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2015 de A jusqu’à M (première partie)

L’an passé, en décembre 2014, j’étais à une table ronde dans une conférence à Genève. J’étais sensé l’animer et provoquer les intervenants afin qu’ils ne soient pas d’accord entre eux. Le seul problème, c’est qu’ils étaient tous les quatre des gérants de fonds actions européennes et ils avaient tous la même conviction : Le marché européen allait monter !

Non, pardon, le marché Européen allait EXPLOSER… le plus timide d’entre eux pariait sur 10 à 15% de hausse et le plus bullish d’entre eux misait sur 50% de hausse, mais pour sa défense, c’était seulement sur l’Italie et l’Espagne, ce qui, dans une année de bull market délirant, aurait pu être possible.

Sauf que 12 mois plus tard, ce n’est pas la même soupe. Entre deux, l’Ukraine est passée par-là, la Grèce est passée par là, Yellen nous a animé la scène durant toute l’année en nous faisant mousser sur les taux, Draghi nous a fait languir sur son QE, sa baisse des taux et son hypothétique croissance européenne, le pétrole s’est fait défoncer parce que tout le monde produit mais de moins en moins de monde consomme – et puis les commodities se sont faites laminer durant la plupart de l’année, Glencore a faillit passer à la casse et l’on s’est rendu compte que, finalement la spéculation sur les commodities ne fait pas forcément monter les matières premières, n’en déplaise aux jeunesse socialistes. Les Hedge Funds se sont encore fait une année durant laquelle certains de leurs clients comprennent mieux qu’eux le concept de la « sélection. » Le pétrole s’est fait défoncer alors qu’il fut un temps le trade du siècle c’était « long or wrong », l’or s’est fait.. en fait non, l’or n’a rien foutu… et puis pour terminer, on apprendra tard dans l’année (alors que l’on attendait ça bien plus tôt), que taux ont recommencé à monter – en tous les cas aux States – et puis le QE, en Europe, restera parmi nous en 2016 aussi et probablement en 2017…

Bref, en conclusion 2015, ce n’était pas du tout ce que l’on attendait en 2014 et je crois que l’on peut dire sans trop de risques que 2016 ne sera pas ce que l’on attend… Mais ça, on verra ça dans 12 mois… En attendant voici ce qu’il faudra retenir de 2015…

A comme Apple :

2015 - AppleEncore une fois, le A ne peut être réservé qu’à Apple. Je dis « ne peut que » pas parce que je suis un fan devant l’éternel de la marque à la pomme, mais surtout parce qu’encore une fois, la société fondée par Steve Jobs (paix à son âme) reste la plus grosse capitalisation de tous les temps, la plus grosse de l’année et la société de tous les superlatifs fondamentaux. Le dernier trimestre en date nous a montré un bénéfice net de 53,4 milliards de dollars, un chiffre d’affaire en hausse de 28% à 233.7 milliards de dollars. La compagnie reste une machine à cash qui ramasse plus de 13 milliards par trimestre et qui possède, à ce jour, plus de 200 milliards de dollars sur son compte en banque. Si Tim Cook le voulait, il rachèterait Total et Sanofi en cash, ou même carrément Coca-Cola.. Pas une caisse de bouteilles, l’ensemble de la compagnie…

Mais le cash d’Apple permet également d’acheter :

– 2/3 de Facebook
– 1540000 Tesla S85 toutes options
– 7’407’407 Harley Davidson Street Glide 2015
– 133 fois l’Eclipse, le Yacht du patron de Chelsea
– 30’780’000’000 de Big Mac..

Par contre, le consensus global de prévisions pour Apple en 2016, n’est pas le meilleur de tous les temps. Oui, parce que cette fois, il se pourrait que 2016 soit la première année de décroissance pour l’iPhone. Un peu le truc que l’on nous promet depuis 5 ans.

B comme Bull Market

2015bull-market1-300x300En février 2009 nous étions au bord du gouffre financier, on allait tous mourir et personne, je dis bien personne ne pensait investir le moindre denier dans les actions. Nous étions tous CERTAINS que l’on ne se remettrait JAMAIS de la crise du Subprime.

Aujourd’hui, à l’aube du septième anniversaire de ce Bull Market, on est encore en train de se bagarrer entre « spécialistes », histoire de savoir s’il va mourir cette année ou pas. Il faut reconnaître que l’on nous a promis la fin ce Bull Market à peu près 823 fois depuis février 2009 : à ce jour, caramba encore raté, tout le monde s’est gouré. Par contre, tapez dans un moteur de recherche les mots suivants : « fin-bull-market-krach-fin du monde », vous trouverez les mêmes prévisions que l’an passé. Avec presque les mêmes raisons. C’est vrai après tout, vu le boulot fourni pour prédire un krach boursier qui n’a pas eu lieu en 2015, on ne va quand même pas perdre du temps à re-bosser sur un truc qui veut dire la même chose avec une chance sur deux de se gourer encore. Donc, on prend les mêmes et on recommence : il est donc probable que 2016 soit l’année de la fin du Bull Market. Ou pas.

C comme « les Commodities c’est tout pourri »

2015 commodities-300x200En 2014, ce n’était déjà par l’année des matières premières. Mais alors en 2015 ce fut carrément l’enfer. Vous pouvez justifier la chose en prenant n’importe quel argument : le dollar trop fort, le pétrole trop faible, la Chine qui ne croit plus, la Russie qui s’enfonce, ou le fait que l’on vende trop de Tesla, une chose est certaine, ce fût une année réellement pourrie pour le secteur – à moins d’avoir acheté du cacao ou du cotton, vous êtes au plus mal. L’Aluminium s’est pris 25% dans les dents, le Nickel 45%, le Gas Naturel, 40% et encore je ne vous parle même pas du pétrole, mais ça c’est tout de la faute à Tesla.

L’année aura donc été immonde. Et pourtant je me rappelle comme si c’était hier d’un trader américain nommé Jim Rogers qui nous disait que le cycle de hausse des matières premières durerait 17 ans, c’était en 2006 – il manque donc encore 7 ans. Et dans la foulée, une banque qui m’avait employé (que très brièvement entre 2008 et 2009 et qui n’avait que très que moyennement aimé mon franc parler) avait dit que « 20% de commodities dans les dossiers des clients, c’est ce qu’il faut »… tout ça alors que la plupart d’entre nous n’ont jamais vu du pétrole autrement que dans le réchaud à fondue, que le seul coton que l’on connaît, c’est celui que l’on se met dans les oreilles, le Cacao le plus « brut » que l’on pratique se nomme Nesquik et le dernier troupeau vivant que l’on a vu, c’était pendant la désalpe.

Mais LE TRUC qui me fait mourir de rire en cette find’année 2015, c’est l’initiative des jeunesses socialistes qui veulent «empêcher la spéculation » sur les matières premières la pire année de tous les temps pour le secteur.

Il faut absolument que je pense à un truc triste pour ne pas me rouler par terre de rire. Tiens, je vais penser à notre nouveau Conseiller Fédéral ou la mobilité à Genève…

D comme Défense

2015 defense-300x1692015 aura été l’année des attentats. Ces débiles mentaux de l’ISIS ou de l’EI, peu importe comment ils veulent se faire appeler, ont donc décidé de terroriser la planète et Paris en particulier, tout cela au nom d’un Dieu à deux balles qui n’existe même pas. Ces tarés finis ont donc peut-être trouvé le moyen de réveiller un secteur qui finit l’année en fanfare et qui pourrait bien être celui de 2016 : la Défense.

Si Poutine, Obama et le clown qui dirige la France veulent « aller chercher ces terroristes jusque dans les chiottes » (je cite Poutine), il va falloir du matériel et toutes les sociétés qui produisent du matériel de défense au sens large du terme pourrait bien en profiter. Alors oui, je sais bien que pour certains « c’est mal de miser sur la guerre », mais comme nous sommes là pour essayer de « faire » de l’argent, il va tout de même falloir s’intéresser à cette thématique qui commence à faire les gros titres des journaux financiers. Certaines de ces sociétés ont d’ailleurs déjà affiché des performances stratosphériques en 2015 et pourrait bien remettre ça dans les mois qui viennent.

Il faut aussi savoir que c’est le secteur qui offre le plus de croissance à l’économie globale. Chaque dollar dépensé dans la « défense » réinjecte indirectement six fois plus dans l’économie réelle.

Alors : GO DEFENSE !!!

E comme « Économie en croissance tu seras »

2015 yoda-economy-300x197L’Économie et son hypothétique croissance aura indubitablement été un des thèmes phares de l’année. Je vous défie de trouver une semaine durant laquelle nous n’en n’avons pas parlé.

On s’est demandé depuis le 31 décembre 2014 à 23h59 jusqu’à ce soir du 16 décembre 2015, si l’économie américaine était suffisamment en forme pour que Madame Yellen nous monte les taux. En accord avec ses actes, on peut supposer que ça devrait être bon. Reste à voir dans la pratique si cela va se confirmer dans les mois qui viennent. On est tous d’accord sur le principe que l’économie de l’Oncle Sam a créé des jobs en masse durant l’année et que le chômage s’est pris un « mawashi geri coup de pied circulaire » dans les dents et que tout semble aller pour le mieux, tellement les Américains ils ont des jobs.

Une chose est certaine, on a créé plein de jobs de types qui débarrassent vos tables, pendant que l’on virait des cadres supérieurs dans l’industrie pétrolière, je m’interroge donc bêtement sur le pouvoir d’achat des uns et des autres. Mais bon, si Janet le dit, c’est que ça va aller.

On a aussi parlé de l’économie chinoise qui se précipite à toute vitesse en direction de la muraille éponyme et on se demande tous les jours comment ça va se finir. Alors que la croissance locale ne cesse de ralentir, le gouvernement (libre et démocratique) chinois ne cesse d’inventer des méthodes pour soutenir le marché/économie pour  sauver le monde. Parfois ça marche, parfois ça marche pas. On se demande d’ailleurs ce qu’ils attendent pour sortir l’artillerie lourde et forcer les investisseurs à investir, les acheteurs à acheter et à fusiller les vendeurs sur la place publique.

Et puis il y a l’économie européenne qui avance à la vitesse d’un escargot (écrasé) au galop et l’économie japonaise qui reste dans un mutisme total, tel le prof de karaté en méditation avant de fracasser 12 planches avec ses orteils.

Eh bien j’ai une bonne nouvelle pour vous : «en 2016, on remet ça !!! »

F comme « Fallait faire sauter le taux plancher »

2015 taux-plancher-300x225Au début du mois de janvier 2015, alors que nous en étions encore aux bonnes résolutions et au moment où nos abonnements de fitness souscrits le 3 janvier, avaient encore du sens (et de la valeur), la BNS nous a lâchement pris en traître. Le taux plancher qui devait maintenir l’Euro/Suisse à 1.20, soutenir l’économie suisse contre la méchante concurrence étrangère ET être inscrite dans constitution juste après l’obligation de chanter l’hymne national au saut du lit (pourquoi ? vous ne le faites pas, vous ?), a donc été exécuté d’une balle dans la tête par notre Janet Yellen à nous, Thomas Jordan – aucun lien familial avec le numéro 23 des Bulls de Chicago.

À partir de là, bien que nous soyons un village d’irréductibles Helvètes, on s’est senti trahi par notre propre banque nationale, également connue pour être gérée comme le plus gros Hedge Funds de la planète. On a d’ailleurs bien cru que l’on n’en s’en remettrait jamais, surtout après le passage des tanks américains sur le reste de notre bon vieux secret bancaire.

Et puis les semaines ont passé et à voir les résultats de nos bonnes vieilles sociétés suisses, on s’est dit que l’on allait s’en remettre. Il faut reconnaître que le SMI est plus bas que les 9250 qui étaient les siens le 14 janvier 2015, mais comme le 19 mars nous avions tout rattrapé, on peut dire que c’est largement dans les prix. Et puis, en plus, même si la BNS ne cesse de dire le contraire, il y a un taux plancher artificiel synthétique à 1.08 pour le moment.

Par contre, cet événement nous aura au moins appris quelque chose ; si l’on en doutait encore : les banquiers centraux sont des menteurs, des bullshitteurs de bas étage en qui on ne peut pas avoir confiance.

G comme « qui a jeté la GoPro par la fenêtre du 65ème étage ? »

2015 gopro1-300x169Ou : « Comment passer des sommets à la vallée à la vitesse de la lumière » – En 2014 il y a eu une IPO qui a fait parler d’elle, celle de GoPro.

GoPro, mais oui, vous savez la caméra que l’on embarque avec soi et qui permet de filmer des trucs de malades pour montrer à vos amis en rentrant le dimanche soir –c’est le truc qui a remplacé les soirées « diapos » – c’est pas que c’est moins chiant – au contraire – ou alors vous avez un ami qui fat du « base jump » (et qui ne s’est pas encore tué), un ami qui fait du « flying suit », du ski extrême, qui fait du circuit avec une Porsche ou qui plonge avec les requins. En revanche, si vos amis qui vous invitent à une soirée « GoPro » font du ski de fond, de la pêche, ou ramassent des champignons, je ne saurais trop vous recommander de trouver une excuse du type : « j’ai été sélectionné pour partir sur Mars et je dois encore passer des tests »… Parce que, d’expérience, j’ai eu l’occasion de vivre une soirée vidéo d’un type qui filmait ses vacances à la GoPro. Je vous jure, la marche depuis la chambre d’hôtel (sortie de la salle de bain et verrouillage de la porte y compris), jusqu’à la piscine de l’hôtel, mise à plat du linge et commande du cocktail, ça à beau être fun quand vous le vivez en live, mais à la GoPro, c’est long… C’est trèèèèèèèèèèèès long…

Tout ça pour vous dire que le titre GoPro nous a fait vivre les sports extrêmes de l’intérieur, après avoir ouvert l’année 2015 à 50$, elle est passée par 40 avant de remonter à 65$, là où tout le monde pensait qu’elle allait aller à 100$ (au moins), avant de se manger la paroi (rocheuse), de rater sa dernière caméra et de plonger de 65$ à 16$… Si ça c’est pas des sports extrêmes, je ne sais pas ce que c’est.

En tous les cas, GoPro aura au moins récupéré un oscar en 2015 : celui du titre le plus shorté du marché américain. Là, personnellement, j’en achèterais bien pour jouer le retour des drones.

H comme « C’est Hitler qui a lancé Volkswagen et ils en vendent toujours, c’est pas l’affaire du Diesel qui va y changer quelque chose »

2015 hitler-vw-300x230Donc, Volkswagen s’est foutu de nous. Bon, entre nous soit dit ; ce n’est pas la première fois. Il y a très longtemps, j’ai acheté une Golf GTI. Je dois dire que le vendeur a été TELLEMENT désagréable que pendant un bref instant, j’ai failli acheter une Fiat Punto. Pendant un bref instant seulement. Mais le vendeur a su m’expliquer que la voiture allait bien avec mes yeux – ce qui était une évidence – et j’ai donc acheté une Golf, malgré que l’on m’ait pris pour un con dès que j’eusse passé la porte de chez AMAG.

Ce n’est donc pas la première fois que Volkswagen se fout de nous (de moi en tous les cas). Il est donc assez étonnant de voir que soudainement, tout le monde est surpris d’avoir été floué, puisque depuis des années on en était presque arrivé à croire que le diesel ne polluait pas. Voir pire, dans certains milieux, on pensait que le diesel était bon pour la santé !

Bon, après avoir passé un week-end sur les routes du sud de la France à suivre des 408 diesel, on a rapidement compris qu’une rafale de mitrailleuse lourde pourrait éventuellement être moins dangereuse pour la santé…

Toujours est-il que maintenant c’est officiel, VW nous a fait croire que ses moteurs TDI ne polluaient qu’à peine, alors qu’en fait, ils nous en foutaient plein les poumons au même titre que les autres marques, si ce n’est plus.

Il ne nous reste donc plus que deux solutions.

1) Accepter que l’on s’est fait rouler et admirer la prochaine Passat Break au salon de Genève et se dire que « finalement, si on la prend en « essence », ça polluera moins que le diesel.
2) Faire contre mauvaise fortune, bon cœur et demander à votre garagiste d’écrire en gros caractères sur la voiture « rouler diesel Volkswagen tue », comme sur les paquets de clopes – tout en gardant à l’esprit qui si votre VW pollue, la Renault de votre voisin pollue tout autant, si ce n’est plus, sauf que eux, ils ont pas menti aux autorités et puis en même temps, essayez de vendre une Renault aux USA…

En conclusion, « on s’est fait eu. »

La question qui nous reste à résoudre, c’est : et qu’est-ce qu’on fait maintenant avec nos actions Volkswagen ? Eh bien, non, ça n’ira pas à zéro, il y aura des temps difficiles, mais comme indiqué dans le titre de ce chapitre, c’est Hitler qui a lancé la VW… Et même si à l’époque c’était le meilleur vendeur du quartier, ce n’est pas le type que l’on aimerait avoir comme gendre. Pourtant, VW s’est toujours très bien vendu, alors « L’Affaire du Diesel »… on devrait rapidement l’oublier quand les nouveaux modèles sortiront avec des moteurs qui guérissent les maladies pulmonaires, là ça sera certain qu’ils disent la vérité pour le coup…

I comme « Inflation »

2015 inflation-300x185Le mot « Inflation » fait sûrement partie des 10 mots de l’année qui ont été les plus utilisés dans les médias financiers. Jamais dans l’histoire de l’humanité, en tous les cas, depuis la disparition des mammouths, nous en aurons autant parlé et nous l’aurons autant désirée, dans certains pays on aimerait qu’elle augmente – comme aux USA – alors qu’en Europe, on aimerait juste qu’elle revienne, pendant qu’au Japon, on la trouve sous forme de dessin dans les musées et les plus anciens s’en souviennent avec nostalgie.

C’est en tous les cas la mission que la FED, la BCE ou la BoJ se sont fixées : la faire revenir sur terre et la maîtriser. C’est un peu comme les mammouths, justement, ou les tyrannosaures, on aimerait bien qu’ils reviennent, mais seulement si l’on peut les maîtriser. Malheureusement, pour ceux qui ont vu le documentaire « Jurassic Parc » cette année, on sait tous que ce n’est pas simple.

Pourtant, le retour de l’inflation sera à nouveau un thème de choix en 2016. La FED nous a fait croire que le plein emploi était de retour, reste à voir si dans les 12 mois qui viennent, ils parviendront à nous faire croire que l’inflation est là et que tout est sous contrôle. À leur défense, il faut reconnaître que l’inflation n’est pas un animal que l’on maîtrise facilement, puisqu’il réagit toujours avec un temps de décalage, c’est seulement six à neuf mois plus tard que l’on se rend compte que ça bouge ou que ça a bougé. Pour bien comprendre le boulot de la FED, imaginez que vous pilotez un de ces énormes bateaux de croisière, si vous rentrez au port à une vitesse de 15 nœuds, c’est un peu tard pour freiner et il y a de fortes chances que vous finissiez directement sur la place centrale de la ville portuaire en ramassant à peu près tout ce qui se trouve sur votre passage. Vous devez réagir 5 kilomètres avant. L’inflation c’est pareil, si vous montez les taux le jour où vous vous rendez compte qu’elle explose, c’est trop tard et il est plus que probable que vous vous retrouviez à acheter votre tube de dentifrice pour le prix d’une voiture.

J comme « J’avais pas que du Valeant en portefeuille, j’étais aussi short sur Herbalife »

2015 ackman-230x3002015 aura été l’année de l’enfer pour Bill Ackman. Le patron de Pershing Square estime que l’année qui se termine aura été la pire pour sa société, même pire que pendant la période du Subprime. La bonne nouvelle, c’est que les clients ne partent pas. Enfin, pas trop. Alors que les Hedge Funds ont perdu en moyenne 4% cette année, Bill Ackman est en baisse de près de 30%, il faut dire qu’il n’a pas eu de bol. Entre son « plus gros short » et son « plus gros long », tout s’est ligué contre lui.

À ma droite vous le « Ponzi scheme » selon Bill Ackman, j’ai nommé Herbalife, qui est sa plus grosse exposition à la baisse, qui ne cesse de publier des bons chiffres et qui, même quand ils sont sous enquête des autorités fédérales, ne parvient pas à baisser et s’en sortent tout le temps. Et ceci même quand Bill Ackman mène des campagnes de destruction massive. La résilience d’Herbalife aura été fascinante et aura coûté un bras à Pershing – le Hedge Fund persiste dans sa stratégie et continue d’enfoncer le clou pour 2015.

Situation similaire, mais dans l’autre sens sur sa plus grosse position à la hausse, à ma gauche vous avez : Valeant. Super performance durant une bonne partie de l’année, jusqu’à que l’on commence à en parler dans la presse, Valeant a des casseroles à l’interne, on commence à se demander s’il n’y a pas un peu (beaucoup) de magouilles, et le titre se fait démonter et Pershing avec.

Quoi qu’il en soit, on peut dire que Bill Ackman n’aura pas eu de bol. En effet, le principe même d’un fonds « Long Short Equity » est de gagner à la baisse comme à la hausse. Quand c’est l’inverse qui se produit – pour l’avoir vécu en live et en couleur – je peux vous dire que ce n’est que moyennement drôle. Alors même si les milliards de Monsieur Ackman m’empêcheront de lancer une collecte en sa faveur, je vais tout de même prendre le temps de le plaindre 5 secondes.

……

Voilà, ça, c’est fait.

K comme « la définition du Short-Squeeze par Kalobios »

2015 shkreli-300x169Dans le monde merveilleux de l’investissement, il y a une chose que l’on a inventé il y a des années, c’est le concept du « short ». Pour faire simple et pour ceux qui ne savent pas ce que c’est ou qui n’y ont toujours rien compris c’est le principe de « vendre un titre avant de l’avoir acheté, avec l’intention de l’acheter plus tard, mais moins cher ». Même si l’idée peut parfois paraître ésotérique ; puisque pour le commun des mortels, il ne semble pas logique de vendre avant d’avoir acheté, la finance l’a inventé il y a des dizaines d’années. Les puristes et les logiques diront que ça n’a pas de sens, mais que, concrètement, ça apporte plus de liquidité dans le marché et que fondamentalement, c’est très bien.

Mais ceci n’est pas le débat. Si je vous parle de ça, c’est que dans chaque opération de « short », vous êtes tout de même obligé de « livrer les titres » au type qui vous les a achetés. Puisque vous ne les avez pas (encore), il vous reste à les emprunter pour les livrer et les rendre à celui qui vous les prête lorsque vous les racheterez (plus tard) – vous me suivez là ? Vous allez comprendre. Notez au passage que le « prêteur » peut demander le retour de ses titres en tout temps s’il désire les vendre, vous, du même coup, êtes obligé de les racheter… Ce qui peut être moyennement drôle par moment.

Suite de l’histoire :

Kalobios est une petite société de biotechnologie qui développait trois médicament (a priori) prometteurs contre le cancer. Jusqu’à preuve du contraire, il n’était pas prouvé qu’ils vous feraient marcher sur l’eau, mais il y avait de l’espoir. Il y a quelques mois de ça, la société a annoncé qu’elle mettait leurs recherches en veilleuse parce que plus de pognon dans la banque. CQFD. Dès lors, les génies de la finance sont arrivés avec leur concept de « shorter le titre en attendant qu’ils fassent faillite.

Les gars ont donc commencé à shorter à 5$ et des poussières, le titre a baissé gentiment jusqu’à 50 cents, pour remonter autour des 2$. À ce moment très précis, cela semblait une manière éminemment sympathique de gagner 2$ facilement.

C’est exactement à cet instant que Monsieur Shkreli, un personnage douteux fort connu dans le monde de la finance, a annoncé qu’il avait acquis plus de la moitié des actions en circulation et que, du coup, ceux qui les avaient vendues en avance, n’allait pas avoir d’autre choix que de les racheter au plus vite… au plus cher aussi, puisque la matière première se faisait soudainement rare….

Le titre est donc passé de 2 à 11 – le premier jour – puis de 11 à 18, le second, pour terminer à 44$ alors que Shkreli annonçait détenir 75% de la boîte et refusait de laisser ses titres en prêt à ceux qui étaient short…

Imaginez donc, vous avez shorté 1’000 titres à 2$ et à la veille de Thanksgiving, vous devez les racheter é 44$… Indubitablement, ça fait mal. Et vous venez de comprendre le concept du « short squeeze », ça fait cher la leçon…

Surtout que depuis, Monsieur Shkreli s’est fait arrêté pour manipulations boursières, Ponzi scheme et autres charges sympathiques, mais c’est une autre histoire. Et depuis le 16 décembre, KaloBios est suspendue… Bienvenu dans le monde de la haute finance.

L comme « Le réveil de la Force de Mickey »

2015 force-300x228Pour avoir regardé à peu près 889 épisodes de la « Maison de Mickey » – dessin animé destiné à une clientèle étant nettement moins âgée que je le suis, je peux vous dire que si un jour, je me retrouve face à cette souris de dessin animé, je lui fait avaler une meule entière de Gruyère tellement je n’en peux plus de l’entendre dire « alors les amis, on dit le mot magique tous ensemble ; TOURNIQUETTTT » – (comprenne qui pourra)…

Cependant, il y a une chose que Mickey a fait juste ces dernières années – en dehors du Hamburger à 25 Euros absolument dégueulasse dans leurs parcs d’attractions, mais que t’as pas le choix d’acheter parce que sinon tu meurs de faim et mourir avec des oreilles en plastique sur la tête, c’est un truc a finir au paradis de l’ISIS, sans les 72 vierges) –non, le coup de génie qu’ils ont fait, c’est de racheter la franchise « StarWars »…

Pour ceux qui auraient raté la chose ; depuis le 16 décembre – date du début du nouveau cycle de hausse des taux aux USA – le septième épisode est sur les écrans. En dix jours, ils ont ramassé un milliard de recettes et je ne vous dis même pas ce qu’ils encaissent en produits dérivés. Et pourtant, ils n’ont pas eu besoin de trop se casser pour le scénario ; on a repris les mêmes acteurs ou presque, on a repris le concept de la guerre entre les méchants et les gentils – ben oui, sinon ça ne s’appellerait pas StarWars – on a recyclé Darth Vader avec un casque en plastique et une tronche d’ado boutonneux et puis on nous laisse supposer que dans le huitième épisode, on aura droit au « Retour du retour du Jedi », vu que le « retour tout court », on l’avait déjà eu dans le sixième épisode qui était en fait le troisième à la base, avant que l’on invente les trois premiers.

En gros, Mickey a eu le nez fin, parce que pendant qu’il intoxique les enfants avec son tourniquet et sa maison magique, il laisse croire aux parents que c’est tendance de refaire du neuf avec du vieux et que revoir la franchise qu’ils regardaient quand eux-mêmes étaient des adolescents boutonneux, c’est trop cool.

Et Mickey aurait tort de s’en priver, puisque ça fonctionne. Au 22ème épisode après la quatorzième version de Darth Vader, on risque de se lasser, mais d’ici-là, y a de quoi faire.

QUE LA FORCE SOIT AVEC VOUS.

M comme « Elon Musk va vous faire aimer l’électrique, mais ça vaut quand même pas un V8 »

2015 musk-300x225Une de mes révélations de l’année aura été la Tesla. Bien que beaucoup plus intéressé, à la base, par les moteurs V8 et les voitures qui polluent et qui font du bruit – il est vrai que j’ai toujours fantasmé plus sur une Mustang Bullitt 1968 que sur une Toyota Prius, même avec des jantes larges – mais lorsque je suis monté pour la première fois de ma vie dans une Tesla, j’ai eu comme une révélation…

1) ça ne fait pas de bruit et franchement, on peut s’en passer (la plupart du temps, parce qu’il faut reconnaître que le feulement d’un V8 dans un col valaisan – ailleurs ça marche aussi – c’est quand même mieux que le sifflement aseptisé de la Tesla, mais passons)
2) La voiture a l’air d’avoir dix ans d’avance technologiquement par rapport aux allemandes qui valent 20% plus cher
3) Elle à l’air largement plus intelligente que le moindre policier municipal accouplé à un agent du trafic.
4) Elle se souvient où vous êtes passé.
5) Elle vous dit où vous êtes, même quand ce n’est pas vous au volant. C’est-à-dire que vous pouvez contrôler où est le type qui vous a volé la voiture et faire appel au policier municipal précité.
6) Le plein d’essence ne vous coûte rien
7) Et pour autant que vous planifiez bien votre voyage, vous pouvez aller sur la Côte d’Azur en moins de 24 heures.

Bref, c’est génial à tous points de vue. Sauf en termes de valorisation sur le marché des actions, là, j’ai peur.

Je ne suis pas un fondamentaliste, je ne sais pas lire un bilan et je n’ai même pas envie d’essayer, mais ce que je retiens, c’est que Tesla vaut 30 milliards de capitalisation boursière et produit, à la louche, 50’000 voitures par année. Pendant ce temps, le groupe PSA (Peugeot-Citroën) produit près de 3 millions de voitures par année et vaut 13 milliards.

Alors je ne me risquerai pas à comparer la dernière Tesla S avec la ION de chez Peugeot, mais quand même, ceci m’interpelle, quelque part. Oui, je veux bien reconnaître que si demain tous les Chinois en âge de conduire s’achètent une Tesla, le marché sera énoooooorme, restera cependant à les produire, à supposer que les Chinois n’en fassent pas des copies et que les Allemands ne cherchent pas le concurrencer et que les Français restent le cul sur leurs chaises à contempler leurs moteurs diesel.

Sans compter que si vous équipiez la totalité des habitants de Los Angeles avec des Tesla, tout d’abord le prochain « Fast and Furious » serait très chiant en version électrique, et en plus on ne saurait même pas où trouver l’électricité pour recharger tout ce petit monde une fois que l’on aura vidé tous les lacs de la régions et fait tourner à plein régime les centrales nucléaires du quartiers.

Non, en conclusion, la Tesla c’est top. Mais il y a encore des problèmes à régler, l’absence du bruit du V8 n’étant pas le moindre.

1 réponse
  1. rbo
    rbo says:

    Bonjour,
    Vous ne croyez pas en dieu ? mais perso je m’en contrefiche. C’est un site qui traite d’économie et géopolitique un peu mais pas de vos inspirations philosophiques.

    Merci en tous cas pour le billet d’humeur ( analyse ? ), j’attends la suite.

    Cdt.

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