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La Chine sera-t-elle vieille avant d’être riche ?

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Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises les enjeux liés au vieillissement dans les pays riches. Mais les pays émergents ne seront pas épargnés par ce phénomène, même s’il interviendra plus tardivement. En la matière, les perspectives démographiques de la deuxième économie mon­diale ne sont guère rassurantes. La Chine connaît en effet un vieillissement de sa population plus rapide que dans n’importe quel pays occidental : en 30 ans, le poids des plus de 60 ans y aura augmenté autant qu’en un siècle en France.

La Chine connaît en effet un vieillissement de sa population plus rapide que dans n’importe quel pays occidental.

Ce vieillissement accéléré de la population chinoise est la résultante de la politique drastique de contrôle des naissances pratiquée depuis les années 1970. L’indice de fécondité est ainsi aujourd’hui très inférieur au seuil de renouvellement de la population, à seulement 1,5 enfant par femme en moyenne. Malgré les assouplissements décidés par les autorités depuis 2013, inverser un tel phénomène est difficile…

Avec le renversement de la pyramide des âges consécutif à l’al­longement de la vie et à la forte baisse du nombre d’enfants, la charge portée par chaque actif devient insupportable. Comment un jeune Chinois, a fortiori s’il est enfant unique, peut-il avec son épouse assurer la subsistance de quatre parents retraités ? À l’échelle de la collectivité, la charge sera tout aussi lourde.

En effet, comme partout dans le monde, la Chine va voir son ratio actifs sur retraités (population des 20-60 ans/population des plus de 60 ans) chuter. Aujourd’hui, 4,1 actifs potentiels ont à charge un senior inactif. Ce ratio était de 5,6 en 2000, et il sera de 2,3 en 2030. La Chine présente donc tous les symptômes avant-coureurs du vieillissement démographique connu par les pays riches, mais elle n’a pas les mêmes moyens pour soutenir ce ralentissement. Son système de sécurité social n’est viable que si la population s’accroît à un rythme élevé… ce qui n’est plus le cas.

Moins nombreux, les actifs ont aussi plus de difficultés à subvenir aux besoins de leurs ainés. Dans les villes chinoises, les modes de vie se prêtent de moins en moins à une cohabitation des générations : les logements sont exigus et onéreux et le coût de la vie ne fait qu’augmen­ter. De plus, l’instabilité du marché du travail oblige bien souvent les jeunes à quitter leur localité de naissance pour trouver un emploi qui les éloigne de leurs parents. L’État, de son côté, se montre incapable d’apporter des solutions. Les structures destinées à accueillir les personnes âgées sont largement insuffisantes : à peine 25 places en institutions pour 1 000 séniors selon le ministère des affaires civiles. Le système de retraites par répartition, hérité de l’ancienne économie collectiviste, ne bénéficie qu’à moins d’un retraité sur trois et n’octroie bien souvent aux bénéficiaires qu’un minimum vital.

Accroître substantiellement les investissements dans les infrastructures destinées aux personnes âgées et créer un système de retraite viable est une priorité urgente ; le pouvoir chinois en a bien conscience. Mais la mise en place d’un système de prise en charge digne de ce nom ne pourra se faire sans une augmentation des cotisa­tions sociales, et donc du coût du travail. Or les marges des entreprises chinoises sont déjà au plus bas, dans un contexte de surcapacités de production. Une telle mesure reviendrait à accepter de laisser faire faillite une partie des acteurs afin de redonner du pricing power aux « survivants », mais les autorités ne semblent pas prêtes à s’y résoudre. Les solutions seront d’autant plus difficiles à mettre en œuvre dans un contexte aujourd’hui tendu (ralentissement de la croissance), alors que tous les paramètres étaient réunis jusqu’à présent sans que rien n’ait été fait pour autant.

 

Chiffres clés :

Un Chinois sur trois avait moins de 15 ans en 1950, contre un sur quatre en 2000 et moins de un sur six en 2030.

D’ici à 2030 la part des Chinois âgés (plus de 60 ans) aura doublé : elle passera de 12 % en 2010 à 24 % en 2030.

En 2050, 346 millions de Chinois auront plus de 60 ans, soit plus que la population totale des Etats-Unis aujourd’hui.

 

Pierre Sabatier, PrimeView

 

2 réponses
  1. Oblabla
    Oblabla says:

    Article passionnant de Pierre Sabatier. L’analyse est féroce et implacable. Les échéances pour le régime communiste chinois se rapprochent et comme pour le régime communiste soviétique il s’écroulera de l’intérieur.

  2. Kyubi
    Kyubi says:

    Et c’est la qu’on s’aperçoit que la chose qu’on appelle « économie » voire même « civilisation » est une énorme chaine de Ponzi destinée a se casser la figure.

    Que le seul moyen de « s’en sortir » serait d’avoir des révolutions technologiques de l’ordre du pétrole et du moteur a explosion (et encore j’en suis même pas si sûr que ça). Aujourd’hui on parlerait donc de fusion froide, d’énergie a faible coût et quasi illimitée et de commencer a rechercher des ressources dans l’espace sur d’autres planètes…

    Hors on est très loin de tout ça (et même pas sûr que les lois de la physique nous le permettent.)

    Pour Oblabla, cela n’a rien avoir donc avec « le régime communiste Chinois qui s’écroule » (tous les régimes s’écrouleront) surtout ceux qui sont basé sur un modèle de croissance perpétuelle (dans un monde fini) de dettes et de sur-consommation.

    L’Occident a exactement les mêmes problèmes que la Chine, il est même en avance dans sa lente chute.

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