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Moyen-Orient : le dessous des cartes

A l’heure où les djihadistes de l’EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant) poursuivent leur djihad en Irak, la carte géopolitique se redessine presque au jour le jour, et il devient de plus en plus difficile de saisir toute la subtilité de la situation en cours.

Pour comprendre la confrontation et les objectifs de chacun, il faut commencer par un bref retour en arrière, en 1916, lorsque le diplomate français Georges Picot définit avec l’anglais Mark Sykes, les zones d’influence de la France et de l’Angleterre en cas de défaite de l’Empire ottoman dans la première guerre mondiale. L’Irak n’existait pas avant cet événement, et les frontières ont été dessinées sur la carte, au mieux en tenant compte de la répartition des populations chrétiennes, au pire sans tenir compte de la religion et des cultures de chacun.

Voilà donc l’Irak créée, et composée d’une population mêlant un tiers de sunnites et deux tiers de chiites. Cet élément est d’importance car la distinction entre ces deux schismes de la religion musulmane est la source de plus de conflits au Moyen-Orient que les divergences avec n’importe quelle autre religion. Ainsi, l’opposition entre l’Iran, à majorité chiite, et l’Irak, longtemps gouverné par le sunnite Saddam Hussein, trouve-t-elle son origine dans un conflit religieux. De même, l’opposition entre l’Arabie Saoudite, majoritairement sunnite, et l’Iran chiite pour la domination du Moyen Orient est basée sur ce différend religieux.

carte

Le rêve de l’Iran est ainsi de dominer la zone en rassemblant les puissances chiites de la région, que sont la Syrie, le Liban et l’Irak, à ses côtés. S’ajouterait à cela le nord de l’Arabie Saoudite, peuplé par la minorité chiite du pays. Et c’est là que le bât blesse pour les princes saoudiens. Un empire chiite trop puissant est impossible car il ferait tout pour rallier le nord de l’Arabie… où se trouve la majorité des champs pétroliers du pays.

C’est la raison pour laquelle, depuis des années, les saoudiens luttent contre le chiisme dans la région, aidés en cela par leurs alliés américains. C’est ainsi que ceux-ci ont armé et formé les rebelles sunnites qui se sont levés pour renverser Bashar Al-Assad en Syrie. Là encore, les intérêts religieux se mêlaient aux intérêts économiques, la Syrie étant un pays stratégique pour le commerce du gaz extrait par l’Iran et le Qatar dans le Golfe Persique.

Le problème est qu’à trop jouer avec le feu, on finit par se brûler : ce sont aujourd’hui les rebelles sunnites liés à Al Qaeda que les américains ont armé en Syrie qui ont traversé la frontière et sont en train d’essayer de prendre le contrôle de l’Irak, passé sous gouvernement chiite ! Les Etats-Unis se retrouvent donc à aider Al Qaeda à reprendre un pays qu’ils sont allés libérer. Curieux. Et les conséquences pourraient ne pas s’arrêter là. Car les USA étant dans l’incapacité politique de relancer une opération en Irak –l’opinion publique américaine ne le tolérerait pas- pourraient être obligés d’aller chercher du soutien auprès des grandes nations chiites, c’est-à-dire… l’Iran. Des discussions ont d’ores et déjà commencé, même si le gouvernement Obama tente pour l’instant d’en limiter la dimension, tant ils ont passé ces dernières années à faire de l’Empire Perse un diable infréquentable. On pourrait ainsi voir Obama assouplir les sanctions sur le pétrole iranien en échange d’une coopération sur le dossier irakien, afin de s’assurer un bon approvisionnement des marchés pétroliers en remplaçant le pétrole irakien par le pétrole iranien jusqu’à ce que la situation se soit stabilisée en Irak.

Pas facile, donc, d’y voir clair, dans ce dossier, si ce n’est que c’est toujours le contrôle de l’énergie qui définit les relations politiques dans la région. Mais les américains semblent aujourd’hui dans une drôle de situation… Comme le disait Alexandre Adler, spécialiste des questions géopolitiques, lors d’une conférence il y a quelques années, n’oublions pas que ce sont les Perses qui ont inventé la diplomatie ! Ainsi, si le dossier irakien ne pose pas de risque physique au marché du pétrole pour l’instant (les champs pétroliers sont situés dans une zone sécurisée au sud du pays), les conséquences géostratégiques des événements en cours pourraient redistribuer les alliances et les influences dans la zone.

par Benjamin Louvet, Prim’ Finance

3 réponses
  1. bobob
    bobob says:

    « Alexandre Adler, ancien directeur du Monde Diplomatique »

    Vous êtes sûr de ça?

    Wikipedia mentionne Libération, le Monde, Le Figaro, etc mais pas le Monde diplomatique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Adler#Carri.C3.A8re_journalistique

    Le Monde diplomatique qui lui avait d’ailleurs consacré un article en 2005 : « Souvent présenté comme un visionnaire de génie, notre expert a accumulé les prévisions malencontreuses. Le 14 avril 2001, il annonce sur France-Culture que « George W. Bush va rentrer en conflit avec l’aile conservatrice de son parti et il s’y prépare ». Sitôt après les attentats du 11-septembre, le doute n’est pas permis : « Bien sûr, le Pakistan est en guerre avec les Etats-Unis (…) L’Inde est prête à aider les Américains à détruire l’armée pakistanaise. » (Radio J, 20 septembre 2001). Au lendemain de l’intervention militaire américaine en Irak, Adler assène : « Il est plus raisonnable de penser que ces armes biologiques et chimiques ont existé. (…) Saddam Hussein (…) a préféré les enterrer profondément (…) ou en détruire un grand nombre (…), ce qui évidemment ridiculiserait Américains et Anglais (10). » Un an plus tard, il affirme encore que « Bush n’a pas menti (…) il croyait sincèrement à la présence effective d’armes de destruction massive en Irak » (Le Figaro, 6 septembre 2004). »

    (http://www.monde-diplomatique.fr/2005/06/REYMOND/12563)

  2. BA
    BA says:

    Mercredi 17 décembre 2014 :

    Le spectre d’un risque systémique éloigne Wall Street des 18.000 points.

    Wall Street se voyait déjà début décembre conquérir le Graal des 18.000 points mais la chute de l’or noir fait planer l’ombre d’un risque systémique sur des marchés américains angoissés par la perspective d’avoir trop misé sur l’énergie.

    http://www.romandie.com/news/Le-spectre-dun-risque-systemique-eloigne-Wall-Street-des-18000-points/546884.rom

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