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Les Etats-Unis noyés dans le pétrole?

Alors que la production pétrolière américaine n’a toujours pas ralenti, la tension monte aux Etats-Unis. La réglementation américaine ne permettant pas une libre exportation du pétrole brut et les raffineries n’ayant pas la capacité à traiter la totalité du pétrole produit, l’offre d’or noir est aujourd’hui bien supérieure à la demande.

En conséquence, les prix du marché physique ne cessent de baisser, et les stocks de pétrole augmentent de semaine en semaine. De plus la baisse des prix sur le court terme étant plus importante que sur les échéances plus lointaines, la situation permet aux compagnies qui disposent de capacités de stockage de s’assurer un gain sans risque en achetant le pétrole aujourd’hui et en le revendant immédiatement à terme. Le gain généré étant aujourd’hui supérieur au coût du stockage, de plus en plus d’intervenants réalisent ces opérations et le stockage s’accélère encore.

A tel point qu’aujourd’hui, certains s’inquiètent de voir les capacités de stockage américaines submergées par la production du pays. A Cushing notamment, plus gros point de stockage des Etats-Unis, les cuves ne cessent de se remplir. Depuis septembre, où le terminal était au quart plein et comptait quelques 19 millions de barils de stock, le flux n’a pas cessé, les stocks augmentant tous les mois. Le rythme s’est même accéléré depuis le début de l’année, avec une augmentation des stocks de plus de 2 millions de barils par semaine. A présent, le point de livraison compte plus de 54 millions de barils, et est rempli à plus de 67%, selon la dernière publication de l’agence américaine à l’énergie (EIA). Au niveau national, les capacités sont remplies à plus de 60%. 

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Si la situation perdure, la conséquence pourrait être un effondrement des prix du pétrole, les producteurs étant obligés de brader leur production pour ne pas se retrouver « noyés » dans l’or noir. C’est ce qui fait dire à Edward Morse, responsable de la recherche de Barclays sur les énergies, que le pétrole pourrait descendre à 20$ le baril dans les semaines à venir.Mais il faut comparer ce qui est comparable. La capacité de stockage commerciale totale aux Etats-Unis calculée par l’EIA est de 630 millions de barils, répartis entre les parcs de stockage (« tank farms ») et les raffineries. Si l’on exclut les espaces réservés pour les opérations de maintenance, les espaces considérés comme inutilisables (parties situées sous la ligne de pompage et susceptible de contenir de l’eau ou des sédiments) et les espaces de sécurité (espace conservé en haut de cuve pour pouvoir gérer les surcapacités sans danger), l’espace de stockage disponible est d’environ 520 millions de barils.
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Ainsi, avec un stock annoncé à 458 millions de barils par l’EIA au 13 mars, il ne resterait plus que 62 millions de barils de capacité. Avec un rythme conforme à l’augmentation des stocks de près de 10 millions de barils que l’on a connu la semaine dernière, les réservoirs seraient donc complètement pleins… d’ici la fin du mois d’avril !

Effondrement des cours de l’or noir en vue, donc ? Pas si sûr… Car là comme ailleurs, il ne faut pas oublier de lire les petites lignes en bas de page. Ainsi, l’EIA précise en note dans ses publications hebdomadaires : « les stocks incluent les stocks nationaux et étrangers ayant passé la douane en route pour les raffineries, cheminant dans les pipelines, et détenus sur les sites de forage ». Cela pourrait, aux dires même de l’administration américaine, représenter plus d’une centaine de million de barils ! Rob Merriam, responsable des statistiques pétrolière à l’EIA estime ainsi « qu’une fois corrigé de ces facteurs, nous sommes à environ 60% de la capacité de stockage totale ».

Avec 100 millions de barils de capacité supplémentaires, au rythme actuel de constitution des stocks, il nous resterait encore plus de 5 mois avant de toucher le haut des réservoirs, soit jusqu’à la mi-août. Or, entre temps, la consommation devrait repartir. En effet, la consommation américaine de pétrole a déjà commencé à se reprendre avec la baisse des prix à la pompe. De plus, les opérations de maintenance des raffineries touchent à leur fin, ce qui devrait augmenter leur demande de produits bruts. Enfin, la summer driving season, période où les américains roulent le plus, commence dans deux mois, alors que la production en Alaska connait un recul saisonnier à cette période. Si l’on ajoute à cela que la production de pétrole de schiste devrait, selon nous, commencer à reculer à compter du mois de mai, il est très probable qu’on ne franchisse pas la ligne de flottaison des toits des réservoirs pétroliers…

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Cela ne veut pas dire pour autant que, lorsque les journaux se feront écho du remplissage des capacités de stockage, le pétrole ne baissera pas… Cela pourrait alors fournir une opportunité d’achat à bon compte…

 

Rédigé par Benjamin Louvet, Directeur Général Délégué de Prim Finance

 

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