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Match économique truqué: sortons le carton rouge pour les arbitres !

Si la FED donne un tour de vis monétaire en cette mi-décembre, ce n’est que pour mieux préparer la mise en place de taux négatifs en 2016, même si Janet Yellen s’en défendait jeudi soir (au fait, a t’elle seulement écrit une partie de son discours ou fait un copier/coller de l’intégralité de ce que le marché espérait lui entendre dire depuis 1 mois ?).

Les taux zéro sont un piège (une trappe à liquidités) et les injections de « cash » sont aussi efficaces pour regonfler l’économie qu’une succession de coups d’air comprimé dans un pneu déchiré.

Si la Banque centrale européenne a « déçu » le 3 décembre, c’est pour mieux démontrer à Jens Weidman, le patron de la Bundesbank, ce qu’il en coûte de ne pas remplir le bol de punch à ras-bord comme l’exige le « marché »… même s’il contient déjà de quoi faire rouler toute l’assistance sous la table.

Puisque nous avons commencé dans le registre métaphorique, il en est une qui décrit assez bien la situation depuis 2008 : la Banque centrale en charge d’une monnaie de réserve, qu’elle se nomme FED, BCE, BoJ (Banque centrale du Japon), BoE (Bank of England), se comporte en quelque sorte comme l’arbitre d’un grand match monétaire à l’échelon planétaire.

Il y a le principal arbitre de champs, la FED, et des assesseurs (qui courent sur la touche ou qui surveillent le banc des entraineurs).

Un bon corps arbitral, en théorie, c’est celui qui permet que se déroule le beau jeu, qui siffle les fautes mais laisse l’avantage aux attaquants quand il y a occasion de but.

Les bons arbitres, ce sont aussi ceux qui sifflent les hors-jeux sortent le carton rouge pour évincer ceux qui « taclent par derrière » ou mettent un « coup de boule » à leur adversaire (à l’économie réelle en l’occurrence)– ce que n’a malheureusement pas su faire la FED avec les enragés des subprime.

Le gigantesque hors-jeu des créances pourries, des dérivés toxiques (ABS, CDO et autres RMBS) personne ne l’avait vu venir en 2007.

Et on nous « remet ça » cette année avec le « high yield » lié au pétrole de schiste ou le crédit automobile : les arbitres ne voient toujours rien, ils gardent -comme il y a 8 ans- les yeux rivés sur le ballon (Wall Street, le CAC40, le FT-100, etc.).

Les fautifs de la crise des « subprime », au lieu d’être expulsés sur le champ en 2008, n’ont même pas écopé d’un avertissement.

Au contraire, les banquiers centraux ont fait entrer le soigneur sur le terrain, non pas pour venir en aide aux blessés (les chômeurs par millions, les entreprises asphyxiées par la crise) mais pour administrer un cocktail d’amphétamines et d’anabolisants aux rois de l’antijeu (banques systémiques, hedge funds, petits génies des dérivés de taux) aux frais des spectateurs.

Enfin, le bon arbitre, c’est celui qui sanctionne les simulations grossières au lieu d’accorder un pénalty dès qu’un bouffon se jette au sol en effectuant un salto avant suivi d’une demi-douzaine de tonneaux au sol.

Les Banques centrales n’arrêtent pas de siffler des coups francs de complaisance (baisses des taux) et des pénaltys imaginaires (Quantitative easing), sous les huées du public, spolié sans ménagement…ce qui ne change strictement rien puisque les arbitres s’auto congratulent (souvenez-vous de Super-Mario s’attribuant tout récemment le mérite d’un ajout de 1,5 point de croissance dans l’Eurozone).

Aujourd’hui, dès que le match reprend et que le ballon rentre dans la surface de réparation (l’économie réelle), immédiatement 2 ou 3 joueurs s’effondrent en hurlant de douleur: vous connaissez la suite… soigneurs, amphétamines, anabolisants, etc.

En fait, il n’y a plus de match (plus de marché), la partie économique se résume depuis 7 ans à une interminable séance de tirs au but !

Les seuls joueurs qui comptent désormais sont ceux qui revendiquent une grosse « puissance de frappe » financière: ce sont les banques systémiques, les hedge funds, les spécialistes des produits dérivés.

Le sort du match repose sur leur science du contrepied face au gardien : l’évolution des indices ne reflète plus qu’une série de prise à revers du consensus.

Les équipes n’ont plus besoin d’avant-centre, de latéraux, de défenseurs: l’intelligence tactique, le talent ne servent plus à rien, pas plus que la préparation physique (pour ceux qui mouillent vraiment le maillot)… et les remplaçants (les jeunes diplômés, les chômeurs) n’ont plus guère d’opportunité de rentrer sur le terrain.

Le beau jeu est mort, le concept de match (économique), avec tout ce qu’il peut contenir de rebondissements et de coups de génie est enterré sous des kilotonnes de fausse monnaie (de la « monnaie/dette » pour être précis).

Le public se lasse ? La FED prétend désormais offrir –avec 1.000 précautions- une occasion à la glorieuse incertitude du sport de renaître en 2016 ?

Aucune chance en vérité si la BCE lève en permanence son drapeau pour signifier un nouveau pénalty monétaire, ce qu’elle a promis de faire « en cas de nécessité ».

Et côté FED, il a bien été précisé que si l’inflation et les salaires « n’allaient pas dans le bon sens », elle n’hésiterait pas à « agir » (et c’est reparti pour amphétamines + anabolisants).

Si les banquiers centraux se contentaient de truquer le match, cela laisserait une chance aux supporters de s’organiser pour empêcher que se déroule une prochaine rencontre pourrie dans un stade désert.

Mais voilà que nous découvrons que « les maîtres du monde monétaire » se débrouillent également pour arbitrer « la 3ème mi-temps » !

Une fois qu’ils ont achevé leur mandat à la tête d’une banque centrale, ils se regroupent au sein du conseil d’administration des plus grand fonds obligataires du monde –comme PIMCO- pour continuer d’y exercer leur magistère.

PIMCO vient d’annoncer le recrutement de 2 anciens arbitres, Ben Bernanke et Jean-Claude Trichet (ex-directeur de la BCE), puis de l’ancien premier ministre Gordon Brown: ce n’est pas qu’un « coup de com’ » de la part d’Allianz.

D’autres stars, un peu moins connues, ont été recrutées par l’assureur allemand ces derniers mois : Ng Kok Song, l’ancien chef du fonds public de Singapour (le GIC, l’un des plus riches du monde), fait également partie de cette fine équipe.

Et que penser de l’embauche d’Anne-Marie Slaughter, présidente du groupe de réflexion New America et transfuge du département d’Etat américain (autrement dit, le ministère des affaires étrangères US, celui qui connait tous les grands secrets diplomatiques des États-Unis et de la plupart des nations de la planète) ?

Pour résumer d’une formule: « maitres du monde un jour, maîtres du monde toujours ».

Ils régnaient sans partage sur la sphère publique, ils s’imposent également dans la sphère privée

L’exercice d’un pouvoir est une drogue puissante et d’autant plus addictive lorsqu’il est question de « pouvoir absolu »… car dans le cas des banques centrales, il n’y a pas de contre-pouvoir, personne à qui rendre des comptes.

Et nous découvrons à présent que ce pouvoir jouit d’une parfaite continuité dans le privé.

Qu’est-ce qu’il y a de si différent entre arbitrer un grand match de type « finale de coupe du monde » et un match au sommet entre grands clubs de foot privés (et multimilliardaires comme Barcelone, Chelsea, Paris).

Ce n’est qu’une (très grosse) affaire de gestion de droits TV dans les deux cas.

Tout ce qui compte en fait, c’est que les flux d’agent n’échappent plus jamais à une poignée de personnages prétendument omniscients et omnipotents qui sont dispensés de répondre de leurs actes et ne seront jamais sanctionnés pour avoir subverti les mécanismes du marché au profit d’une hyper-classe et au détriment de 90% de la population mondiale.

Tout comme Louis XIV – monarque absolu – affirmait « l’État c’est moi », les super-arbitres du royaume économique du XXIème siècle affirment eux, haut et fort,  « l’argent c’est nous ».

Et nous devrions ajouter « les dettes, c’est pour vous ».

Le marché – et tous les joueurs du match économique, à part ceux désignés par les Banques Centrales pour tirer les pénaltys – peuvent rentrer au vestiaire et raccrocher les crampons : le monde financier n’a plus besoin d’eux, ni de personne d’autre d’ailleurs depuis octobre 2008.

Mais s’il n’y plus personne dans le stade et qu’il n’ y a plus que des « exécuteurs », alignés en rang d’oignon devant des buts vides… alors à quoi servent donc encore les arbitres ?

N’est-il pas grand temps pour l’écrasante majorité d’épargnants spoliés et de citoyens privés de tout contrôle de sortir le « carton rouge »  ?

 

Ph.Béchade

4 réponses
  1. lugoboni
    lugoboni says:

    Article toujours plus extraordinaire que le precedent
    Merci Ph
    Bêchade, merci les econoclastes. Continuez vous aussi à nous éclairer.
    Les peuples se mobilisent lentement mais ils s informent sur ce monde qui les dépasse. Nos associations se mobilisent et vous font connaître pour tenter de prévenir, au moins un peu, tout ce qui risque de nous arriver

  2. Fiquet
    Fiquet says:

    Au regard de la Loi de Murphy…Le pire du pire arrivera 😉

    Les épargnant ne peuvent sortir de carton rouge, au niveau « epargnant » tout est bloqué.

    Appart sortir les épargnes en liquidité/or/argent/Boite de conserve, il est impossible de poser la moindre question à qui peut y répondre officiellement.

  3. Baya
    Baya says:

    Encore un excellent, er surtout tres courageux article de Mr Bechade, qui met dans le mille, et nomme ce que le public impuissant soupconne, mais ne sait formaliser.

    L’extravagante expansion monetaire, decouplee de toute croissance veritable, apparait comme une operation organisee d’accaparement de la propriete a l’aide de fausse monnaie a courte duree de vie. De l’ « argent » de pacotille est cree a partir du neant, il va exclusivement entre les mains d’une poignee d’affranchis, qui l’utilisent a acquerir des biens reels, biens qui une fois la bulle financiere degonflee auront pour toujours change de main. On peut acquerir irremediablement les richesses du monde avec des chiffons de papier, quand on controle les banques centrales.

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