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Métaux précieux : le mystère de l’or chinois bientôt révélé ?

Selon les dernières publications, les importations d’or par Hong Kong sont en net recul au mois de mars, à un plus bas de 7 mois. De là à en tirer la conclusion, comme Reuters (lire l’article ici), que la demande chinoise ralentit, il n’y a qu’un pas.

Mais le marché chinois du métal jaune a changé. Alors que jusqu’à présent Hong Kong représentait le seul point d’entrée de l’or vers l’Empire du Milieu, au cours des derniers mois, les autorités chinoises ont progressivement et profondément ouvert le négoce de l’or sur leur territoire. Après avoir ouvert un contrat sur l’or coté en Yuan accessible aux institutions internationales à Shanghai en septembre, la Banque populaire de Chine a autorisé les compagnies minières, les raffineurs, mais aussi les banques et les fabricants de pièces à importer et à exporter de l’or depuis la Chine. Le but, au-delà de fluidifier le marché pour limiter le premium payé par les clients chinois, est de connecter le marché local aux marchés internationaux et d’accroître l’influence de la Chine dans la fixation des prix du métal jaune. Dans cette optique, plusieurs banques commerciales chinoises ont également exprimé leur volonté de participer au nouveau fixing des prix de l’or mis en place par la London Bullion Market Association (LBMA) à Londres, après l’arrêt du système de fixing par téléphone sur fond de soupçon de manipulation par les banques participantes. On évoque même des essais de marché physique de l’or en Yuan pour concurrencer Londres (lire ici).

Dans ces conditions, on est en droit de ne plus regarder les chiffres d’importations d’or via Hong Kong comme aussi fiables que précédemment pour estimer les importations d’or chinoises. Un autre élément plaide en ce sens. Dans un article publié par Bloomberg (lire ici), on apprend que les exportations d’or depuis la Suisse, principale place du raffinage de métal jaune, se sont élevées à 46.4 tonnes en mars, dont seulement 30 ont transité par Hong Kong. Le mouvement est général et les statistiques du département géologique américain révèlent également la multiplication des points d’entrée d’or en Chine.

Ces éléments sont importants car ils sont à la source des anticipations contradictoires sur l’évolution à venir des cours de l’or. Les partisans de la chute des cours de la relique barbare trouvent dans la baisse de consommation asiatique que semble indiquer le recul des importations de Hong Kong, un argument qui justifie une opinion négative sur le prix du métal. A l’inverse, si l’on considère que la demande asiatique reste soutenue, on trouve une bonne raison de croire à une reprise possible des cours de l’or dans les prochains mois.

Les derniers chiffres publiés par le World Gold Council (WGC) semblent donner du crédit aux partisans d’une demande toujours importante en Asie. En effet, après avoir annoncé en fin d’année que la Chine était repassée derrière l’Inde en matière de consommation d’or en 2014, le dernier rapport du conseil (lire ici)  revient sur ces propos et indique que la Chine, avec 1051 tonnes consommée, termine l’année 2014 loin devant l’Inde et ses 811 tonnes. Il est d’ailleurs intéressant de noter que cet ajustement est sans doute la conséquence du changement de fournisseur de données par le WGC, qui ne s’approvisionne plus auprès de Thomson Reuters GFMS, mais de Metal Focus, où travaille depuis quelques mois l’ancien responsable de la recherche de… Thomson Reuters GFMS.

Pourtant, ces chiffres pourraient être encore bien en dessous de la réalité. Comme nous l’avons déjà indiqué à plusieurs reprises dans ces pages, la méthode de calcul employée par les grands cabinets d’analyse, pour des raisons invoquées de risque de double comptage, exclut les opérations réalisées directement dans le système bancaire. Ainsi, selon un nombre croissant d’intervenants, la meilleure approximation de la consommation d’or en Chine serait de constater les retraits réalisés dans les coffres du Shanghai Gold Exchange (SGE). En effet, les autorités chinoises ont imposé cet organisme comme point de passage obligé de toute transaction sur l’or en Chine, avec l’impossibilité de faire entrer à nouveau dans les coffre du SGE, un lingot qui en serait sorti. Et là, les chiffres donnent le vertige : en 2014, ce sont plus de 2000 tonnes d’or qui ont été absorbées par le marché chinois l’an passé, et déjà 623 tonnes au premier trimestre 2015 ! Ces chiffres sont par ailleurs cohérents avec les déclarations du président de la China Gold Association et avec la somme de la production, des importations nettes et du recyclage chinois.

Bloomberg a de son côté indiqué sa conviction que la consommation chinoise est aujourd’hui supérieure aux chiffres officiels. En cause: des achats non publiés de métal précieux par la Banque Centrale de Chine (PBOC) afin de diversifier ses réserves de change. Dans un article publié par Bloomberg Intelligence (lire ici), l’agence indique que selon ses calculs, la PBOC aurait ainsi accumulé près de 2500 tonnes d’or ces 5 dernières années pour porter ses réserves d’or à… 3510 tonnes.

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Cela donnerait à la Chine les deuxièmes plus importantes réserves d’or derrière les Etats-Unis, mais devant l’Allemagne, le FMI ou la France. Tout ceci est particulièrement important, au moment où la Chine cherche à accroître son rôle international. Et, notamment, a fait savoir son souhait de voir le Yuan intégrer le panier composant les Droits de Tirage Spéciaux (les DTS, en quelque sorte la monnaie des banques centrales) pour faire de sa monnaie une devise de réserve. Quand on sait que la définition des DTS n’est revue que tous les 5 ans et que la prochaine révision doit avoir lieu en 2015, la stratégie de crédibilisation du renminbi par le développement des réserves d’or de la banque centrale chinoise prend tout son sens. Certains, comme Bloomberg ou Nomura, pensent d’ailleurs que la PBOC pourrait publier avant octobre la réalité de ses détentions d’or pour justifier de l’intégration du Yuan dans les DTS dès cette année ! Mme Lagarde a d’ailleurs indiqué que pour elle le yuan doit clairement appartenir aux DTS et que le FMI travaillerait avec la Chine à cette fin. Seul le timing reste à définir.

Mais si la Chine veut intégrer le panier dès cette année lors de la revue qui aura lieu en octobre, la PBOC pourrait avoir intérêt à communiquer sur ses réserves avant cette date. En tout cas, de la volonté de changement de la réglementation à l’ouverture au trading international, de la participation au fixing de l’or à l’annonce de l’intégration du métal jaune dans le projet de route de la soie (lire ici), la Chine est aujourd’hui à la manœuvre. Et l’or semble être au cœur de sa stratégie.

Rédigé par Benjamin Louvet, Directeur Général Délégué de Prim Finance

4 réponses
  1. Nico
    Nico says:

    Les STD sont basés sur le $US, €, le yen et la livre sterling.
    De ce que je comprends, les Chinois veulent que leur yuan fasse partie du calcul du STD.
    Donc c’est pour cela qu’ils amassent de l’or, c’est pour supporter leur devise.
    Mais dans ce cas, si il est nécessaire de regarder combien d’or possède chaque devise en réserve, ne serait t’il pas utile de refaire un audit de l’or derrière chaque devise du STD lors du nouveau calcul en octobre 2015 ?
    Parce que moi, je ne sais pas si le $US a vraiment 8000 tonnes derrière.
    Peut-être qu’en vrai c’est plus, peut-être que c’est moins.
    En tout cas, ca pourrait être un bon moment pour faire un audit, non ?

  2. guillaume
    guillaume says:

    Qu’en est -il des quantités apporté en argent pour la Chine (production et importation) ?, l’argent devrait représenter la prochaine bataille, au vue de la quantité restante à extraire.

    Quel ration de or/argent préconisez vous a un particulier ?

  3. Djamel
    Djamel says:

    Bonjour,

    Si j’étais Chinois, je ne vois pas pourquoi je devrai annoncer une réserve d’or supérieure à celle connu puisque j’en possède plus que la GB ou le Japon. Mon poids économique est supérieur à la leur. Ma part dans le commerce mondiale est supérieur.

    De plus, les critères éligibilités pour une monnaie au DTS ne sont pas les réserves d’or, mais plutôt la part de la monnaie dans les échanges mondiaux, sauf erreur.

    Dans tout les cas, la place de la Chine dans le commerce mondial fait qu’il est évident que le Yuan fera parti des DTS, sauf véto US.
    On est plus devant une décision politique.

    Déclarer ses réserves réelles d’or ne changerai rien à l’affaire pour les Chinois. Et je doute qu’ils le fassent.

  4. Chantal
    Chantal says:

    La bourse des pierres et métaux précieux entre la Chine, la Russie et une partie des BRICS est déja ouverte.
    Pourquoi croyez vous que Poutine a signé le contrat de taille de pierre précieuse en Inde et non plus a Anvers ou Tel-Aviv? Au mois de Juin lors de l’annonce des rétorsions possibles envers l’UE, Anvers avait pleuré a chaudes larmes que cela pourrait faire du tord a la Hollande, lors de l’annonce de la création de cette bourse conjointe. C’est pour cela que les usa veulent essayer de parer a ce coup là, mais ils ont deux sanctions de retard.

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