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Pétrole de schiste : une révolution ?

Oil refinery

Depuis maintenant un peu plus de 5 ans, la production américaine de pétrole est repartie de l’avant. Avec une hausse de plus d’un million de barils par jour de la production, le pays de l’Oncle Sam s’est même permis le luxe de devenir le premier producteur d’or noir, devant l’Arabie Saoudite et la Russie. La raison : le développement des pétroles de schiste et, avec eux, une croissance vertigineuse de la production outre-Atlantique qui est de retour proche de ses plus hauts historiques du début des années 70.

Les « shale oil » seraient donc une révolution, de nature à bouleverser les marchés pétroliers et certains analystes de nous prédire d’ores et déjà la future indépendance énergétique américaine… Prenons un peu de recul. La production de pétrole de schiste américaine, la seule d’importance aujourd’hui, représente à peine 5% de la production mondiale d’hydrocarbures (Figure 1).

De plus, même si la production de pétrole de schiste est aujourd’hui abondante, l’indépendance énergétique américaine est loin d’être assurée, que ce soit à court ou à plus long terme. En effet, la limite géologique est déjà fixée. Avec des réserves de pétrole de schiste prouvées de quelques 10 milliards de barils, les USA peuvent tout juste assurer 2 ans de leur consommation intérieure.

Le pétrole de schiste modifie donc clairement la donne sur le court terme, mais ne devrait pas bouleverser le marché des hydrocarbures à plus long terme et dans les conditions de prix actuels. Et si d’autres pays pourraient avoir l’envie de développer leurs propres réserves, ceci ne pourra se faire que dans un contexte de prix plus élevés, les contraintes géologiques ayant déjà découragé plusieurs pays (Pologne, Roumanie, Hongrie,…), de même que les problématiques réglementaires (France, Allemagne,…).

Mais c’est surtout la problématique financière qui rend aujourd’hui très peu probable le développement de ces ressources. L’exploitation du pétrole de schiste est en effet une opération très coûteuse car les puits n’ont qu’une capacité de production très limitée. Ainsi il faut pratiquement 100 fois plus de puits aux USA aujourd’hui pour produire la même quantité de pétrole que l’Arabie Saoudite ou la Russie.

En outre, le taux de déplétion très important dans le secteur des pétroles de schiste, oblige à forer en permanence pour ne serait-ce que maintenir la production. Ainsi, comme le montre la figure 1, l’investissement nécessaire dans les pétroles de schiste est aujourd’hui supérieur au prix de vente d’un baril de pétrole. Cela signifie que les entreprises du secteur sont obligées d’investir davantage que leurs revenus, afin de pouvoir se développer. C’est ainsi qu’en 2012 et en 2013, les 25 plus grosses compagnies indépendantes du secteur pétrolier aux USA ont opéré avec un free cash flow négatif, respectivement de 32 puis 9 milliards de dollars. Et la tendance s’est poursuivie en 2014, avec un free cash flow négatif de plus de 10 milliards de dollars !

Véritable fuite en avant, le développement des pétroles de schiste n’a donc été rendu possible que par l’obtention de capitaux à bas prix, lié à l’absence de rendement généré par les assouplissements monétaires successifs de la réserve fédérale américaine (FED). Une question se pose dès lors : que se passera-t-il une fois que la FED entrera dans une phase de normalisation des taux d’intérêts ?

En attendant, plusieurs fonds d’investissement se sont montés afin d’essayer de profiter des besoins de financement de ce secteur et pourrait permettre de prolonger la fête un peu plus longtemps. Mais une fois l’été passé, le réveil pourrait être douloureux sur le marché du high yield

Par Benjamin Louvet, Directeur Général Délégué chez Prim’Finance

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