,

Comment le prix du pétrole influe-t-il sur la mobilité individuelle?

Trois facteurs majeurs  impactent la propension des personnes à posséder et à se déplacer en voiture individuelle:

1. Le cours du brut

Il devrait évoluer durablement entre un plancher de 100$/baril et  un plafond de 120$/baril selon Sadad al Husseini, responsable de l’exploration et du développement de la Saudi Aramco.

« Mon scénario de base pour le prix du brut [en dollars constants] se situe toujours entre 105 et 120 dollars le baril, avec un plancher de volatilité à 95 dollars et une pointe plus probable à 140 dollars le baril d’ici à 2016/2017 »

Des pointes basses (60$) et hautes (140$) sont possibles mais ne sont pas durables.

Au-dessus de 100$, on détruit de la demande aux US et au-dessus de 120$ on détruit de la demande en Chine. Or, comme le transport représente 60% de la consommation de pétrole mondiale, c’est bien la mobilité qui trinque, les gens utilisant moins leur voiture et lui préférant soit un autre mode de transport, soit l’ « immobilité ».

« La demande de pétrole aux Etats-Unis à tendance à se contracter dès que le cours du baril de Brent est au-dessus de 103 dollars ; elle fait de même en Chine dès que le cours du Brent dépasse 120 dollars« 

Concernant le plancher de 100$/baril, celui-ci est nécessaire pour que:

– Les grandes compagnies pétrolières puissent continuer à investir pour soutenir leur production tout en préservant le versement de dividendes. En effet, la plupart des grands producteurs ont maintenant besoin d’un baril de Brent à 120 ou 130 dollars pour maintenir leurs niveaux actuels de dividendes en même temps que leurs programmes d’investissements.

– Les pays producteurs puissent équilibrer leur budget et maintenir la paix sociale

2. Le niveau de taxe locale

En France (et en Europe en première approximation), le cours du brut ne représente que 35% du prix du carburant, alors que les taxes – TICPE qui est fixe et TVA à 20% – représentent 50% de ce que nous payons à la pompe. Les 15% restant sont liés au raffinage et au transport.

pompe

Source: Connaissance des Énergies

Quand bien même le prix du pétrole atteignant les 150$ le baril (soit une hausse de 50% par rapport à la valeur moyenne des 3 dernières années), le prix de l’essence en France (et c’est vrai en Europe en règle générale) n’augmenterait que de 20% (35% x 50% = +17.5% auxquels il faut ajouter la hausse de la TVA).

Le prix d’1 litre d’essence ne passerait donc que de 1.5 €/L à 1,8 €/L. Cela signifie que nous ne sommes pas prêts d’avoir un litre d’essence à 2€/L, à moins qu’une taxe carbone significative soit mis en place. Et à priori ce n’est pas demain la veille !

Aux Etats-Unis, par contre, les niveaux de taxes sont beaucoup plus faibles sur le carburant – un litre d’essence coûte 75 ct d’euros, soit 2 fois moins cher qu’en Europe. La part du brut représente donc 70% du prix final et chaque hausse du cours du brut a un impact beaucoup plus important qu’en Europe et détruit de la mobilité en voiture individuelle.

carte

Source: Banque Mondiale

L’inverse est bien évidemment valable. Avec la baisse récente des cours du pétrole, Hummer, qui avait arrêté de vendre ses véhicules consommant 20 L/100km, relance son activité.

hummer

Source: The Washington Post

Si l’évolution du cours du brut peut avoir un impact important sur la mobilité individuelle aux US, il faut plutôt s’intéresser à l’évolution des revenus des ménages en Europe pour savoir si les européens vont eux aussi s’acheter un Hummer pour Noël.

3. La part du transport dans le budget des ménages

conso

Le budget annuel alloué au transport par les ménages français est de 4000 € :

Source : Insee, enquête budget des familles 2006

Le revenu médian d’un ménage français, en baisse depuis 2009, est lui d’un peu moins de 30 000 €/an.

revenu

Source : Insee

Le transport représente donc presque 15% du budget d’un ménage, et devance l’alimentation et le logement sur le podium des postes de coût les plus importants d’un ménage.

SI l’on s’intéresse maintenant de plus près à l’évolution du « compte de résultats » des ménages – à la fois les revenus mais aussi les coûts:

– Revenus: en baisse depuis 2009

– Logement: en hausse depuis 1998 (multiplié par 2.5 en 15 ans)

– Alimentation : en hausse

On aura toujours besoin de se loger mais aussi de se nourrir.

Résultat : quel budget trinque?  Le transport, dont le budget chute de 9% en 2013 par rapport à 2012. Et c’est bien à cette nouvelle donne que l’industrie de l’automobile va devoir durablement s’adapter.

Nicolas Meilhan

Lien vers la tribune publiée dans l’Argus le 22 décembre 2014

2 réponses
  1. Malhone
    Malhone says:

    Utiliser un graphique de datant de 2006 pour étayer votre analyse ?! Alors que vous jugez une situation actuelle ?

  2. Les Econoclastes
    Les Econoclastes says:

    Monsieur, vous avez raison sur l’importance de la véracité des sources et des données auxquelles nous faisons très attention.
    Il est ici utilisé cette donnée pour montrer que l’énergie représente une part importante des dépenses des ménages.
    Je ne pense pas que ce chiffre est beaucoup varié sur la dite période. Qu’en pensez vous?
    Cordialement.

Répondre

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *