BFM du 24 mars 2015 – Extrêmement fragiles

Jacques Sapir

Extrêmement fragiles : Jacques Sapir VS Cyrille Collet

Reprise en Zone Euro ?

Le dernier LTRO de la BCE (98 milliards souscrits pour 136 banques) a peut-être été meilleur que celui de décembre, il n’en reste pas moins inférieur à celui d’octobre (136 milliards souscrits pour 245 banques). De plus il faut savoir que « le tiers des montants a été souscrits par des banques italiennes uniquement pour couvrir les pertes et pour essayer de nettoyer leur bilan parce qu’aujourd’hui on a une monté très importante des prêts non performants en Italie ».

En Espagne, l’investissement ne suivant pas, on peut penser qu’il y aurait peut-être une bulle d’activité. Enfin d’autres pays comme la France, le Portugal et la Belgique même restent « beaucoup plus attentistes », signe d’une certaine déprime.

« Les signaux que l’on a aujourd’hui sont extrêmement fragiles. »

Cependant pour Cyrille Collet « on peut attendre sur les marchés actions euro […] une progression entre 20 et 25% cette année […] au global. »

Vers une hausse des taux aux Etats-Unis ?

Cyrille Collet s’attend à une hausse des taux en juin qui se fera de manière progressive, voir symbolique au départ, « et du coup entre juin et septembre les marchés vont être très très chahutés et potentiellement en performance absolue négative ». Donc au final il va falloir faire ses jeux avant juin et l’année sera déjà faite avant cette hausse des taux. L’idée sous-jacente étant de rentrer en juin dans un processus de normalisation progressive.

Notre Econoclaste est en revanche plus partisan d’une hausse des taux en décembre prochain. « Il y a des raisons à cela, c’est la crainte maintenant de plus en plus perceptible que les Etats-Unis sont soit confrontés à une crise majeure [tout d’abord] dans leur secteur pétrolier essentiellement lié au pétrole de schiste ce qui pourrait avoir des conséquences extrêmement importantes dans le secteur bancaire. » Car il faut rappeler que les petites entreprises, qui sont les plus touchées,  sont aujourd’hui sans couverture parce que les assurances n’ont pas été prises à partir du mois d’octobre. Donc elles arrivent au bout de la période où le prix du pétrole était assuré. « Elles sont [maintenant] obligées de faire face […] à cette baisse du pétrole à cette baisse du prix », alors qu’elles « ont développé leurs investissements avec un effet de levier de 90 à 96 %. »

« Il y a entre 200 et 400 milliards dans les banques américaines qui risquent de devenir des non performing loans. »

Alors même si la Réserve Fédérale possède les moyens de contrôler cette situation, si l’on ajoute à ce problème bancaire le ralentissement de l’activité, l’impact sur les sous-traitants et les services associés au secteur pétrolier : Jacques Sapir ne voit « pas la Réserve Fédérale remonter ses taux ou alors de manière tout à fait homéopathique […] 0.1% » par exemple.

Mouvement baissier durable sur le dollar ?

« Une partie des opérateurs est en train d’anticiper ces phénomènes et ils sont très prudents sur les investissements aux Etats-Unis et donc c’est ce qui explique la baisse du dollar actuelle. »

En Octobre une hausse de 12% des bénéfices était attendue aux Etats-Unis, en Janvier 8% et aujourd’hui 2%, donc nous pouvons bien voir le poids du secteur pétrolier sur les attentes des bénéfices des entreprises américaines.

Néanmoins si la BCE continue d’acheter des obligations et que la FED remonte ses taux, le dollar devrait continuer de se réapprécier et l’euro baisser.

Quelles allocations privilégier dans un tel contexte ?

Les secteurs qui bénéficient de cette baisse de l’euro sont-ils ceux qu’il faut suivre ? Faut-il continuer sur les valeurs automobiles par exemple qui ont bien marché ou envisager des rotations de portefeuille ?

Pour Cyrille Collet, mai à septembre vont être dangereux et il ne faut pas se laisser porter. Toutefois les grandes entreprises sont couvertes sur les devises et la révision des consommations courantes des entreprises va commencer malgré qu’elle soit masquée par les questions énergétiques du moment. Par exemple en Europe la révision des bénéfices était positive (« du pas vu depuis mars 2011 »). Cette révision et les effets du secteur de l’énergie vont commencer à amener des améliorations pour les entreprises.

Un risque sur le système bancaire en Europe ?

Le secteur bancaire est encore trop exposé aux risques liés à l’Europe de l’Est et donc n’est pas celui sur lequel se précipiter. En guise d’exemple la semaine dernière l’Etat allemand à sauver une banque dans le secteur immobilier par un apport de 380 millions d’euros. « Même en Allemagne où tout va bien il y a un sujet ».

Notre expert de la question le confirme. « Il y a eu une crise bancaire en Carinthie donc en Autriche. C’est lié à la fois à une exposition dans le domaine de l’immobilier mais aussi à la fois à une exposition sur toute une série de banques qui sont en République Tchèque, en Hongrie, etc. Et on voit que le secteur bancaire dans ces régions là est très fragile. Le problème c’est que les banques allemandes et autrichiennes arrivent en deuxième ou en troisième rang comme réassureur pour ces risques »

Les banques italiennes, espagnoles et portugaises ne sont elles aussi pas non plus épargnées…

Quelles nouvelles du front Russe ?

« Sur le problème de l’Ukraine je crains qu’on ait une reprise des opérations militaires dans 3-4 semaines. Au sein même du gouvernement ukrainien il y a une guerre. »

« Sur la Russie on a des bonnes nouvelles […] : sur les chiffres données en janvier dernier ils avaient été volontairement pessimistes. » Une potentielle croissance dès 2016 pourrait donc être envisageable pour Jacques Sapir, notamment grâce au retour des investisseurs via les places financières asiatiques et le yuan. Pour plus d’information sur ce sujet n’hésitez pas à lire son dernier article sur la Russie : La Russie sort de la crise.

Rédigé par Raphaël Becanne

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