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La BCE a soudé l’aiguille du baromètre économique sur « grand beau »… mais le temps devient très blizzard !

Alors que les Econoclastes commencent à rassembler des outils pour démonter pièce par pièce la dernière version du « moteur de la croissance » version 2015 (baptisé « QE1-V18 »), pour voir ce qu’il a dans le ventre, voici déjà un petit bilan de ses performances sur circuit financier: malgré un nombre de décibels assourdissant (60Mds par mois), un système d’injection d’une capacité de 1.140Mds sur 18 mois (il reste 1.080Mds de carburant à consommer dans le réservoir), le moteur sorti des ateliers de la BCE propulse l’économie réelle à… zéro kilomètre heure.

L’Europe vrombit, les entreprises dégagent beaucoup de fumée (les centrales thermiques au charbon allemandes asphyxient l’Europe)… mais le moteur monétaire repose sur un châssis lui même posé sur des parpaings: il manque la transmission et les roues.

Alors oui, bien sur, il y a une illusion de déplacement, et qui s’accélère au fil des semaines… mais c’est exactement le même phénomène que lorsqu’un train est arrêté à quai tandis que celui garé à ses côtés démarre: les voyageurs qui fixent le convoi en mouvement ont l’impression -s’ils ont impatients de rallier leur destination- que c’est leur propre train qui démarre.

Mais l’Europe ne démarre pas: c’est le Dollar qui avance (+22% depuis mars 2014) et qui donne l’impression que les entreprises de l’Eurozone prennent de la vitesse, alors que ce sont les entreprises chinoises et américaines qui reculent (85% de firmes US ont revu à la baisse leurs « guidances » pour le 1er semestre 2015).

le moteur monétaire repose sur un châssis lui même posé sur des parpaings: il manque la transmission et les roues.

Pour les multinationales européennes, ce sont seulement leurs bénéfices exprimés en Dollar qui prennent de l’embonpoint… mais l’investissement, l’emploi, le crédit et la consommation sont à la diète.

C’est surtout flagrant aux Etats Unis où les ventes détail viennent enfin de rebondir après 3 mois consécutifs de recul… mais moins que prévu (+0,9% au lieu de +1,2%).

Bon présenté comme cela ce n’est pas très parlant, alors revenons en au florilège des prévisions des économistes -y compris ceux de Goldman Sachs comme David Kostin et Jan Hatzuys- en octobre 2014: « les ventes de Thanksgiving, du cyber monday, de Noël vont pulvériser les attentes les plus optimistes: Wall Street réalise à peine que la baisse des carburants et du fuel ont restitué 7% de pouvoir d’achat aux ménages américains, les chiffres du 3ème trimestre vont être explosifs ».

De combien ces 7% de pouvoir d’achat retrouvé ont-ils dopé la consommation US depuis avril 2014 ?

De +0,8% en année pleine ! Un vrai carton, non ?

Voilà une nouvelle illustration du bolide aux essieux posés sur des parpaings.

Heureusement, Barack Obama a obtenu que Cuba cesse de figurer sur la liste des pays soutenant le terrorisme… et de la Havane au Nord à Guantanamo au Sud, il y a des dizaines de millions de cubains qui ont 50 ans de retard dans le remplissage de leurs caddies.

En ce qui concerne l’alignement des planètes, quel pays peut prétendre être mieux placé que le Japon… le pays du soleil levant ?

L’archipel a bénéficié le premier d’un Yen en chute libre, de l’effondrement du prix des matières premières en 2013 puis du pétrole en 2014, le tout sur fond de « QE » massif -soit très exactement les atouts dont les marchés crédit l’Europe en 2015.

Le résultat pour le Japon, une croissance anémique de +1% (soit 5 Yen injectés pour 1Yen de PIB supplémentaire), une inflation toujours à zéro, une balance commerciale qui se détériore… et même une baisse des commandes de machines-outils qui déjoue tous les pronostics en mars.

Bien évidemment, l’alignement des planètes au-dessus du Japon n’est pas transposable à l’Europe: nous sommes beaucoup plus malin que Shinzo Abe: la BCE a su attendre le mois de janvier 2015 pour lancer son « QE », donc les résultats vont être époustouflants (contrairement au « QE » nippon lancé début 2014, c’est à dire un an trop tôt (vous aurez bientôt l’occasion de nous demander pourquoi)).

nous sommes beaucoup plus malin que Shinzo Abe: la BCE a su attendre le mois de janvier 2015 pour lancer son « QE »

Mais oublions l’économie réelle et ses pesanteurs archaïques et revenons-en aux marchés qui baignent dans leur océan de liquidités numérique: aux dernières nouvelles, 85% de gérants se disent « bullish » et les 15% qui ne sont sceptiques et potentiellement « bears » sont néanmoins contraints d’acheter des actions pour coller au « benchmark ».

Comme les « hedge funds » prennent des leviers de 10 à 20 au quotidien, que les achats à crédit représentent 350% de la capitalisation à Wall Street (qui arbitre massivement au profit des actions européennes, toujours à crédit puisqu’il est gratuit) nous pouvons affirmer que le marché comporte au bas mot 150% d’acheteurs.

C’est un situation technique sans précédent: l’analyse technique se contente de constater chaque jour depuis juillet 2012 que tous les oscillateurs, sur toutes les unités de temps (1 heure, 1 jour, 1 semaine, 1 mois, 1 trimestre) sont tous orientés à la hausse, et le fait qu’ils soient en surachat permanent ne les fait pas corriger pour autant.

Les chartistes sont hypnotisés par  un baromètre technique dont la BCE -et ses complices ont soudé les aiguilles pour qu’elles stationnent éternellement dans la zone « grand beau » … ce qui fait dire aux plus optimistes que les indices boursiers risquent au pire d’affronter une tempête de ciel bleu jusqu’en septembre 2016.

Alors oui, c’est « grand beau » sur les marchés, mais cela n’a plus rien à voir avec les conditions météo… et surtout plus rien à voir avec un « marché ».

Si le CAC40 était sur la lune, les indicateurs économiques revus et corrigés par la BCE inciteraient les investisseurs à sortir un jour d’éclipse sans masque à oxygène… en bermuda et chemise à fleur !

la BCE -et ses complices ont soudé les aiguilles pour qu’elles stationnent éternellement dans la zone « grand beau » … ce qui fait dire aux plus optimistes que les indices boursiers risquent au pire d’affronter une tempête de ciel bleu jusqu’en septembre 2016.

 

Ph Béchade

1 réponse
  1. manucou
    manucou says:

    Merci Philippe.

    Franche rigolade.
    Enfin aujourd’hui super Mario à bien failli s’en prendre une…
    Non mais vraiment ou va le monde…

    Tout ce petit monde me fait penser aux dinosaures d’il y a 65 millions d’années.
    A ceci prêt que la comète approche et que nous savons.

    Donc il ne reste que l’humour. Alors merci.

    J’ai lu la lettre du Patron du fond Blackrock (une de plus) comme vous je suppose. Il annonce avec beaucoup de retenu un tsunami si on continu cette farce.
    Sera il entendu : « mais pas plus que suite a la premiere lettre ».

    Tout ce petit monde va continuer a surfer sur la vague en short.
    Le tsunami est pour eux loin des cotes et en eau profonde.
    Donc la vie est belle…

    Ce serait aux epargnants de demander des comptes.
    Mais pour eux tout va bien, la courbe monte…

    Et les supers riches sont aux anges, cette phase leurs permet de liquider leus positions.

    Et oui c’est encore le troupeau qui va se faire tondre, ou c’est encore les pigeons qui vont se faire plumer.

    Quoi que la prochaine va etre tellement severe a mon humble avi que tout le monde pourrait cette fois se retrouver en short mais pas pour surfer.

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