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Traité transatlantique : un nouveau passage en force ?

L’opinion publique s’inquiète depuis le début de l’année de la négociation au sujet de la création d’un vaste marché de libre échange entre l’Union Européenne et les Etats-Unis, concernant les biens, les services mais aussi les capitaux. Derrière le grand principe du « commerce comme vecteur de paix entre les peuples », trois aspects de ce traité transatlantique cristallisent d’ores et déjà les critiques :

 

  1. Le premier est celui de la possibilité pour les entreprises implantées dans les pays signataires de délocaliser leurs effectifs sans restriction vers des pays où le coût du travail est plus faible. Ce nivellement par le bas, synonyme de dumping social, fait craindre la poursuite du creusement des inégalités, et avec elle une forme de dislocation sociale.
  2. La sécurité alimentaire est un autre point d’inquiétude : les normes européennes étant plus strictes que celles des Etats-Unis (sans parler des normes internationales, qui constituent le plus petit dénominateur commun) celles-ci pourraient être considérées comme des barrières commerciales illégales. Cela pourrait remettre en cause l’équilibre agricole précaire de l’Europe.
  3. Enfin, l’énergie est au centre des polémiques. Outre la disparition potentielle des barrières aux exportations de gaz naturel vers les pays signataires des accords transatlantiques, le traité pourrait priver les Etats de la possibilité de s’opposer au recours à la fracturation hydraulique par des sociétés étrangères ayant obtenu un permis de prospection.

 

Bien sûr, rien de cela ne sera mis en place tel quel, et il faut prendre garde aux conclusions hâtives. S’il est trop tôt pour juger le contenu de ce potentiel « méga-traité » dans les détails (qui ne sont d’ailleurs pas publiques), le procédé, basé sur l’absence de transparence, semble voué à cristalliser les critiques, les fantasmes et la suspicion. La méthode employée rend le projet de moins en moins populaire, conséquence d’un mandat trop large donné à la Commission, qui prive les négociations d’une véritable légitimité démocratique. Dans ces conditions, il est encore trop tôt pour considérer que cet accord ne finira pas comme le précédent, abandonné à la fin des années 90, faute de ce même manque de légitimité démocratique…

 

Pierre Sabatier, PrimeView

Article extrait de la revue mensuelle Décryptage (n°13)

4 réponses
  1. Palisse
    Palisse says:

    Merci Monsieur Sabatier pour cet éclairage. Une fois de plus, la Commission Europénne, au nom d’une idéologie de libre échange jusqu’au boutiste (qu’aucun pays et surtout pas les Etats-Unis ne partage!) fait ce qu’elle veut sans réaliser que les desiderata de beaucoup d’habitants de beaucoup de pays dans l’UE ne vont pas aussi loin dans ce sens. Oui au commerce, mais non au tirage vers le bas en adoptant des normes qui ne sont pas les nôtres, surtout au plan alimentaire (il y a des conséquences irréversibles et on en veut pas!). Marre de cet autisme de la Commission Européenne… C’est celà qui fait monter les extrêmes dans les pays.

  2. Jean Schmitz
    Jean Schmitz says:

    Qu’on les laisse venir, et bien s’implanter. ensuite, les gens feront le reste : Sabotage et destruction des batiments et outils de protection, manifs sans fin, et revolutions….

  3. Jean Schmitz
    Jean Schmitz says:

    et outils de production, aussi… on peut toujours faire sauter (pour du bon), quelques maisons-meres de banques pendant la nuit,…

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