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La BCE fait mine de reprendre la main, mais elle est en perdition.

Mario Draghi multiplie les incohérences et les mensonges: succès garanti auprès de marchés abrutis de drogue monétaire et qui se délectent de stratégies frelatées.

Les commentaires consécutifs à la conférence de presse de Mario Draghi sont édifiants:  la majorité des gérants se réjouissent que ce soit Noël avant la St Nicolas et que le besoin de rassurer les marchés l’ait emporté sur toute autre considération.

La stratégie de la BCE repose désormais sur la propagation de mensonges, comme les déclarations de Christian Noyer en début de semaine concernant un « QE » dont le « calibrage » lui apparaissait adéquat et pas susceptible d’être revu dans l’immédiat.

Soit il était au courant des discussions au sein de la BCE (bien sur qu’il l’était !) et il a menti sciemment et tenu un discours plutôt « faucon » afin de permettre aux initiés de profiter de marchés hésitants pour se renforcer, avant qu’ils n’explosent à la hausse.

Soit il n’était au courant de rien… et cela témoigne de graves dysfonctionnements au sein de la BCE (mais c’est juste impensable).

Il aurait juste été honnête de se taire.

Incohérence vertigineuse (ou mensonge ?) lorsqu’à quelques minutes d’intervalle Mario Draghi déclare que la baisse du pétrole explique l’éloignement des objectifs d’inflation (le pétrole n’a en réalité pas varié depuis mars dernier où il était déjà à 45$)… mais se félicite du pouvoir d’achat restitué aux consommateurs, ce qui soutient l’activité économique (son « QE » ne sert à rien).

Si il y avait potentiellement plus d’argent à dépenser, les agences de communication seraient les premières à surfer sur la vague mais au lieu de cela, Publicis lance un « warning », parce que les annonceurs se montrent de plus en plus frileux.

Et M.Draghi affirme dans le même élan que notre croissance est exposée à des pressions négatives venues de l’extérieur et considère que ce phénomène l’emporte sur la hausse (imaginaire) de la consommation.

Et si la trajectoire de l’inflation dépend surtout des prix de l’énergie, alors un « QE » ne sert à rien !

Si la baisse du pétrole soutient effectivement la croissance, alors un « QE » ne servait à rien… et le prochain sera tout aussi inutile !

Mensonge encore lorsque Mario Draghi réaffirme à plusieurs occasions lors de précédents meetings que les taux directeurs (dont celui des prises en pension) ne peuvent plus baisser.

Mario Draghi explique benoitement aujourd’hui que puisque les circonstances ont changé (elles se sont dégradées malgré 60MdsE injectés chaque mois, faut-il le souligner au passage), et bien, la stratégie doit également changer.

Cela me rappelle cet aphorisme : « la Banque Centrale n’a qu’une parole, c’est pourquoi elle est bien obligée de la reprendre ».

Autre façon de formuler la chose: « nous ne savons absolument pas où nous conduisent nos politiques « expérimentales », nous naviguons à vue, nous tenons un discours un jour, nous en changerons demain si la réalité nous donne tort… où si les marchés veulent entendre autre chose.

« Nous nous fichons de l’impact de notre stratégie sur l’économie réelle (aucun de nos objectifs n’ont jamais été atteints depuis 7 ans, ni dans le domaine de la croissance, ni dans celui de l’inflation) car seul compte le soutien aux marchés, c’est à dire aux 1% qui détiennent 85% des actifs cotés ».

Les banques centrales se livrent depuis des années à une guerre des devises « à la sournoise » en prétendant se soucier de l’inflation alors que cette même guerre des devises s’avère déflationniste.

Et la BCE vient de frapper un grand coup dans ce domaine en devançant la Bank of Japan qui s’apprêtait à dévaluer un peu plus le Yen à coup de planche à billet et en acculant la FED à renoncer à la « normalisation » de sa politique monétaire.

Janet Yellen à clairement loupé le coche, elle ne peut prendre le risque de faire grimper le Dollar au-delà des 1,10/E : elle va devoir opérer un virage monétaire à 180° -non pas de son plein gré- mais sous la contrainte d’une situation qui lui échappe, et plus humiliant encore, parce que Mario Draghi ne lui laisse pas le choix.

 

Pour Wall Street, la FED a perdu la main et la seule consolation, c’est que les « ultra-colombe » vont pouvoir donner de la voix et entonner en chœur l’hymne à la fuite en avant dans un futur « QE4 ».

Ce ne sera qu’un épisode de plus dans la guerre totale que les banques centrales mènent contre la hausse des salaires et contre la rémunération de l’épargne des citoyens… vous savez, ces idiots utiles qui créent la véritable richesse économique mais qui supportent la réalité du risque d’insolvabilité des Etats au cas où les choses tourneraient mal.

Des taux zéro, ou négatifs, c’est la condition première d’une perpétuation de l’hyper-inflation boursière, à contre courant des cycles conjoncturels.

Une stratégie démente mais ô combien vitale puisqu’une chute de la valeur des actifs inscrites au bilan des banques centrales les « carboniserait » littéralement.

Les banquiers centraux peuvent faire n’importe quoi, avancer à l’aveugle, se fourvoyer, vendre leur âme (et les nôtres) aux marchés, nous abreuver d’une litanie de mensonges: ils ne risquent pas de se faire éjecter lors des prochaines élections.

Ph Béchade

1 réponse
  1. Baya
    Baya says:

    Mille merci pour cet excellent article, plein d’un courage bien rare, car il ose aborder le coeur du probleme. Les politiques monetaires menees par les banques centrales occidentales semblent etre surtout des manipulations ayant pour but premier la captation d’une part sans cesse accrue de la richesse mondiale mar une minorite secrete de ploutocrates, Objectivement , c’est le principal resultat obtenu.

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