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Cliffhanger

Accroche-toi au pinceau, j’enlève l’échelle. Le marché est suspendu aux lèvres de Draghi ou en tous les cas, est impatient d’être jeudi pour voir ce que le Maître des Taux Européen nous a concocté pour sauver l’économie encore une fois, sachant que cette fois, la « tchatche » ne suffira pas. Les indices se retrouvent donc suspendus au plafond et se demandent bien ce qui va être le carburant pour nous permettre d’aller atteindre les prochaines résistances.

Pour le moment, le S&P500 reste tout près de ses chers 2’000 points, là où il se sent confortable, mais personne n’a le courage de se lancer pour atteindre la « prochaine » base qui est à 2030. Il est vrai qu’après la hausse de ces derniers jours, tout le monde se regarde en chiens de faïences et se demandent bien ce que l’on va bien pouvoir faire maintenant.

D’un côté, comme tout le monde est sous-investit en actions, on n’ose pas trop vendre de peur de rater la suite du mouvement, s’il y a une suite. Et puis en même temps, ceux qui ont eu le courage d’acheter 200 points plus bas, sont tout de même tentés de « prendre les profits », sachant qu’ils sont quand même investis depuis plus de 3 semaines, ce qui actuellement devient du très très long terme.

La grande réflexion du moment se situe autour de la justification du rallye ; sachant que tout le monde est au courant que sans le rebond spectaculaire du baril nous ne serions pas là où nous en sommes, les regards se tournent naturellement vers le baril pour savoir si ce dernier veut ou va continuer de monter. Sachant que la moitié de la planète est encore short en priant que l’objectif de 20$ n’a pas été tiré aux osselets par une bande de stratèges de retour d’une beuverie mémorable, il se pourrait que l’or noir n’ait pas finit de monter. Mais en même temps, sachant que tout le monde fonctionne sur le principe du « suceur de roue » sur le pétrole, au moindre signe de vente sur l’or noir, il se pourrait que l’on reparte dans l’autre sens comme un seul homme. En un mot comme en 100, vaut mieux ne pas avoir confiance en ce truc-là, sachant que personne ne sait trop comment il va réagir. Si la plupart des articles sur le sujet semblent très au courant de ce qui se passe et donne une (fausse) impression de maîtrise, il faut toujours garder en tête qu’à la moindre alerte sur le pétrole, les investisseurs se retrouveront à peu près aussi calmes et organisés qu’un groupe de poulets à qui l’on vient de trancher la tête.

Nous voilà donc bien avancés. Après un rallye de « short covering » qui dure depuis près de deux semaines, les investisseurs se demandent ce que l’on va bien pouvoir faire et l’avenir des marchés tourne autour de deux choses :

1) Draghi
2) Le pétrole

 

Pour l’instant, tout semble se maintenir à haute altitude et personne ne semble encore enclin à prendre les profits. Hier les chiffres les économiques plus de contestables en Allemagne n’ont pas réellement suffit à faire douter les acheteurs qui persistent dans leur phase « acheteuse », même si l’on sent bien que l’enthousiasme s’est quelque peu calmé.

En ce premier jour de la semaine, le Dax grapille encore près de 0.3%, le CAC 0.6% pendant que l’Italie reculait de 1.20%. Ce qui est assez intéressant, c’est l’effet spectaculaire que peut provoquer une « bonne nouvelle » sur une boîte considérée comme « pourrie » trois jours avant et sur laquelle toute la planète était short.

Il y a quelques semaines, il était devenu très populaire de shorter les pétrolières en difficultés financières, puisque le baril allant à 20$, les EXPERTS avaient estimé que 50% de ce secteur pourrait faire faillite dans les 12 à 18 mois. Le « trade » était donc devenu un coup sûr, il suffisait d’identifier une compagnie un peu plus endettée que les autres et imaginer qu’elle serait l’une des premières à couler le jour où le baril vaudrait 20$.

Sauf que voilà, actuellement, le baril – qui est à 37.48$ et qui montait encore de 5% hier – est plus proche des 40$ que des 20$. Pour ceux qui suivent le marché de très près, vous aurez sans doute entendu parlé de Chesapeake Energy, pétrolière en difficulté qui avait annoncé son intention de restructurer sa dette au début du mois de février. Le titre valait 3$ et les « shorteur fous » y virent une indication comme quoi la faillite était proche et les vautours étaient donc de sortie. En l’espace d’une semaine, la compagnie passait de 3$ à 1.5$, ce qui laissait encore 1.5$ à gratter avant la faillite. Un coup sûr quoi. De l’argent facile. Presque trop facile.

Cliffhanger - sell buyC’est alors que le pétrole est remonté, remonté et remonté encore. Un peu comme le loup qui soufflait sur la maison de paille des trois petits cochons. Chesapeake Energy est donc repassé de 1.5$ à 5.2$ – soit 230% de hausse entre le 12 févier et hier.

Bienvenu dans le monde du « Short Squeeze » petit padawan. Et comme ce genre d’histoire n’arrive jamais seule, ce scénario semble prêt à se répéter encore et encore. Hier en Norvège, la société de forage Seadrill a annoncé qu’ils devraient pouvoir trouver un refinancement de leur dette durant le second trimestre 2016. Les « Short Sellers » se sont donc refait un voyage mythique dans un tramway qui se nomme « panique », le titre a repris 60% rien qu’hier. Le type qui a inventé le proverbe « à poil les shorts » n’a jamais été aussi inspiré.

Cette histoire, fort inspirante pour le clan des bovidés à cornes, résume fort bien ce qui se passe actuellement sur les marchés financiers ; des investisseurs sous-investis qui ratent le train, des shorts trop agressifs qui se font shooter par le même train et finalement, tout le monde qui se pose une tripotée de questions sur la suites des évènements. Et comme, pour le moment, nous n’avons que la BCE en point de mire, on n’a plus qu’à prier pour que Draghi ne nous laisse pas tomber et que le pétrole ne rebaisse pas et tout est possible.

Dans le cas contraire le retour à la case départ pourrait être tout aussi violent connaissant notre capacité à passer du rire aux larmes dans la même journée pour des raisons qui sont des fois les mêmes.

Ce matin la Chine a publié les chiffres de ses exportations qui sont en baisse pour le huitième mois consécutif. Inutile de dire que ce genre de donnée économique ne manque pas de nous rappeler que la croissance de la Chine ralentit sans cesse depuis des mois et que l’on tendance à l’oublier régulièrement. Heureusement que le trade balance est là pour nous le rappeler discrètement tous les mois. La croissance économique chinoise ralentit gentiment sans faire de bruit, sauf quand les coups de freins – avec des vieilles plaquettes qui touchent directement les disques – se font plus insistants, là soudainement le ralentissement de la Chine prend des airs de gémissements d’un vieux dragon qui ne parvient plus à cracher du feu.Cliffhanger - bear market

Shanghai recule donc de 1.6% ce matin. Dans le sillage de la Chine, Hong Kong abandonne 0.9% et le Japon baisse de 0.7%.

Dans les nouvelles du jour, on retiendra aussi qu’hier soir le groupe des FANG’s a vécu une mauvaise soirée, les 4 actions (Facebook, Amazon, Neflix et Google (Alphabet)) passaient une sale soirée, puisque toutes les quatre se prenaient des corrections de plus de 2% dans les dents. Principalement après que Facebook ait annoncé son intention de payer plus d’impôts en Angleterre. La période des paradis fiscaux et des montages abracadabrantesques semble toucher à sa fin.

La Banque d’Angleterre soutiendra les banques en cas de BREXIT. Le contraire eut été étonnant, puisqu’on le sait depuis des années, le système bancaire possède – à vie – une carte « vous avez le droit de sortir de la faillite sans passer par le start et vous touchez un bonus au passage quand même ».

Chypre semble être sorti de l’auberge et l’île serait en train de revenir à la croissance. Ce qui est rassurant pour la Grèce qui refait les Headlines ce matin alors que l’Europe cherche à y à implémenter de nouvelles réformes. Tout espoir n’est donc pas perdu.

« Petite bonne nouvelle » au Japon où le GDP du quatrième trimestre 2015 est finalement sorti moins pire que prévu auparavant. Le marché ne monte pas pour autant et je suppose qu’il va falloir attendre un peu pour se saouler au champagne japonais.

L’analyste technique de Piper Jaffray pense que le pétrole a toujours un biais négatif tant qu’il n’a pas franchit la barrière psychologique des 40$. Le Barron’s nous propose ce matin un article qui s’intitule : « Comment investir pour un pétrole à 50$ ». Je ne sais pas vous, mais moi je trouve que la conjonction d’un article qui parle du pétrole à 50$ (c’est selon l’avis du Crédit Suisse), combiné avec le fait que l’on vient de rebondir de près de 45%, sans oublier que la moitié des traders est encore short sur la thématique et que la plupart des analystes pensent que l’on va à 20$, ça me fout la trouille. Mon petit doigt me dit que la volatilité dans le secteur, pourrait durer encore un moment.

Et puis, toujours dans le Barron’s, on pense qu’Intel qui rapporte un rendement de 3.25% via son dividende, pourrait grimper de 25% rien que cette année. Bon, 3.25%, c’est un rendement supérieur à la plupart des objectifs déclarés sur le S&P500 cette année et si on y ajoute la possibilité de gagner 25% sur la valeur de l’action, je crois que je vais fermer mon carnet d’épargne et acheter de l’Intel.

Cliffhanger - stock crash opportunistCôté chiffres économiques, nous aurons le taux de chômage en Suisse, la production industrielle en Allemagne et en Espagne, le Trade Balance en France et l’annonce comme quoi le Gouvernement Français devrait attribuer la légion d’honneur à titre posthume à Staline, Saddam Hussein et Adolf Hitler, pour avoir « participé à l’effort de paix dans l’histoire », le tout à l’initiative de Monsieur Moi Président. Il y aura aussi le GDP Européen et le Redbook aux USA.

Pour le moment les futures sont en baisse de 0.4%, merci la Chine et merci les résistances techniques, l’Euro/$ est à 1.1023, le yen vaut 113.10, la Livre est à 1.4247, le $/Suisse vaut 0.9928, le Bitcoin s’échange à 415$ et l’Euro/Suisse se traite à 1.0945 avec l’aimable soutient de la BNS pour la modique somme de 23 milliards par trimestre. Pendant ce temps, le rendement du 10 ans US est de 1.88%.

5 réponses
  1. emmanuel
    emmanuel says:

    Concernant Mario:
    « Au poker, ce qui compte, ce n’est pas le jeu que tu as en main, mais je jeu que ton adversaire se figure que tu as. » (Bernard Werber)

    « Allez Mario montre nous tes F. allez Mario monte nous ton QE… » (chanson de cambuse du troupeau d’abrutis as WS, la city etc…
    Pour resumer :
    « Les cons cela ose tout, c’est même a cela qu’on les reconnait » le grand, l’inoubliables, l’inaltérable Michel Audiard.

    Je lisais que l’exportation chinoise s’écroule de 25%.
    Et pour les importations c’est la même dynamique.
    Alors le petrol à 40$ c’est quoi, a votre avis…
    « Les cons cela ose tout, c’est même a cela qu’on les reconnait » le grand, l’inoubliable, l’inaltérable Michel Audiard.

    Et « Si les cons étaient en orbite, il y aurait un paquet d’astronautes » le grand, l’inoubliable, l’inaltérable Michel Audiard

    A et puis juste histoire de conclure dans la joie et la bonne humeur.
    A présent l’imbroglio des Balkans d’il y a 100 ans, c’est le Moyen orient.
    Et quand poutine menace la Turquie et les Saoudiens d’une frappe Nucléaire avec des armes tactiques en cas d’intervention au sol contre Assad cela vous inspire quoi.
    Cela vous inspire quoi un monde poste dissuasion nucléaire. Un monde dans lequel on a des états major qui sont dans une logique de type première frappe nucleaire.
    Et oui avec les systemes anti missiles en Europe, du prix nobel de la paix Obama, c’est dans cette doctrine la que nous sommes : premiere frappe nucleaire dans l’ere poste dissuasion nucleaire…

    Alle SP500 monte monte monte…
    Apres tout ne dit on pas qu’il faut acheter au son du canon… N’est il pas…

  2. emmanuel
    emmanuel says:

    La banque mondiale considère que la croissance mondiale a été divisée par 2 entre 2004 et 2005.
    Elle n’aurait été que de 1.7%.
    « Allé Draghi montre nous tes F…., allé Draghi monte nous ton QE »
    Ou plutôt:
    « C’est un fameux QE fin comme un paquebot
    Hissez haut
    Santiago. »
    Et vogue la galere…

  3. emmanuel
    emmanuel says:

    Mario a sorti l’artillerie lourde.
    Et c’est bizard les indices plongent.
    Et après dans 6 mois, comme cela ne fonctionnera pas, c’est quoi l’etape suivante…
    « Chef y a pas de pinceau… Ferme la et vole »

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