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Vers un chômage technologique ?

Les craintes concernant l’innovation et ses effets sur l’emploi sont récurrentes et sont alimentées par l’observation des métiers qui disparaissent car remplacés par des machines plus performantes. Il est souvent avancé que ces destructions sont compensées par les emplois nécessaires à la conception, la fabrication ou à l’entretien de ces machines. Ces derniers sont de surcroît mieux rémunérés car nécessitant une main-d’œuvre plus qualifiée. Cet argument n’est néanmoins pas valable puisque la nouvelle technologie ne peut pas être rentable si les coûts qu’elle engendre sont supérieurs à ceux de la masse salariale détruite.

L’étendue des tâches potentiellement « automatisables » laisse craindre que les créations d’emplois ne suffisent plus à compenser les destructions…

Bien entendu, si le progrès technologique n’avait eu pour conséquence que de diminuer le nombre d’emplois, la grande majorité de la population ne travaillerait plus aujourd’hui. Deux facteurs permettent d’expliquer pourquoi le nombre de travailleurs a continué de croître :

  • L’augmentation des salaires et des profits permise par l’innovation accroît la consommation de nouveaux biens et services. Ainsi, les créations d’emplois résultent des ressources libérées qui sont ré-allouées vers des besoins jusqu’alors inassouvis. L’industrie manufacturière représentait en 1950 près de 36 % du total des emplois privés américains contre 10 % en 2014. Les services ont pris le relais et atteignent 83 % des emplois du secteur privé en 2014.
  • Le nombre d’emplois peut également se maintenir si les gains de productivité sont compensés par une diminution du temps de travail par individu. En l’occurrence, le nombre d’heures moyennes annuelles ouvrées par travailleur a baissé de près de -9 % aux Etats-Unis entre 1950 et 2014, passant de 1963 à 1 789 heures (cf. graphique).

Évolution de l'emploi, de la productivité et du temps de travail aux Etats-Unis

L’histoire laisse penser que le chômage technologique n’est qu’un problème d’ajustement à court terme (au travers notamment de la formation). Pourtant, les nouvelles possibilités d’automatisation de nombreux métiers permises par les progrès dans l’informatique, l’intelligence artificielle et l’industrie du robot ravivent les inquiétudes liées au progrès technologique. Une étude conduite par deux chercheurs à l’Université d’Oxford[1] évalue la probabilité d’automatisation par ordinateur des emplois américains et conclut que 47 % d’entre eux seraient menacés. Un rapport du World Economic Forum publié récemment[2] estime également une perte nette de 5 millions d’emplois dans les pays riches et les principaux pays émergents en lien avec  la « 4ème révolution industrielle » (big data, internet des objets…). L’étendue des tâches potentiellement « automatisables » laisse ainsi craindre que les créations d’emplois ne suffisent plus à compenser les destructions.

Certains observateurs voient dans le découplage, débuté en 2000, entre l’évolution du nombre d’emplois et celle de la productivité du travail (cf. graphique) le signe que l’économie américaine n’arrive plus à trouver de nouveaux gisements d’emplois. Si ce scénario devait se confirmer, l’accroissement du chômage amènera les pays développés vers des choix de société complexes pour sauvegarder la valeur travail et réduire l’accroissement des inégalités.

Pierre Sabatier, PrimeView

 

Chiffres clés :

Le nombre d’heures moyennes annuelles ouvrées par travailleur a diminué dans l’ensemble des pays de L’OCDE passant de 2015 heures annuelles en 1970 à 1770 en 2015.

Les métiers de chauffeurs livreurs, analystes crédits ou encore comptables font partie des plus menacés avec une probabilité d’automatisation supérieure à 90%.

Les taches les moins susceptibles d’être automatisées (inférieur à 10%) concernent les métiers artistiques, ceux de l’enseignement ou encore ceux de la santé (Médecins, Psychologues…)

 

[1] Frey, Carl Benedikt, et Michael A. Osborne, « The future of employment: how susceptible are jobs to computerisation », 2013.

[2] World Economic Forum, « The Future of Jobs », 18 janvier 2016

7 réponses
  1. Jonathan Vanderick
    Jonathan Vanderick says:

    La société dans son ensemble est totalement inadaptée à ce qui se prépare dans l’automation. Et ce dans toutes ses composantes.
    Les personnes compétentes pour automatiser ne sont pas assez nombreuses pour ce qui se prépare. Ceux qui le préparent ne rêvent que des profits qu’ils pourront en tirer sans comprendre que si la répartition des gains de productivité n’est pas repensée, il n’auront pas assez de marché pour écouler ce qu’ils produisent, même à bas coûts. Productions qui seront parfois elles-mêmes destructrices d’emplois… L’enseignement est inadapté à la révolution numérique… il serait critique d’enseigner un minimum de logique informatique aux enfants (ce qui ne correspond pas à leur mettre une tablette dans les mains et de dire qu’on les prépare « au numérique »).
    Les états, les administrations non plus ne sont pas prêts…

  2. bga80
    bga80 says:

    L’automatisation, les robots, l’informatique tout ça, bon c’est beau toutes ces technologies mais elles dureront le temps qu’on disposera de suffisamment d’énergie pour alimenter toutes ces machines, mais après ? Que se passera-t-il quand les ressources énergétiques s’épuiseront ? Peut-être faudrait-il songer à réduire les technologies et remettre la population au travail pour économiser les énergies. Bref, utiliser les énergies que dans des secteurs précis, comme pour la chirurgie médecine, afin que le maximum de générations puissent bénéficier de ces énergies. Or, là on dilapide tout juste pour que quelques individus sur terre se goinfre en profit au-delà de ce qu’ils auraient besoin ou pourrait dépenser dans une vie, ça devient ridicule.

  3. geof'
    geof' says:

    bonjour, bonsoir,
    ca bouge enfin : le camarade Malthus rigole doucement là où il est – et je ne sais pas où il est – car comment nourrir des chòmeurs ? Sur quelles bases ? Je pense que le modèle de société sera celui de la fin de la compèt’ formelle, et une sorte d’exploitation à la Orson Welles, pour du faux mais qui fait mal pour de vrai…, genre catch américain : quand on croit qu’il a perdu, il se relève de justesse – idem pour l’emploi : « ils » créeront des emplois de stewards urbain de nuit ou des recycleurs de crotte de chiens – pas important l’étiquette : juste contenir les masses.
    Geoffrey – communiste belge

  4. auto mate
    auto mate says:

    C’est l’humain qui induit le plus d’emplois autour de lui. Ne serait-ce que pour se nourrir, se vêtir, s’abriter, se former. Une entreprise qui robotise, supprime des emplois non seulement dans l’entreprise elle-même mais également dans l’environnement immédiat : moins de commerces, moins d’école, moins de soins…
    Les 47 % cités plus haut comprennent-ils également les emplois induits ? J’en doute

  5. Ethereum
    Ethereum says:

    L’automatisation est inévitable, déjà les petites mains seront remplacées par des robots.
    Mais c’est un autre pan de la société qui va être touché.
    Tout ce qui demande un tiers de confiance ou que l’on passe par un système centralisé.
    Tout ça, va disparaitre avec Ethereum et sa technologie blockchain.

    Ethereum est un ordinateur géant décentralisé, open source et infaillible, l’ether est son carbutant.
    Pour voir son potentiel, regardez cette vidéo.
    https://www.youtube.com/watch?v=uy6P5_WQoUI

    Le market cap de l’Ethereum
    https://coinmarketcap.com/currencies/ethereum/

    http://www.ibtimes.co.uk/ethereum-studio-consensys-launches-internet-people-digital-ids-assets-secured-unbuntu-phones-1542620

    http://www.financemagnates.com/cryptocurrency/innovation/ethereum-integrates-with-ubuntu-phones-as-market-cap-reaches-250m/

  6. Frédéric.L
    Frédéric.L says:

    Bonjour,
    je suis informaticien et travail ardemment à l’automatisation des taches de bureau. Donc je contribue à réduire le nombre d’emploi. Mais je persiste à penser que c’est la bonne démarche, pourquoi ?
    Par ce que je pense également que la répartition des richesses ne doivent pas se faire selon la concentration des pouvoirs et du capital, mais qu’un revenu de base doit répartir entre tous les moyens d’une subsistance suffisante avec en retour une forme de service civil, en fonction de ses capacités, et avec la généralisation des biens communs comme forme de propriété. Enfin, ceux qui en souhaitent plus peuvent toujours passer leurs vies à la gagner…
    C’est certes d’un idéalisme à notre époque ou les grands capitaux règnent en maître, mais tous les changements majeurs ont commencé par cela.
    Pour approfondir ce graphique il serait ainsi intéressant d’y ajouter le pourcentage de richesse totale concentré sur les 1% les plus riches et celle des 50% des plus pauvres de la planète…
    Merci aux éconoclastes du partage et de l’engagement que vous avez pour nous tous.

  7. Jao Aliber
    Jao Aliber says:

    Le chômage technologique(ou la surpopulation relative voir le Capital de Karl Marx) n’est que la manifestation de la contradiction absolue entre la base révolutionnaire des technologies, du machinisme et la spécialisation des travailleurs.

    Cette contradiction ne peut être élimine que la formation de chaque travailleur dans le plus grand nombre de fonctions productives possibles de sorte qu’il ne soit plus spécialisé dans un métier déterminé.Cela nécessite de rendre publics touts les moyens de travail, la participation de touts les travailleurs valides au travail, pour réduire le temps de travail à un minimum.Ce qui permettra la formation des travailleurs dans le maximum de branches de branches productives.

    La révolution communiste, c’est à dire la suppression de la spécialisation ossifié des travailleurs, est donc d’une grande urgence.

    La propriété commune des moyens de production signifie la libre disposition, pour chacun, de touts les moyens de production, et par conséquent elle signifie d’emblée le travail libre, l’activité libre c’est à dire la négation absolue de la spécialisation du travailleur.

    Le communisme n’a donc rien avoir avec le léninisme du siècle passé.

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