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Métaux précieux : la Chine profite de la faiblesse du marché

Depuis maintenant près de 4 ans, les cours du métal jaune ont entamé une phase majeure de correction. Les compagnies minières, afin de préserver leurs marges, ont dû en tirer les conséquences et chercher à réduire leurs coûts de production. La situation reste malgré tout très tendue. Selon une étude réalisée par le cabinet GFMS en 2015, le coût moyen global de production des compagnies minières (le All In Sustaining Cost, AISC), incluant les charges d’intérêts et les dépenses exceptionnelles, était proche de 1208$ l’once en 2014. Le prix moyen de l’or sur l’année était de 1260$. Hors charges financières, impôts et dépréciation d’actifs, les premières indications pour 2015 sont de 950$ l’once, après un premier trimestre à 900$. Corrigés des éléments financiers, ces chiffres laissent une marge très faible…

La première source d’économie est venue des marchés eux-mêmes et a constitué un effet d’aubaine pour les groupes miniers. Il s’agit de la correction du cours des devises émergentes et de la baisse des prix du pétrole. Les groupes miniers opérant dans des pays comme l’Afrique du Sud ont ainsi vu leurs charges, essentiellement exprimé en devises locales, diminuer proportionnellement à leur prix de vente, libellé en dollars. Ainsi, une société comme Newmont Mining a pu annoncer une baisse de son All In Sustaining Cost de 18% au premier trimestre 2015, de 1035$ à 849$ l’once, 30% de cet écart provenant uniquement de la baisse des prix du pétrole et de la parité entre le dollar US et le dollar australien.

C’est l’accélération baissière enclenchée par les sorties massives des ETF sur le métal jaune qui a initié un mouvement continu de réduction du All In Sustaining Cost depuis 2013. Elle s’est faite essentiellement par la réduction des coûts opérationnels (licenciements, exploitation recentrée sur les filons les plus concentrés), des frais généraux, des dépenses d’exploration et d’investissement. Au-delà des risques que ces baisses d’investissement font courir à leurs perspectives long terme, elles ne peuvent être poursuivies à l’infini et sont aujourd’hui pour l’essentiel arrivées à leur terme.

Reste alors une dernière option : la vente d’actifs. Elle a débuté en 2013 par la cession de mines non stratégiques. Mais le mouvement a récemment repris, et les principaux acheteurs sont… chinois. La société Zijin Mining, plus gros producteur d’or chinois, a ainsi indiqué à la fin du mois dernier avoir acquis la société Australia’s Phoenix Gold, qui possède des réserves estimées à 1 million d’onces. Qui plus est, les mines de cette compagnie sont situées à l’ouest de l’Australie près de celles de Norton Gold Fields, une société déjà détenue à 90% par Zijin. A cela s’ajoute une acquisition réalisée le mois précédent en Papouasie auprès de Barrick Gold. La société possède aussi des projets au Congo, au Canada, au Kirghizistan et au Tadjikistan.

La Chine profite ainsi de la situation actuellement difficile dans le secteur pour poursuivre son développement dans l’industrie et ainsi s’assurer un approvisionnement régulier en métal jaune. Car même si la Chine est aujourd’hui le plus gros producteur d’or au monde avec une part de marché d’environ 15%, ses réserves prouvées ne sont que de 4% des réserves mondiales. Aussi, après avoir mis l’or au cœur du projet de route de la Soie (voir note du mois dernier), la Chine poursuit sa stratégie impérialiste dans le secteur aurifère. Confirmant ainsi le caractère réellement stratégique que revêt l’or pour le gouvernement de Xi Jinping.

Par Benjamin Louvet, Directeur Général de Prim’Finance

Note originale sur le site de Prim’Finance

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