BFM du 18 août 2015 – Ralentissement généralisé

Jacques Sapir

Ralentissement généralisé : Jacques Sapir VS Cyrille Collet

Les marchés européens ont baissé la semaine dernière alors que les marchés américains sont restés stables. Pour Cyrille Collet la raison provient du fait que les entreprises américaines font la majorité de leur chiffre d’affaires sur le sol américain, tandis que les entreprises européennes font, elles, la moitié de leur chiffre d’affaires aux Etats-Unis et dans les pays émergents. Ces entreprises sont donc « beaucoup plus sensibles à l’économie au sens global » et notamment aux dévaluations de la monnaie chinoise.

Selon notre éconoclaste Jacques Sapir, « la dévaluation [du yuan] va se poursuivre, pas forcément pour de bonnes raisons. » Une de ces raisons est que l’économie chinoise n’a pas changé de modèle pour se reposer sur l’économie intérieure. Pour effectuer ce transfert de modèle « il faut sécuriser les bas et moyens revenus » or en Chine ce sont les chinois déjà considérés comme bien payés, qui voient leurs revenus augmenter.

« Qui dit doutes sur la croissance chinoise, dit aussi des pressions baissières sur le yuan. »

La Chine est donc confrontée, comme le résume Cyrille Collet à : « des enjeux économiques, des enjeux sociaux, des enjeux environnementaux. »

Le scénario d’un report de la hausse des taux de la Réserve Fédérale américaine suite aux dévaluations du yuan est un scénario crédible pour Jacques Sapir : « ce serait la chose logique à faire. » Néanmoins, comme rien n’est trop simple, « cela serait extrêmement difficile pour Mme Janet Yellen de se dédire après ce qu’elle a annoncé en juin et en juillet. » Par conséquent, un retard de la hausse est probable, mais cette dernière aura lieu « avant la fin de l’année 2015. »

Concernant les chiffres européens récemment parus, ces derniers sont à examiner avec minutie car ils sont très variés et très différents les uns des autres. Globalement, nous explique Jacques Sapir, il y a un ralentissement européen. Malgré des chiffres comme le PIB grec du deuxième trimestre en hausse (car les ménages ont acheté des biens matériels pour se protéger d’une sortie de la Zone Euro), les résultats sont mauvais.

« Ce que l’on va voir, c’est une chute extrêmement brutale [du PIB grec] au troisième trimestre. Même chose sur l’Espagne. »

Le cas espagnol est typique aussi : les bons chiffres de l’emploi s’expliquent par la saison estivale très propice au tourisme. « 70% des emplois qui ont été créés en Espagne, ont été créés dans le secteur du tourisme. » Le résultat est que le chômage en Espagne va repartir à la hausse dès le mois d’octobre.

Pour conclure : l’Italie a vu en juin son indice de production industrielle chuter, la France stagne à 0% de croissance et l’Allemagne va un peu mieux.

Le problème grec, indique Jacques Sapir, est toujours présent. Le fait que le FMI ne participe pas au plan d’aide empêche le mécanisme européen de stabilité (MES) de dégager les fonds nécessaires pour alimenter la Grèce. En effet, le board du FMI s’oppose à cet accord européen qu’il juge voué à l’échec et qui selon lui ne fera qu’augmenter la dette grecque.

« Sur le fond, tout le monde sait et même le FMI le dit, que le plan qui a été élaboré par l’Eurogroupe n’est pas tenable. »

Donc nous devrions voir revenir les craintes du Grexit d’ici Septembre ou Octobre, avec des conséquences négatives, non seulement pour les grecs, mais aussi pour les économies de la Zone Euro.

Quoi qu’il en soit, nous assistons à une ralentissement généralisé des économies à l’échelle mondiale.

Rédigé par Raphaël Becanne

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