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Si l’on secouait un peu la tête pour égaliser le sable ?

Article publié sur bilan.ch (le 12 février 2015)

 

J’en ai marre. J’en ai vraiment marre d’entendre tout et n’importe quoi au sujet de ces « Swissleaks », je suis fatigué d’entendre que n’importe qui profite de l’histoire pour se faire mousser sur le web, vomir sur la Suisse, attaquer le Secret Bancaire (qui est déjà mort depuis longtemps) et se positionner en JUSTICIER DE LA LOI ET DE LA FISCALITE contre les méchants Suisses qui ne font que voler les impôts des pauvres pays limitrophes et d’ailleurs.
Tout d’abord, je voudrais clarifier une chose : je ne veux pas tomber dans le patriotisme de bas étage, loin de moi cette idée, mais au bout d’un moment, alors que certains « experts étrangers » ne cessent de déblatérer n’importe quoi sur la Suisse et son système bancaire, sans regarder un tout petit peu plus loin que ce qui leur sert de cerveau, cela devient épuisant et ça donne envie de remettre (un tout petit peu) l’église, la mosquée ou la synagogue au milieu du village (désolé pour la confession que j’ai oubliée).
Reprenons donc un peu tout cela depuis le début…

Falciani est un escroc et un voleur

Il y a quelques années, le héros de toute une nation, enfin surtout la partie gauche de la nation – Monsieur Falciani – a violé le contrat de travail qui le liait à son employeur et s’est allégrement servi dans la base de données de la banque pour laquelle il travaillait et a gravé un CD contenant près de 100’000 noms. Sachant que son forfait était illégal en Suisse et passible de 5 ans de prison et/ou de dix millions d’amende (et le franc suisse est fort), il a courageusement quitté le pays pour aller se planquer dans le Sud de la France… Sur la destination géographique, on ne peut pas lui en vouloir, c’est un bon choix, la plupart des chanteurs français y vont d’ailleurs en été.
À partir de là, afin de couvrir ses fesses, Monsieur Falciani a commencé à jouer les Arsène Lupin qui avait fait ça pour sauver le monde libre et démontrer que les Suisses sont des vilains méchants et que lui il aurait voulu être Robin des Bois, mais y avait pas ça comme job chez HSBC… Bref, il a voulu nous faire croire qu’il n’a JAMAIS VOULU, A AUCUN moment s’enrichir sur le dos de ce CD. Et puis ensuite, la marmotte elle met le chocolat dans le papier et elle emballe le chocolat…

Le contenu de ce CD est une question d’interprétation

Une fois que ce CD fût arrivé sur le bureau d’un fonctionnaire français, on s’est empressé d’expurger la liste et d’y enlever les noms des gens que ça pourrait éventuellement déranger. Des gens que dans les « Méchantes Banques Suisses », on appelle des PEP’s… Personnage Exposé Politiquement… Du coup, cette liste ne laissait apparaître plus que des stars, des artistes, des professions libérales, des gens qui ne vivent pas au crochet de l’Etat et qui en avait un tout petit peu marre d’être ponctionné comme des esclaves sur leurs revenus. Ça s’appelle la loi à deux vitesses…
Oui, parce que l’on ne va pas me dire que de TOUS LES HOMMES politiques français, Jérôme Cahuzac est le SEUL à avoir trouvé une banque suisse où aller déposer son agent. Je veux bien croire que la douane de Bardonnex est parfois compliquée à franchir pour peu qu’un douanier suisse veuille vous vendre une vignette autoroutière, mais quand même !!!

Les autorités ont donné un os à mâcher à la presse

Une fois que les autorités eurent enlevé ce qui était compromettant, on a tout renvoyé la chose à la presse, en prenant bien soin de ne pas redistribuer le produit à n’importe quel journaliste et en sélectionnant bien celui qui serait susceptible de faire le plus de bruit possible.
Ce ne fût pas bien compliqué ensuite. Vous mettez une centaine de journalistes sur le même morceau de bidoche, ils vont vous trouver une demi-douzaine de théories du complot et tenter de nous faire croire que l’info distillée est le fruit d’une longue enquête épuisante qui les a menés dans les bas-fonds du quartier des banques.

secret-bancaire-jpg

Et à la fin quoi ?

À la fin on donne en pâture au public une liste de noms, afin que le public de base lâche sa frustration sur des gens qui auraient soustrait de l’argent au fisc et donc affamé des enfants et des vieux dans les rues de la capitale française et d’ailleurs – par contre personne n’est surpris que les multiples maîtresses successives de François Premier vivent partiellement au crochet du contribuables – la stratégie a fonctionné puisque depuis la plupart des personnes limitées intellectuellement se sont jetées sur les noms qu’on leur donnait en SUPPOSANT qu’elles avaient fraudé le fisc.. Alors qu’à AUCUN MOMENT il n’a été garanti que les gens présents sur cette liste, étaient des fraudeurs, mais simplement des gens qui avaient un compte en Suisse. Même en ce temps-là, il était AUSSI possible d’ouvrir un compte « déclaré » et parfaitement légal aux yeux de la justice française…

D’ailleurs la loi suisse disait qu’un banquier n’avait pas le droit d’aider ACTIVEMENT à l’évasion fiscale, par contre il n’était pas interdit d’accepter PASSIVEMENT des fonds. Point de détail hypocrite s’il en est, mais pourtant, comme le dit très justement l’inspecteur Harry : « la loi c’est la loi, punk »…

Aujourd’hui on se refait le scénario de série B dans lequel le banquier est un gros monsieur qui ne pense qu’à s’enrichir et qu’il est prêt à tout pour y arriver. La seule chose, la seule différence, c’est que les « listes » de Môssieur Falciani datent d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître et tout ce qu’a fait la banque dans le rapport utilisé dans la presse ces jours-ci, datent d’une époque durant laquelle les lois n’étaient pas les mêmes, les réglementations étaient différentes, c’était un autre temps. En 2015 tout a changé, les comptes qui étaient encore non-déclarés ont tous reçu un sac de sport avec de la menue monnaie et se sont tirés ailleurs. Les banques suisses ont fait leur boulot, maintenant elles sont transparentes (presque), les lois ont changé et le secret bancaire est virtuellement mort, la Suisse n’est plus le paradis fiscal qu’elle a eût été et il serait bon que certains pays, voir certains journalistes nous lâchent les bas de pantalons une fois pour toute…

Ce n’est pas la première fois

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’on se fait démonter ces dernières années. Ce n’est pas la première fois que l’on fait passer la Suisse et ses banques pour des voleurs d’impôts, les Américains nous ont déjà fait le coup il n’y pas si longtemps. Et après des mois et des années de jérémiades en provenance de Washington comme quoi le secret bancaire mettait en péril la brillante économie américaine et qu’à la limite, la crise des Subprimes, si ça se trouve, c’est tout de la faute des banques suisses – notre brave conseillère fédérale, EWS, pour les intimes, a tout lâché et a finalement dynamité le secret bancaire. À partir de là, tous les clients qui ne pouvaient plus se cacher en Suisse ont dû trouver refuge ailleurs. Certains se sont régularisés, soit. Mais une bonne partie ont pris leurs affaires et sont allés ouvrir des comptes ailleurs.. D’ailleurs : le saviez-vous ? Si vous voulez ouvrir un compte non-déclaré pour planquer votre argent des mains griffues du fisc de votre pays, savez-vous quel est un des meilleurs endroits pour le faire ?

Bingo : LES USA…Une structure au Delaware et hop, tant que vous n’êtes pas Américain, vous devenez invisibles. Les Américains n’ont pas signé les accords d’échanges d’informations, alors vous croyez sérieusement que si le fisc français se pointe à Washington DC pour savoir si un de leurs concitoyens a un compte là-bas, ils vont répondre ???? Eh non, le client est roi…

En conclusion : lâchez-nous les baskets

Ce matin je suis tombé sur article des « jeunesse socialistes » qui veulent déclarer la guerre à la Suisse et aux paradis fiscaux, mais que quelqu’un dise à cette bande d’andouilles qu’ils n’ont rien compris !!! Ce que l’on vient d’apprendre, on le sait depuis des années !!!! Ce n’est pas nouveau, il faut peut-être aussi se demander pourquoi tout le monde veut s’en aller de cet enfer fiscal qu’est devenu la France !

Et il faut aussi comprendre que ceux qui attaquent la Suisse et le secret bancaire (ou ce qu’il en reste), ne le font pas pour récupérer des impôts, mais du business… Regardez aujourd’hui qui sont les plus grands concurrents de la Suisse dans le domaine de l’évasion fiscale et de la planque d’argent :

1) Les USA
2) Jersey
3) Monaco

C’est une drôle de coïncidence, non ? Les Américains nous font un caca nerveux parce que l’on planque de l’argent chez nous et ils font la même chose chez eux, pareil pour les Anglais… Ils doivent bien se marrer dans le Delaware ! Pendant que la Suisse se fait ENCORE une fois stigmatiser par la presse et certains élus socialistes qui se font un plaisir de bomber le torse, les autres (GENTILS) paradis fiscaux continuent d’ouvrir des comptes.

Alors oui, franchement j’en ai marre de ces histoires, marre de l’hypocrisie ambiante qui entoure toute cette histoire !!! C’est du réchauffé, oui il y a eu des abus, mais est-ce que l’on peut commencer à regarder devant et pas derrière ?

Et puis surtout, si l’on voulait vraiment éradiquer l’évasion fiscale, il serait bon que l’on commence à partir du principe que tous les Paradis Fiscaux sont logés à la même enseigne et subissent les mêmes pressions !!!! Actuellement ce n’est pas le cas. Actuellement, tous les « Paradis Fiscaux » sont égaux entre eux, sauf que certains sont plus égaux que les autres !!!

C’est bon là ? On peut retourner travailler et passer à autre chose ?

Thomas Veillet

Membre des éconoclastes
Investir.ch
tv@investir.ch

6 réponses
  1. Sam
    Sam says:

    C’est vrai qu’il y a de la concurrence maintenant dans le domaine de l’évasion fiscale (monaco, chypre , irlande, iles maurice…). On comprend qu’un opérateur historique comme la suisse voit cette concurrence d’un mauvais oeil. Les bienfaits de la mondialisation j’imagine.

  2. longdrink
    longdrink says:

    HSBC : « C’est grâce à la CIA que j’ai récupéré les données »
    Hervé Falciani, l’employé d’HSBC qui a orchestré la récupération des données de la filiale suisse est revenu sur BFMTV et RMC jeudi, sur la méthode utilisée pour obtenir ces informations. « Il y a des pays qui sont plus courageux que la France et qui utilisent leurs services de renseignement pour l’intérêt général. C’est grâce à la CIA que j’ai récupéré ces données », indique-t-il.
    https://www.youtube.com/watch?v=ZMXdslhhdOE

  3. GUCHET
    GUCHET says:

    « (…) contre les méchants Suisses qui ne font que voler les impôts des pauvres pays limitrophes et d’ailleurs »

    Ce n’est pas comme si UBS avait démarché des contribuables français totalement illégalement hein ! Tout cela n’est jamais arrivé…

  4. passant
    passant says:

    Oui, bon, je sais pas si on parle de la même chose mais je suis à peu près sûr qu’on a pas la même lecture.
    vous dîtes:
     »D’ailleurs la loi suisse disait qu’un banquier n’avait pas le droit d’aider ACTIVEMENT à l’évasion fiscale »
    Ben moi, de mémoire il me semble justement que la liste de noms est arrivée avec quelques révélations sur les pratiques d’une banque (suisse ?) qui incitait des épargnants étrangers à déplacer certains de leur revenus dans un autre lieu fiscal. Me trompe je ? De mémoire encore, et sans stigmatiser personne il me semble aussi que c’était HSBC, mais bref cela peut être une autre et dans un autre paradis., par ailleurs il me semble aussi que certaines cible des révélations ont avoué avoir régulariser leur situation, donc à la base elle ne devait pas être trop réglo.
    Par ailleurs (Bis) des paradis fiscaux il en existera toujours, sauf à ce qu’il y ait une harmonisation fiscale internationale (j’essaie de pas rire en écrivant ça), en effet en supprimant le paradis le plus paradisiaque, le second devient paradisiaque, etc…, etc… Après en france c’est l’enfer fiscal pour qui déclare tout, mais comme il y a beaucoup de black et que l’état laisse faire (pour maintenir une certaine paix sociale) on pourra plutôt parler d’enfer de la fiscalité officielle.

    Message à caractère plus général, on voit bien ici l’exaspération à laquelle conduit la stigmatisation (qu’elle que soit l’origine, la culture de la personne ou le sujet de la stigmatisation), retenons donc qu’il ne faut stigmatiser personne sur des suppositions ou amalgmammes.

  5. julien
    julien says:

    2 commentaires.

    « Falciani est un escroc et un voleur », « Bref, il a voulu nous faire croire qu’il n’a JAMAIS VOULU, A AUCUN moment s’enrichir sur le dos de ce CD » : donc, il comptait s’enrichir avec les listing. Comment ? On doit vous croire sur parole ?

    « il faut peut-être aussi se demander pourquoi tout le monde veut s’en aller de cet enfer fiscal qu’est devenu la France ! »

    Ca veut dire quoi cette phrase ? La France est en concurrence avec des paradis fiscaux, ok. Que faire ? Dire qu’elle est un enfer fiscal laisse entendre qu’on devrait faire plus d’effort pour s’aligner avec ces paradis ? Si on baisse l’impôt (ce qui me semble être la règle générale suivie depuis les années 80, même s’il y a de temps en temps des exceptions), comment compense-t-on la perte ?
    Suivant la même logique que vous, genre des questions dites tabous qui dérangent, « Il faudrait peut-être s’interroger pourquoi en France on ne baisse pas les impôts pour se rapprocher du niveau des paradis fiscaux ».

    Je pense que c’est un grand débat, donc je vais m’arrêter là, mais ce paragraphe et cette phrase n’éclaircissent rien du tout et ont plutôt des allure de brève de comptoir de café du commerce.

  6. Beno
    Beno says:

    «C’est bon là ? On peut retourner travailler et passer à autre chose ?»

    Dites merci à la presse-tituée.

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