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La Grèce, ce petit 2% du PIB de l’Europe qui sert de révélateur à 98% de dysfonctionnement.

Référendum grec

Yanis Varoufakis et Alexis Tsipras voulaient que le peuple grec mette un bulletin « OXI » (« non » dans l’urne) en ce dimanche ensoleillé du 5 juillet 2015.

Ce n’est pas la première fois que le peuple grec dit « non » à plus puissant que lui: Athènes avait refusé l’ultimatum de Mussolini (le 28/10/1940) et avait tenu ses troupes en échec durant 6 mois en Albanie (jusqu’en avril 1940, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’Hitler vienne faire pencher la balance en faveur de l’Axe).

Cela fait maintenant presque 6 mois qu’Athènes résiste aux créanciers… une résistance toute symbolique et qui ne saurait bien sûr être comparée avec l’épisode sanglant qui se déroula 75 ans auparavant.

Il ne fait aucun doute que les nouveaux dirigeants grecs élus le 25 janvier dernier ont été pris de très haut par les dirigeants allemands et les émissaires du FMI: les preuves abondent dans les médias allemands et britanniques, mais également finlandais et polonais, puis dans la presse conservatrice espagnole.

Pour Wolfgang Schaüble tout ce qui n’adopte pas le modèle germanique ou ne suit pas les recommandations de l’Allemagne est sur le chemin de la perdition et doit être « redressé » sans faiblesse.

Le « professeur » Schaüble a t’il oublié que l’Allemagne, vaincue quand il avait 3 ans a d’abord fait défaut en 1948 puis avait vu sa dette résiduelle effacée des deux tiers dès fin 1953 par ses créanciers européens… lesquels n’étaient même pas encore ses partenaires et n’avaient aucune obligation de solidarité ?

Maintenant que nous sommes prétendument « une grande famille », unis par une même monnaie, voilà que la cigale grecque -méprisée par l’industrieuse fourmi allemande- peut bien agoniser indéfiniment devant notre porte, sans que cela ne nous émeuve: le cancre de l’Europe n’a que ce qu’il mérite… cela servira d’exemple (comme les fusillées de 1917).

Mais comment l’Europe a t’elle pu dérouler le tapis rouge à la Grèce en 2001, sachant ses compte truqués et que l’évasion fiscale était un sport national : « parce qu’on ne peut pas laisser Platon à la porte » avait répondu Giscard d’Estaing.

Mais Platon a de quoi se retourner dans sa tombe: ce n’est pas sa « République » qui a séduit les hauts fonctionnaires de Bruxelles et les grands argentiers de Francfort: la Grèce était à l’époque l’un des premiers acheteurs -à crédit bien sûr- d’armement allemand et français (chars dernier cri, hélicoptères de combat, vedettes de surveillance côtière, systèmes radars sophistiqués, etc..).

Dominique Strauss Kahn, qui a du prendre en main le cas grec en 2010/2011 en tant que patron du FMI a bel et bien accordé des financements à Athènes alors que toutes que les projections concluaient que ce pays serait incapable de rembourser ses créanciers.

« DSK » a fait amende honorable en reconnaissant que les créanciers de la Grèce n’ont peut-être pas eu un comportement exemplaire en privilégiant le flux d’intérêts versés par le débiteur plutôt que le rétablissement de son économie: il admet que le « tout austérité » s’est révélé un poison mortifère sur une économie déjà en dépression depuis 2005.

Malgré des échanges -divulgués par Wikileaks- qui vont dans le même sens s’agissant d’Angela Merkel et Wolfgang Schauble, les marchés ont traité les dirigeants grecs avec beaucoup d’arrogance, convaincus que c’est le seul ton qu’il convient d’employer avec les « voyous » d’extrême gauche élus par ces magouilleurs de grecs.

La France -et l’Elysée- ont beaucoup tardé à faire entendre leur différence: c’est la ligne dure germanique qui a triomphé.

Elle postule que la Grèce n’avait « pas d’autre alternative » (la célèbre formule de Thatcher) que d’honorer ses engagements.

Ce qui a été perçu par les grecs comme une injonction à se coucher et à supporter le joug de ses créanciers ad vitam.

Le coup de poker du référendum ne sauvera pas la Grèce et ne fera pas pleuvoir comme par miracle les liquidités qui lui manquent pour honorer les prochaines échéances.

Mr Tsipras avait certainement commencé en amont les consultations en vue de se trouver un successeur en cas de « oui » du peuple grec aux conditions humiliantes du FMI et de l’Allemagne.

Le résultat de dimanche apparaît désormais secondaire car une bonne partie des européens ont compris deux choses: que l’Allemagne a tout cédé à l’Irlande en 2010 puis février 2013 sur fond de silence assourdissant de la Bundesbank, du Bundestag et de la presse germanique (magnifique exemple de « deux poids deux mesures »…) puis que le couple franco-allemand pourrait rapidement se disloquer si une victoire finale de Berlin sur Athènes se traduisait par une intensification de l’exigence de réformes et de réduction des déficits de la part de la France.

Une France engagée sur plusieurs fronts en Afrique Sud-Saharienne -puis en Irak via un appui aérien- et qui supporte seule le coût des opérations.

Une France qui réalise que son alignement sur la stratégie de l’OTAN à l’encontre de Poutine peut l’entrainer dans une aventure diplomatique où elle n’a que de mauvais coups à prendre.

Idem avec un alignement sur la stratégie de Berlin qui ne peut que précipiter Athènes -qui fait face à un déferlement de réfugiés sur son sol qui lui coûte des dizaines de millions d’Euros non pris en charge par l’Europe- dans les bras de Moscou au cas ou le climat social intérieur se désintégrerait, quel que soit les concessions cosmétiques des créanciers de la Grèce.

Ph.Béchade

11 réponses
  1. Lecat
    Lecat says:

    J’ai beaucoup de respect pour votre travail et vos analyses M Béchade, mais les mots expressions et comparaisons qui vous utilisez laisse penser que vous avez une vision bien binaire de la situation.
    Les méchants créanciers européens (dont les contribuables français) et le gentil, plein de bon sens gouvernement grec (réunissant extrême gauche et extrême droite) »; pour utiliser les mêmes adjectifs subjectifs de votre propos.

    En tant qu’économiste vous savez a quel point une certaine rigueur est nécessaire pour tenir la gestion d’un pays. On ne peut pas vivre éternellement au dessus de ses moyens, a moins d’assumer provoquer la misère des générations futurs pour préserver notre confort actuel.

    Evidemment le peuple grec souffre depuis 5 ou 6 ans, mais il n’est pas forcement le plus mal traité de l’UE (pays de l’est, Bulgarie par exemple)
    Faire croire aux gens que l’ont peut vivre a crédit en permanence, que l’on peut vivre sans effort ni souffrance ne fait que maintenir la population a l’age de l’enfance.
    Il est tant de passer a l’âge adulte, de regarder la réalité en face et que l’on assume nos 30 ou 40 années de déchéances renoncements et facilités.
    Les retraités se plaignent en toute bonne foie du niveau des pensions, mais sans se rendre compte qu’ils sont les 1ers bénéficiaire du système. En cas de faillite globale je ne pense pas que les jeunes touchés par la précarité et le chômage causé par notre surendettement (dont les retraités d’aujourd’hui hui ont profité durant leur activité) accepteront encore ce transfert de richesse entre génération.
    Un monde est en train de mourir mais s’accroche à ses acquis, un autre attend son heure pour prendre son envol.
    Les jeunes auront leur chance a leur tour, soit en la recevant de la génération d’avant, soit en la prenant de force.

    Merci aux éconoclastes pour vos interventions.

    Greg

  2. Les Econoclastes
    Les Econoclastes says:

    Je récuse le mode « binaire » au profit d’une présentation délibérément polémique destinée, non pas à faire l’apologie de la vie à crédit et de l’impécuniosité, mais à mettre en évidence la duplicité des élites complices des créanciers qui ne considèrent que le profit qu’ils peuvent tirer de leur débiteur… un jeu malsain et déloyal sur lequel les peuples (grecs ou autres) n’ont aucun prise.
    Merci pour votre contribution et l’enrichissement du débat… et merci de votre fidélité.

    Ph.B

  3. Fiquet
    Fiquet says:

    C’est étrange de lire des conseil pour économiste et que personne ne soit choqué de la manière dont les Banques Centrales et les Fond monétaires parlent à un Etat…

    Je pense qu’un billet sur internet est beaucoup plus informel que des déclarations officiel de CL ou des réunions de travail sur la Grèce et ses finances.

    D’autre par parler d’un pays comme vivant au dessus de ses moyens alors que les gens crèvent de faim c’est un peu dur à lire.Ne pas lire sur une pseudo analyse que les banques récupèrent l’argent qu’elles prêtent et bien plus(phénomène d’aspiration de la force d’un Etat) c’est dur aussi presque une caricature…

  4. Sergi
    Sergi says:

    Lecat, les contribuables français sont une catégorie spéciale de créanciers (j’en fais parti), spéciale car les politiques ont utilisés l’argent des citoyens sans leur demander leur avis. Le transfert de la dette du privé au public n’a pas l’air de vous choquer. Cela ressemble pour moi a un sauvetage anticipé des banques qui détenaient la dette grecque.
    Aussi parler du gouvernement grec comme réunissant extrême gauche et extrême droite, doucement avec le mot extrême, c’est un peu simpliste ou binaire. Un gouvernement qui accepte de privatiser (presque tout y passe) et de libéraliser complétement son économie (Siriza est d’accord sur ces points dans les négociations), peut-on réellement l’appeler extrême gauche ? Et un parti souverainiste et conservateur, peut-on réellement l’appeler extrême droite ? S’il vous plait, comme on dis de nos jours, ne faites pas d’amalgame, eurosceptique n’est pas égal a fasciste.

  5. Le Nostalgiste
    Le Nostalgiste says:

    Voter NON à un nouveau tour de manège du type Argentine, Yougoslavie,… « Grace » à l’ « aide » du FMI et compagnie… Tout ca dans une situation de chantage financier honore ce beau pays fier qu’est la Grèce.
    Si quelqu’un doute encore de la « bonté » des financiers, allez plutot faire un tour sur cette video en francais dans laquelle TOUT EST DIT…
    Reste juste à les remettre tous en place, derriere les barreaux…
    https://www.les-crises.fr/le-rapport-sur-laudit-de-la-dette-grecque/

    Bonne soirée et merci pour les Econoclastes!

    Michel

  6. Samuel
    Samuel says:

    Moi qui suit diplômé de rien, qui a du mal à faire repartir la croissance, je pensais pas qu’un tout petit pays comme la Grèce, puisse autant causer de tort à l’économie.

    Si ça se trouve tout cela pourrait aussi venir d’un pays qui voudrait trop imposer son modèle de conduite ou d’enseignement économique aux autres. Finalement devant tant de gaspillage pour les gens de Bruxelles, quoi de mieux que le modèle Allemand pour mieux faire reculer le manque de discipline budgétaire, oui j’ai vraiment du mal à tout mettre sur le dos des Grecs. En réalité, je vois bien qu’une Europe de technocrates ne rend pas plus service à la petite activité qui se meurt.

    De plus, le Grec qui n’aurait plus grand coeur à la discipline Allemande, vivrait-il toujours au dessus de ses moyens ? Mais l’Allemagne en finira bien par imposer par son premier « modèle » de conduite, comme si l »histoire se répétait de nouveau. Hélas la rigueur c’est bien beau, mais encore faut-il que l’Allemagne sache toujours faire son propre examen de conscience, voilà selon moi l’autre aspect du
    problème. Ah si seulement j’avais pu recevoir meilleure éducation, plus grande discipline de vie, je serais donc plus diplômé, moins dans la misère, et aurait donc plus grand idéal de puissance. Je pourrais ainsi montrer, que je me sens plus en phase avec le premier modèle mis en avant, faire le bon manager, qui court dans tous les sens, mais qui en réalité ne respecte pas plus la clientèle, comme pour les grosses enseignes, voila pourquoi tout va pas moins à veau l’eau en Europe.

  7. Christ
    Christ says:

    Pourquoi n’explique t’on pas simplement aux gens que 80% de la dette grecque est de la dette privée des banques spéculatives qui a été habilement et savament transférée en 2012 sur la dette publique de ce pays…. par les même imposteurs du FMI, BCE et la complicité des Gourvenements Européens
    Les Grecques n’ont pas a payer une dette qui n’est pas la leur.

    De même pourquoi le contribuable Français aurai t’il a détenir de la dette américaine à hauteur de 66,5 MILLIARDS € dont on sait qu’elle ne sera jamais remboursée puisque le dollar n’est plus qu’une monnaie de singe (planche à billet)…

    http://blogs.mediapart.fr/blog/patrick-saurin/270615/les-grecs-nont-pas-payer-une-dette-qui-nest-pas-la-leur
    http://cadtm.org/Synthese-du-rapport-de-la

  8. Christ
    Christ says:

    Dans le même ordre d’idée, il suffit de regarder la bourse en moment pour vérifier que les plus fortes baisses sont justement ces banques qui ont spéculées: Crédit Agricole, Natixis, Société général, BNP Act, Deutsch Bank…. celles là même qui sont les plus exposée , la directive BRRD de mai 2014 sera t’elle alors activée??? Allons nous, nous tous, payer les pots cassés pour sauver les banques jusqu’à 20% de nos économies??? Quant on entend ce matin Mr Attali prôner pour une Europe Fédérale ont voit bien que Mr Obama n’est pas loin…Ce dernier dirigetait’ il l’Europe, le déclenchement des SWAPS les inquièterait t’il à ce point …Pourquoi les Allemands sont ‘ils aussi dur avec la Grèce, tout simplement parce que la Deutsch Bank est au bord de la banque route avec ses 55 TRILLARDS de FWMD comme les appelle Warren Buffett.
    (financial weapons of mass destruction FWMD)
    http://www.zerohedge.com/news/2014-07-22/ny-fed-slams-deutsche-bank-and-its-%E2%82%AC55-trillion-derivatives-accuses-it-significant-o

  9. Emmanuel
    Emmanuel says:

    Je prends Lecat au mot lorsqu’il lance à Philippe Béchade :  » vous savez a quel point une certaine rigueur est nécessaire pour tenir la gestion d’un pays.  » Soit !
    Mais dans un instant de lucidité – et surtout d’honnêteté intellectuelle – chacun admettra que la dette de la Grèce c’est le tonneau de Danaïdes. Aucun nouvel  » effort  » (selon votre expression) ne le comblera.
    Continuer à prêter des milliards d’euros à la Grèce pour éviter aux politiques d’affronter la réalité dans toute son âpreté n’est PAS la rigueur nécessaire à la gestion d’un pays que vous-même, comme d’ailleurs tous les éconoclastes, appelez de vos voeux.

  10. chollez jean jacques
    chollez jean jacques says:

    Il faut connaître les liens qui unissent les états nations d’Europe… Si ce sont des attaches d’intérêt s dans le respect des peuples ou si ce sont les chaînes qui emprisonnent ces peuples…!’UE est une dictature des banques et de leurs serviteurs (esclave…servus en latin )contre les peuples

  11. Lecat
    Lecat says:

    Content de voir qu il y a de la vie et du débat
    Loin de moi l idée de distribuer les bons et les mauvais points, surtout aux econoclastes, je n ai pas et je n aurai peut être jamais votre expertise économique.
    Ceci étant dit ça me gêne qu on parle au passé ou au présent et jamais au futur. Que peut on faire pour être dans une meilleure situation demain? Encore laisser filer les déficits pour achever une bonne fois pour toute la nouvelle génération ? J ai pas encore 25 ans, c est pas mes quelques centaines d euro a Mc do pour payer mes études qui me font sentir riche. Je ne suis pas le représentant des possédants.
    Ce que je veux dire par la c est que tout le monde souffre d une façon ou d une autre. Dire que les grecs vivent au dessus de leur moyen était semble t il simpliste, alors disons qu ils sont incapables (comme les français) d être à l équilibre. Donc incapable de se priver de leur dose de dette donc acceptent de souffrir encore plus, plus tard. Les grecs n ont pas encore touché le fond malheureusement.
    Cette dette était une dette privée, ce fut une erreur d en faire une dette public sans imposer de grosses contre parties aux banques privées je suis d accord avec vous. Mais dire que cette dette est illégitime est ( j en suis désolé) simpliste. Quoi de plus simple que de dire que la dette que l on a pris est illégitime pour se donner bonne conscience au moment de payer cette fameuse dette. Ce sont les gouvernements grecs (élus par … Les grecs) qui ont pris librement ses emprunts privées. Nous sommes tous des drogués à la dette, incapable de voter un budget a l équilibre depuis des décennies. La réaction d une part importante de la société prouve selon moi qu on est toujours pas guéri
    Les econoclastes ont toujours dit a juste titre que la crise n était pas derrière mais devant nous, ils ont toujours souligné les bulles en tout genre, des dettes des étudiants américains ou des bourses mondiales par exemple. Ils ont toujours dénoncé les fausses reprises et les faux chiffres américains chinois ou japonais ou l effet mortifère des QE contre l opinion de la majorité des économistes a juste titre selon moi
    Mais maintenant nous devons passer a la prochaine étape, bcp moins populaire, celle des propositions pour changer les choses. Et ca passe par voter collectivement des budgets a l équilibre, de quitter cette dépendance aux prêteurs et créanciers
    Et cette partie là va poser problème, on va encore contourner les choses. On va dire que cette dette est illégitime ou qu on a déjà fait assez d effort ou qu on payera plus tard ou qu on a qu a faire un QE ou que les descendants des indiens des nazis des gaulois des mayas n ont a d abord rembourser leur propre dette d il y a xxx années. Bref on ne résout jamais le problème on tourne en rond.
    Je note pour finir M. Bechade la courtoisie et le respect de votre réponse qui montre une vraie et sincère ouverture d esprit indispensable au débat.
    Greg

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