BFM du 12 mai 2015 – Nouvelle crise

Jacques Sapir

Nouvelle crise – Jacques Sapir

Faut-il s’inquiéter de la hausse des taux ou s’en réjouir car elle est le reflet de meilleures perspectives de croissance en Zone Euro ?

« Il y a nécessairement un aspect relativement positif […] On peut penser que c’est un des premiers effets du Quantitative Easing de la Banque Centrale Européenne et donc comme l’inflation est en train de très légèrement remonter on voit les taux qui suivent. » Néanmoins, Jacques Sapir constate que le mouvement de remontée des taux « est plus brutal que ce qu’il aurait dû être […] et il y a un problème : c’est la sortie massive des opérateurs étrangers à la Zone Euro des bons du Trésor allemands, français, italiens, espagnols, etc. pour aller soit vers les actions soit pour retourner vers la zone dollar. Et c’est d’ailleurs une des raisons qui provoque la remontée du dollar face à l’euro. Il y a bien une défiance systématique par rapport aux obligations d’Etats qui sont libellées en euro. »

« C’est un des signes que l’on est en réalité à la limite du déclenchement d’une nouvelle crise [obligataire] dans la Zone Euro. »

Pourquoi les investisseurs quittent la Zone Euro alors que les perspectives de croissance s’améliorent ?

« Le premier problème, il est évident, c’est la Grèce » affirme notre Econoclaste. « On sait que les négociations se passent mal » cependant, pour Jacques Sapir, il n’y aura probablement pas de « crise ouverte entre l’Eurogroupe et la Grèce. »

En revanche, le risque se trouve renforcé pour le mois de juin puisque la Grèce n’aura plus de quoi payer si aucun accord n’est trouvé d’ici là. Pour rappel, le gouvernement grec a rapatrié tous les capitaux des systèmes publics du pays en avril pour payer le FMI.

« Le deuxième point, c’est le point de l’Italie […] c’est une Grèce en devenir. [… L’Italie] vient de relever ses prévisions de croissance mais personne n’y croit » parce que le pays a un problème lié à l’euro depuis maintenant une dizaine d’années.

« Aujourd’hui le PIB par habitant de l’Italie est au même niveau que ce qu’il était en 1999. »

« Les italiens ont perdu 16 années » et Jacques Sapir doute que de meilleurs temps soient à venir puisque la productivité italienne baisse depuis 2 à 3 ans maintenant entraînant une perte de compétitivité. A cela, il faut ajouter la dette du pays. « Même si une large partie de sa dette est détenue par des italiens, on le sait, la part de la dette qui n’est pas détenue par des italiens est largement supérieure à la dette grecque. »

Quel est le problème de la Chine ?

« La Chine est aujourd’hui en train de basculer d’une période où on avait une croissance extraordinairement forte, mais qui correspondait en réalité au développement initial de la Chine. Aujourd’hui l’économie chinoise est une économie largement développée et il est normal que son taux de croissance ralentisse. »

« Quand vous avez une économie qui est pratiquement au niveau de l’économie américaine et qui s’accroît non pas de 8 ou de 9 %, ce qui était le cas il y a quelques années, mais de 5 ou 6 % ce qui sera le cas cette année et l’année prochaine, ça a évidemment beaucoup plus de poids qu’il y a 20 ans. »

« Cette baisse du taux de croissance que l’on a en Chine : elle est normale. »

Pour Jacques Sapir, le soucis des autorités chinoises est donc :

  1. D’éviter que la baisse ne s’accélère trop, donc la stagnation
  2. La Chine veut pouvoir nettoyer les différentes bulles d’investissement, notamment sur l’immobilier, sans créer de choc pour son économie.

Donc pour Jacques Sapir : « pour le moment il n’y a pas de risque chinois. » En même temps que la Banque Centrale Chinoise baisse ses taux, elle accroît son activité de régulateur (sa réglementation dans plusieurs secteurs) et tente maintenant de se battre contre le « risque de collusion » entre le monde des affaires et celui de la finance.

Rédigé par Raphaël Becanne

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