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« Nouveau monde, nouvel avenir »

Dans le cadre du colloque du Groupe Agrica qui s’est déroulé le 19 juin dernier sur la thématique « Nouveau monde, nouvel avenir ? », Pierre Sabatier a participé à la table ronde « Bien plus qu’une crise, une évolution profonde de nos modèles contemporains ». Nous vous proposons de retrouver dans cet Edito la synthèse de son intervention au cours du débat avec le professeur d’histoire économique Philippe Chalmin et le philosophe et écrivain Ollivier Pourriol, sous la direction de Philippe Bloch, chroniqueur aux Echos et à BFM Business :

 

Philippe BLOCH

Messieurs, vit-on une crise, ou plus profondément, une mutation du monde ?

Pierre SABATIER

Nous ne sommes pas en crise, à mon avis, mais dans une période de transition. Une crise suppose un retour à l’état initial une fois le processus accompli. Par conséquent, il n’est point besoin de changer pour faire face à la crise. Or nous sommes en transition, parce que notre patrimoine démographique vieillit. En économie, l’âge clé est celui marquant le passage de l’état de producteur à celui de non producteur, soit l’âge de la retraite. Aujourd’hui, les cohortes de baby-boomers parviennent à ce stade. L’évolution du comportement du consommateur en fonction de l’âge est le trait le mieux partagé entre les sociétés, qu’il s’agisse de la France, des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne… Après 55 ans, les ménages tendent à réduire leur consommation, ceci de plus en plus vite. Cette tendance s’observe partout et de tout temps. Ainsi, la France a un problème, qu’elle partage avec d’autres pays riches. Le problème est majeur dans la mesure où, dans ces pays, la richesse repose aux deux tiers sur la consommation des ménages. Ce phénomène conduit à anticiper des taux de croissance plus réduits que par le passé.

Dépenses moyennes des ménages par tranche d'age en 2005

Comment peut-on faire, sans se réformer, pour faire face à une croissance de l’ordre de 0,5 % ?

On ne peut que faire différemment – et le propos s’applique avant tout aux chefs d’entreprise. La croissance nous a habitués à ne jamais régler les problèmes. Désormais, faute de pouvoir continuer ainsi, nous avons besoin d’une révolution intellectuelle. Dans notre société, l’arbitrage deviendra incontournable.

Pourquoi est-ce plus difficile à vivre en France ?

Ce n’est pas le cas, même si nous aimons à penser que nous sommes différents. Les Japonais ont été frappés par cette transition depuis les années 1990. Le cas de ce pays est même exemplaire. Pourtant, les Japonais attendent ; ils n’ont mené à bien aucune réforme, et leur endettement atteint 240 % du PIB. Lorsqu’un pays vieillit, la dette augmente naturellement. En Allemagne, la réaction a été bien différente, marquée par le courage. Avant tout, il s’est agi du courage de faire un diagnostic fort. Ensuite, la réaction, des plus judicieuses, a consisté à réformer le marché du travail, à une période, les années 2000, où la demande des pays émergents a explosé. Ce « timing » a permis à l’Allemagne de compenser la faiblesse de sa demande interne par l’exportation. Au début des années 2000, les exportations représentaient 28 % du PIB allemand contre 53 % aujourd’hui.

L’innovation peut être une réponse, or généralement, les Français sont innovants.

La mondialisation complexifie le monde. Ainsi, quand bien même les choses resteraient simples en elles-mêmes, elles seraient tout de même de plus en plus imbriquées entre elles. Pourtant, dans ce nouveau monde, notre manière d’éduquer est la même : nous formons des experts très performants dans leur secteur, qui « fonctionneront » plus tard « en silo ». Les grandes transformations ne peuvent se produire à partir d’un tel modèle. En fin de compte, le levier de la France est celui de l’éducation. Il ressort du micro-trottoir, alors que nous avons accès à une information qui n’a jamais été aussi pléthorique, que nos concitoyens sont perdus. Pour reconstruire un monde positif, il nous faut de l’éducation – et de l’investissement dans les médias, dans la mesure où l’éducation ne s’arrête pas à la sortie de l’école.

 

Retrouvez la synthèse complète des débats des tables rondes « Bien plus qu’une crise, une évolution profonde de nos modèles contemporains » et « Les nouveaux défis et les nouvelles voies des précurseurs ».

2 réponses
  1. michel
    michel says:

    bonjour M. Sabatier,
    félicitations aux Éconoclastes, le débat public a bien besoin de vos analyses. Ici, en ce qui concerne l’Allemagne, je ne suis pas d’accord avec vous. Aujourd’hui, l’Allemagne paraît bien parce qu’elle exporte beaucoup. Rappelons que c’est principalement l’Allemagne qui garantit la non remboursable dette des pays du sud de l’Europe. Tout le monde sait que ces pays finiront par déclaré faillite. À ce moment, ce trou sans fin de dettes deviendra un problème allemand. De plus, en finançant à l’infini les pays du sud de l’Europe, les Allemands subventionnent leur économie car l’excédent commercial leur est grandement favorable. Les exportations de l’Allemagne piqueront du nez en même tant que la dette des pays du sud de l’Europe retombera sur ses épaules. En fait, l’Allemagne n’a guère un meilleur avenir que la France, l’Italie, l’Espagne ou la Grèce.
    Il faudrait arrêter de dire que les Allemands ont du  »courage » et qu’ils agissent mieux que les autres. La réalité est que l’économie s’éteint. Pourquoi? La richesse capitaliste et la richesse que les humains souhaitent, sont deux choses différentes. Pour le système capitaliste, c’est l’accumulation de l’argent qui compte et seulement ça. Cela ne peut se faire qu’à travers l’accumulation des marchandises. Pourquoi? Parce que l’argent n’est que l’expression concrète de la valeur abstraite des marchandises. Le système capitaliste n’est donc qu’une accumulation de valeur abstraite qui se calcule en temps de travail humain. Car le travail humain est le seul dénominateur commun des marchandises et permet ainsi les échanges sur le marché. Mais avec l’arrivée des robots et de l’informatique dans les années 70, la quantité de travail humain au sein des marchandises a diminué drastiquement. Ce qui signifie qu’il n’y a presque plus de travail humain dans les marchandises, par conséquent beaucoup moins de valeur, donc, dans le monde concret, presque plus d’argent valable. De là découle l’économie néolibérale où la superstructure financière tire l’économie réelle. Il est plus qu’urgent de déconnecter la production des biens à la logique de la valeur, la logique du capital. Un merveilleux livre en français vient de sortir à ce sujet (je l’avoue pas très évident mais très constructif) soit LA GRANDE DÉVALUATION de Trenkle et Lohoff.

  2. alain
    alain says:

    Hug,
    Merci pour le partage,
    Je voudrais émettre quelques objections (de tailles) : crise ou transition se détermine (selon moi) par le fait que l’état d’après n’est pas le même que l’état d’avant ! C’est plus ou moins violent suivant qu’il s’agit d’une crise ou d’une transition…d’où ce mail car c’est de l’intro qu’il s’agit :o)
    Forcemment pas d’accord avec tout, j’apprécie quand même grandement vos échanges, merci encore :o)

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