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La BNS est fan de Wall Street

Wall Street

Le franc suisse est trop fort. Ceci est le leitmotiv de la BNS (Banque nationale suisse) pour expliquer officiellement sa politique monétaire. Du coup, sa mission officielle pourrait être la suivante :

« La BNS doit affaiblir le franc suisse face à l’euro (étape 1) pour préserver les intérêts des exportateurs suisses (étape 2). Pour ce faire, la BNS se donne TOUS les moyens possibles y compris de fixer des taux d’intérêt négatifs, de racheter des dettes publiques toxiques, d’alimenter massivement les comptes de virement des banques, de pratiquer le REPO sans limite etc.».

Essayons de voir ce qu’il en est dans les faits grâce aux données du premier trimestre 2015.

Quelques chiffres publiés par la BNS (fin Mars 2015)

1. Le bilan

Entre fin mars 2014 et fin mars 2015, le bilan de cette institution est passé de 495 milliards de francs à 581. En un an, 86 milliards de francs sont sortis de nulle part dans l’objectif déclaré de défendre le franc trop fort face à l’euro. A titre de comparaison, l’ensemble du bilan de cet établissement s’élevait en 2005 à 109 milliards…. Les suisses étaient alors bien plus prospères qu’ils ne le sont aujourd’hui…

1ère partie des actifs du bilan de la BNS :

1

2ème partie des actifs du bilan de la BNS :

1 er trimestre 2015 BNS II

2. Les Investissements

La Suisse délaissée

L’analyse des tableaux des actifs (colonne 12 du tableau ci-dessus) montre clairement que la BNS boude largement les placements en franc suisse. Pour 532 milliards investis en devises, moins de 4 milliards sont placés en Suisse. Cela représente 0.7% de ce qu’elle fait pour l’étranger… A méditer tout de même.

Option claire pour l’euro et le dollar américain

A fin mars, 32% des placements en devises sont faits en dollar américain et 42% en euro (tableau ci-dessous). Cela fait de l’équipe dirigeante de la BNS des interlocuteurs de premier plan des gouvernements étrangers. La force de frappe financière de cet établissement, somme toute privé, est redoutable.

1 er trimestre 2015 devises BNS

La BNS affaiblit l’euro depuis janvier 2015

La BNS a été une grande acheteuse de dollars américains. En l’espace de 3 mois, elle a fait passer ses réserves en dollar de 29 à 32% alors que le volume du bilan augmentait aussi. Ce sont donc 22 milliards supplémentaires que la BNS a investis en dollar américain (148 milliards investis en $ à fin 2014 passent à 170 milliards fin mars 2015).

Ce faisant elle participe à renforcer la valeur du dollar face à l’euro. Donc, elle participe à affaiblir l’euro !!! Le résultat ci-dessous est limpide.

Après avoir abandonné l’euro en janvier, elle a réduit la voilure en euros faisant passer ses devises dans cette monnaie de 48% 2013, 46% en 2014 (234 mia) à 42% en mars 2015 (223mia). Elle a liquidé 11 milliards de francs qui étaient investis à fin 2014 en euros. En 3 mois…

L’effet combiné des achats de dollars, du décrochage de l’euro et de la vente d’euros participe à ce qui se lit très facilement sur le graphique ci-dessous : la dégringolade de la valeur de l’euro face au dollar américain.

La BNS a travaillé contre la politique monétaire qu’elle prétend mener…

euro us dollar 2015

Source

Une politique monétaire qui s’oriente vers le marché des actions

Après avoir lourdement investi dans la zone euro pour son sauvetage, on perçoit une orientation grandissante vers les entreprises à travers l’évolution de son portefeuille actions.

En 2012, 12% des réserves de devises de la BNS étaient placés en actions. Aujourd’hui le ratio est passé à 18%. Compte tenu des volumes en jeu, la BNS est un acteur majeur de la scène du marché de la haute finance internationale. Elle peut par ses choix influencer sensiblement la capitalisation boursière d’une entreprise par rapport à -voire contre- une autre. Dans un monde vorace où l’adage qui prévaut est « eat or be eaten », le comportement de la BNS compte.

La BNS était en mars 2015 à la tête d’un portefeuille actions de 96 milliards (77 à fin 2014). Près de 20 milliards supplémentaires apportés en 3 mois au monde des transnationales ! Voici le hit-parade des entreprises choisies par la BNS. Les top 20 sont :

Entreprises BNS

Source

Présentés autrement, voici les sommes colossales qui se déversent dans des choix hautement stratégiques et politiques. On appréciera ainsi l’augmentation de participation de 497 millions dans le capital de Apple en seulement 3 mois!

Toujours en 3 mois, Voici 200 millions supplémentaires pour des actions Google types A et C pour lesquelles il n’y a aucun droit de vote !

200 millions supplémentaires à Exxon Mobil. Etc.

Toutes ces liquidités injectées dans ce marché en si peu de temps correspondent à un dopage qui fausse totalement les valeurs réelles des entreprises et la libre concurrence… Mais voilà ces entreprises ont besoin de beaucoup de liquidités dans leur conquête de la planète…

Par ailleurs, plus une entreprise est « attractive » au niveau de sa capitalisation boursière et plus cela contribuera à améliorer son rating/classement auprès des marchés financiers. Un AAA et elle voit s’ouvrir devant elle une autoroute pour accéder entre autres à des emprunts à taux négatifs…

BNS actions en volumes

Source

Voici quelques observations qui sautent aux yeux à la lecture du tableau ci-dessus qui correspond au degré de participations et d’investissement de la BNS dans les entreprises citées. :

  1. 0 entreprise suisse bénéficie du puissant portefeuille de la BNS
  2. 19 entreprises sur 20 sont… américaines dont Pepsico, Coca-cola et McDonalds
  3. 1 entreprise est allemande Merck.
  4. La BNS investit de manière importante dans le pétrole exclusivement américain (Exxon Mobil, Chevron).
  5. On relève un goût prononcé pour le secteur de la santé (Johnson & Johnson, Procter & Gamble, General Electric, Pfizer, Merck).
  6. Last but not least, la BNS investit massivement dans les géants américains de la technologie et des télécommunications…. Google est soutenu à plus de 500 millions, mais le jackpot est réservé à Apple. 1,1 milliard de franc pour cette dernière, soit un accroissement des actions détenues de 500 millions en 3 mois !!!! L’argent coule à flot dans ce circuit. Ne le cherchez pas dans le quotidien de l’économie réelle ou des citoyens.

3. Les conséquences de la politique d’investissement de la BNS :

Les conséquences de la politique monétaire mais aussi de placements des gigantesques réserves qu’elle ne cesse de s’octroyer interpellent fortement.

L’alibi qui justifie la taille du bilan remis en question :

En pratiquant une politique monétaire contre l’euro, la BNS perd son alibi favori qui lui permettait jusqu’à présent de justifier l’expansion de son bilan.

Force est de constater qu’elle renforce sa présence sur le marché financier dans des domaines qui n’ont rien à voir avec sa communication et ses énoncés.

La BNS offre un soutien moins que symbolique à l’économie suisse :

La BNS se refuse à soutenir les entreprises suisses en investissant dans leur capital-actions. Ce faisant, elle ne compense en rien l’exode de capitaux d’investissement qui désertent la Suisse au profit entre autres des… Etats-Unis. Ses propres investissements hors de Suisse (présence à Singapour) ne doivent rien arranger…

La BNS a pris fait et cause pour Wall Street :

De par ses choix, la BNS a pris parti pour les transnationales américaines –spécialement des géants technologiques.
Cette prise de position est politique et ne devrait pas relever d’une équipe de quelques personnes non élues, qui dispose du patrimoine cumulé du pays et des citoyens.

L’exemple de Apple :

Investir 1.1 milliard dans une entreprise comme Apple, c’est contribuer à lui donner accès à des emprunts à taux négatifs pour mieux déployer ses projets qui donnent à réfléchir.

Voici l’évolution du titre de Apple. Il est littéralement boosté depuis janvier 2015…

Apple

A côté de la création de centres de collectes de données personnelles, Apple se lancerait dans le stockage de l’ADN grâce à l’iphone. Les échos relevait notamment que »Apple développerait une application pour permettre aux chercheurs de collecter plus facilement des données génétiques. »… Un peu effrayant tout de même non ?

En misant presque exclusivement sur les transnationales américaines, la BNS participe à la guerre que livre cette industrie au reste du monde -y compris à la Suisse- en lui donnant des armes économiques et financières (capitalisation boursière).

Le cas de Apple, l’ennemi potentiellement mortel de la Swatch est très révélateur. Apple qui menace aujourd’hui l’horlogerie suisse est soutenu par la Banque nationale suisse. On marche sur la tête !

Apple ce géant multiforme n’a le poids qu’il a que grâce aux marchés spéculatifs auxquels appartient la BNS. Cette entreprise est ainsi devenue plus lourde que le PIB de bon nombre de pays, qui lui ne peut être artificiellement dopé…

Bref, la BNS semble tourner le dos à la Suisse mais avec l’argent des suisses !!! Cherchez l’erreur !

Liliane Held-khawam

Article original

2 réponses
  1. d4Rk
    d4Rk says:

    Haaaa … la neutralité suisse …
    Qu’est-ce qu’on rigole … jaune …

  2. greg
    greg says:

    Surtout ce qui est devrait faire bondir n’importe qui, c’est que ces actions sont achetes avec de la monnaie nouvellement cree, c’est a dire qu’une fois de plus on achete des actifs reels avec des 0 et des 1 electroniques qui sont crees a volonte ….Heureusement cette possibilite n’est offerte qu’a quelques « experts » qui ne peuvent se tromper. Les suisses auraient surement mieux fait de re-adosser leur monnaie a l’or plutot qu’a l’iwatch …..

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