une grille de lecture : celle de la démographie. En effet, lorsque l’on sait que les deux principaux déterminants de la richesse créée dans les pays développés, à savoir la consommation et l’investissement, reposent sur des comportements individuels qui évoluent selon l’âge (avec une courbe de consommation au cours de la vie qui présente un pic entre 45 et 55 ans), on ne peut faire abstraction de la compréhension de l’évolution de notre patrimoine démographique. J’ai déjà évoqué les conséquences du vieillissement d’une population (i. e. de l’augmentation de la classe d’âge des plus de 55 ans) : la consommation se réduit et donc le potentiel de croissance est moindre. Or c’est le phénomène qui se déroule actuellement : les baby-boomers ont atteint leur pic de consommation, et arrivent désormais à l’âge de l’inactivité, ce qui se traduit par un recul de leurs dépenses.

L’exemple le plus marquant du poids du déterminisme démographique sur l’économie est pour le moment le Japon. En effet, ce pays a été le premier à bénéficier de l’augmentation de son stock de super consommateurs entre 1970 et le début des années 90. Cette toile de fond incroyablement favorable,  synonyme d’explosion de l’appétit pour la consommation, a littéralement porté l’économie nippone. Ce cycle de très forte croissance a brutalement pris fin au début des années 90 (cf. graphique) : la population japonaise a alors atteint l’âge fatidique de 55 ans. Dans le même temps la croissance annuelle du PIB japonais a fortement ralenti, ce qui est particulièrement visible lorsque l’on regarde l’évolution de la croissance annuelle moyenne par décennie entre 1960 et 2010 : +10,2 % par an (entre 1960 et 1970), +5,2 % (70-80), +4,3 % (80-60), +1,6 % (90-2000) et +0,9 % (2000-2010). C’est donc le vieillissement de la population japonaise qui a avant tout entraîné le pays dans un environnement durable de stagnation/déflation depuis 15 ans.

Potentiel de croissance de la consommation du Japon

Le tournant majeur dans l’histoire de l’Occident en général et de la France en particulier que constitue le « papy-boom » engendrera une baisse importante du potentiel de croissance dans la plupart des pays riches (avec une croissance potentielle passant de +1,7 % par an entre 1998 et 2007 pour la zone euro à +0,8 % par an entre 2014 et 2024), entrant durablement dans « l’hiver démographique ». Le vieillissement de la population remettra ainsi en question les lignes d’équilibre dans notre société, que ce soit en termes de débouchés pour les entreprises ou en termes de soutenabilité de nos modèles de prise en charge collectifs (santé, retraite, chômage, infrastructures mutualisées), créés sur la base d’une population plus jeune. Les prévisions démographiques ne laissent malheureusement guère de place au doute, à la différence des prévisions purement économiques… Nous ne sommes pas en crise, mais vivons bien une transition profonde et durable.

Chiffres clés :

Le profil de consommation croisé avec les prévisions démographiques disponibles nous permettent de calculer un potentiel de croissance de la consommation. Au Japon, ce potentiel était de +1.5% par an à la fin des années 80. Il diminue depuis, et aujourd’hui nul et sera autour de -0.5% en 2030.

En France, ce potentiel théorique de croissance se situait autour de +1% par an entre 1980 et 2000. Il est aujourd’hui à +0.7% par an, et chutera à +0.3% d’ici  2025. L’Allemagne quant à elle a connu son pic de croissance potentielle de la consommation en 1995, à +1.3% par an. Il se situe aujourd’hui à +0.2% et sera nul en 2020.

 

Article extrait de la revue Décryptage

sous la direction de Pierre Sabatier, PrimeView

9 réponses
  1. marc
    marc says:

    Bonjour
    La situation démographique des pays industrialisés est un faux argument. La population française en 1945 était de 45 millions d’habitants pour environ 4.5 millions de paysans.
    En 2010 la France comptait 65 millions pour moins de 1 million de paysans
    Pas de famine en France pour autant. Pourquoi? nous connaissons les raisons technologie production accrue etc…je sais mal bouffe par la suite, production industrielle , etc.

    Mais il faut bien voir que cet argument démographique est aussi valable pour les retraites. Par le biais des cotisations nous avons un régime de retraite solide et qui ne dépend pas comme les fonds de pensions et autres régimes privés des marchés financiers. Les réformateurs veulent nous enlever une partie de ce privilège de notre système de répartition . Ils veulent nous faire peur et nous pousser vers la voie de la privatisation pour se servir à leur tour. Cela a commencé en 1987 avec Séguin et le gel des cotisations patronales. Pour remédier a cela Bernard Friot propose la cotisation et la révolution salariale comme solution. Généralisation de la cotisation à tous les niveaux de la société salarié jusqu’à à 100 % du salaire, entreprise pour l’investissement par une cotisation économique, etc à l’image de notre système de retraite . Création de caisses d’investissements pour les entreprises, caisses des salaires pour les salariés , etc. Nous nous passons de tout ce qui représente les marchés financiers !!
    Puis suppression de la propriété lucrative par la propriété d’usage. Voir les livres ‘l’enjeu des salaires’ l’enjeu des retraites, de Bernard FRIOT.

  2. gdemarescau
    gdemarescau says:

     » Par le biais des cotisations nous avons un régime de retraite solide et qui ne dépend pas comme les fonds de pensions et autres régimes privés des marchés financiers. » Vous écrivez ça sérieusement?! Ou c’est une boutade?
    « Les réformateurs veulent nous enlever une partie de ce privilège de notre système de répartition ». Encore plus fort! Le privilège de partir avec 50% de son dernier salaire au maximum? Et plus près de zéro pour ceux qui partiront dans 20 ans? Privilège oui, mais seulement dans la fonction publique où il partent avec 70 à 90% de leur dernier salaire (sans oublier que via Préfon ils bénéficient eux seuls des fonds de pension…. « Puis suppression de la propriété lucrative par la propriété d’usage ». Là plus nécessaire de commenter; nous sommes en URSS.

  3. bourdeaux
    bourdeaux says:

    Bonjour et merci pour ce nouveau site qui promet de bonnes choses !

    Je me permet d’ajouter à cet article que la démographie des pays émergeants est aussi sur une pente déclinante ; le nombre d’enfants par femme diminue lentement mais sûrement dans les couches sociales instruites du monde arabo-musulman, et depuis plus de 20 ans. Et pour prendre un peu plus de recul, disons que nous avons vécu depuis 60 ans deux révolutions, une industrielle et une technologique. Toute révolution prend fin un jour, et ce jour-là donne souvent la gueule de bois !

  4. Gibbus
    Gibbus says:

    En admettant que vous vous ayez raison quand vous dites: Nous ne sommes pas en crise, mais vivons bien une transition profonde et durable.(ce que je suis enclin à penser)
    Quel modèle économique pensez-vous voir émerger?
    Que peut devenir le mode de production capitaliste basé sur rendement du capital et la concurrence (je vous cite) dans un monde dans lequel le couple stagnation/déflation l’emporte?
    Par ce que de mon point de vue de non initié, je vois poindre un monde de sous-investissement et d’hyper-concentration du capital!!!

  5. fdigano
    fdigano says:

    C’est pour cette raison qu’ils nous amènent gentiment vers une guerre mondiale.
    En détruisant tout et en éliminant au bas mot la moitié de la population, ils résoudront tous leurs problèmes, et il n’y aura plus que de la croissance en perspective…
    Un bon conseil, achetez vous dès maintenant un bon casque et un masque à gaz de catégorie 4, ça sera toujours utile et ils ne sont pas chers en ce moment 🙂

  6. BA
    BA says:

    En bas de cet article de CHALLENGES, un diaporama dresse le classement de la dette par habitant :

    1- Médaille d’or : Japon. La dette est l’équivalent de 71 015 euros par habitant.

    2- Médaille d’argent : Etats-Unis. La dette est l’équivalent de 39 850 euros par habitant.

    3- Médaille de bronze : Belgique. 34 875 euros par habitant.

    4- Italie : 33 910 euros par habitant.

    5- Royaume-Uni : 31 712 euros par habitant.

    6- France : 29 300 euros par habitant.

    7- Grèce : 28 217 euros par habitant.

    8- Allemagne : 24 896 euros par habitant.

    9- Espagne : 20 929 euros par habitant.

    10- Portugal : 15 780 euros par habitant.

    http://www.challenges.fr/economie/20140703.CHA5763/zone-euro-la-croissance-ralentit-en-juin.html?

    CHALLENGES a oublié l’Irlande.

    Irlande : dette publique de 202,920 milliards d’euros. Nombre d’habitants : 4 722 028. Dette par habitant : 42 973 euros.

    Donc l’Irlande est médaille d’argent.

    L’Irlande est la deuxième nation la plus endettée du monde : 42 973 euros par habitant.

  7. BA
    BA says:

    En 1815, la Sainte Alliance, c’était quoi ?

    La Sainte-Alliance est formée le 26 septembre 1815 à Paris par trois monarchies européennes victorieuses de l’empire napoléonien héritier de la France révolutionnaire, dans le but de maintenir la paix dans un premier temps, puis de se protéger mutuellement d’éventuelles révolutions. Sous l’impulsion de Metternich (congrès de Troppau en 1820, congrès de Laybach en 1821) et de son affirmation d’un « droit d’intervention si la situation intérieure d’un État menace la paix de ses voisins », elle devient une alliance contre-révolutionnaire, réprimant les insurrections et les aspirations nationales contraires au maintien de l’ordre de Vienne.

    (Article Wikipedia)

    En 2014, la Sainte-Alliance, c’est quoi ?

    C’est l’alliance de trois groupes politiques qui ont le pouvoir au Parlement Européen :

    les conservateurs du PPE (droite)
    les socialistes du S&D (gauche)
    les libéraux de l’ADLE

    Le Parlement européen issu des élections du 25 mai, qui se réunit aujourd’hui à Strasbourg pour sa session constitutive, a, en effet, mis en place un véritable «cordon sanitaire» destiné à isoler les europhobes et à les priver de tous postes de responsabilité. Pour ce faire, les conservateurs du PPE, les socialistes du S&D (socialistes et démocrates) et les libéraux de l’ADLE, trois groupes pro-européens, ont scellé une Sainte Alliance valable pour la durée de la législature (2014-2019).

    http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2014/07/le-parlement-europ%C3%A9en-dresse-un-cordon-sanitaire-autour-des-europhobes.html

    En 2014, la Sainte-Alliance exerce le pouvoir au Parlement Européen.

    Comme en 1815, la Sainte-Alliance est contre-révolutionnaire, elle combat les aspirations nationales et démocratiques, elle combat la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.

    Comme en 1815, les patriotes doivent faire la guerre à la Sainte-Alliance.

    Elle doit être combattue, et détruite.

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