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Le pétrole va monter en flèche

Entretien accordé à RT France par Nicolas Meilhan.

Il existe une corrélation inverse très forte entre le prix du pétrole et la valeur du dollar

RT France : Le quotidien américain Wall Street Journal a révélé une erreur de 800 000 barils de pétrole par jour dans les statistiques de l’Agence internationale de l’énergie ? Un décalage pareil est-il possible ?

Nicolas Meilhan : Chaque année, il y a un décalage entre le surplus de pétrole, qui est la différence entre les chiffres de production et de consommation, et la quantité de pétrole stockée, que ce soit sur terre,  en mer ou en transit. Ce décalage a toujours existé dans les données de l’AIE (Agence internationale de l’Energie) et évolue entre plus ou moins deux millions de barils par jour, ce qui correspond à la marge d’erreur de telles mesures.

La soif de pétrole de la Chine n’a pas diminué, bien au contraire

Quand les prix du pétrole ont baissé, beaucoup de gens nous ont expliqué que c’était lié au ralentissement de la croissance en Chine, qui avait par ricochet impacté à la baisse la croissance de la consommation de pétrole. C’est faux, puisqu’en 2015 la croissance de la consommation de pétrole en Chine est montée à 5%, alors qu’entre 2010 et 2014, elle était plutôt de l’ordre de 3% par an. Donc, la soif de pétrole de la Chine n’a pas diminué, bien au contraire. Et l’AIE a peut-être sous-estimé la consommation de pétrole en Chine en 2015

Evolution de la demande des produits pétroliers en Chine de 2011 à 2015

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Source: EIA

Plus le dollar s’apprécie, plus le pétrole est bon marché, et vice versa

RT France : Est-il possible que cette erreur de statistique ait pu influencer les prix du pétrole ?

Nicolas Meilhan : Ce qui est sûr, c’est qu’il ne s’agit pas d’une manipulation. C’est une erreur statistique entre la production, la demande que l’AIE a modélisée et puis ce qu’on retrouve dans le stockage. Sur les 15 dernières années, l’AIE a d’ailleurs chaque année sous-estimé la demande de 700 000 barils de pétrole par jour en moyenne. Il y a de fortes chances que les mêmes causes produisent les mêmes effets et qu’il s’agisse une fois de plus d’une sous-estimation de la demande de pétrole, probablement, d’ailleurs, concernant la Chine.

Aujourd’hui, il est vrai que les traders qui achètent et vendent du pétrole suivent de très près l’évolution des stocks et du surplus de pétrole, donc quand vous avez un surplus de deux millions de barils par jour au lieu d’un seul, cela a clairement un impact sur les prix du pétrole qui se situent à des niveaux historiquement bas.

RT France : Pourquoi donc les prix sont-ils si bas?

Nicolas Meilhan : Ma conviction est que ce qui est déterminant dans la fixation du prix du pétrole, plus que l’équilibre offre-demande, c’est la valeur du dollar. Il y a une corrélation inverse très forte depuis 2003 entre la valeur du dollar et le prix du pétrole. Plus le dollar s’apprécie, plus le pétrole est bon marché, et vice versa. Pourquoi le dollar s’est-il autant apprécié à partir de juin 2014? Parce que la Fed a annoncé la fin de sa politique d’assouplissement monétaire, ce qui a entraîné la chute des prix du pétrole.

Evolution des prix du pétrole WTI et de la valeur du Dollar US de 2012 à 2016

dollar oil

Source: Bloomberg

L’économie mondiale a besoin d’un dollar faible pour prospérer

RT France : Un rapport récent de Goldman Sachs expliquait que les prix du pétrole ont touché le fond et qu’ils vont progressivement remonter. Etes-vous d’accord avec cette prévision ?

Nicolas Meilhan : Un petit mot sur les prévisions de Goldman Sachs : en juillet 2008, Goldman Sachs nous annonçait un prix du pétrole à 300 dollars, valeur impossible à atteindre puisque vous commencez à détruite la demande marginale de pétrole au-dessus de 120 dollars le baril, ce qui entraîne mécaniquement une baisse des prix. Il y a quelques mois, Goldman Sachs annonçait cette fois-ci le baril à 20 dollars, soit 15 fois moins qu’en 2008… Ces derniers jours, ils se rendent compte qu’ils ont à nouveau dit une ineptie, donc ils sont en train de retourner leur veste, comme un certain nombre d’analystes d’ailleurs.

Si le dollar se dévalue de 13% par rapport à toutes les autres monnaies, on se retrouve avec un pétrole à 80 dollars le baril

RT France : Quelles sont vos prévisions concernant le prix du pétrole ?

Nicolas Meilhan : Les Etats-Unis souffrent en ce moment à la fois de cette crise de surproduction pétrolière qu’ils ont créée, qui impacte leur industrie énergétique mais aussi tous les emplois indirects de services liés, et aussi d’un dollar très fort, qui a retrouvé son niveau de 2002-2003, et qui pénalise fortement les entreprises exportatrices américaines. Elles ne sont d’ailleurs pas les seules à souffrir d’un dollar fort puisqu’un certain nombre d’entreprises des pays émergents se financent aussi en dollars. L’économie mondiale a besoin d’un dollar faible pour prospérer et le problème principal est la guerre des monnaies que se livrent toutes les banques centrales depuis huit ans déjà, alors qu’elles devraient coordonner leurs politiques monétaires pour faire baisser le dollar. J’ai cependant l’impression que la FED a mis «en pause» sa politique de remontée des taux afin de faire tout ce qui sera en son pouvoir pour faire baisser le dollar, quitte à faire un nouvel assouplissement monétaire d’ici la fin d’année.

Evolution des prix du pétrole WTI et de la valeur de l’Euro par rapport au dollar US de 2003 à 2016

Euro dollar wti laherrere

Source: Jean Laherrère, ASPO FranceFévrier 2016

L’euro devrait donc remonter petit à petit vers des niveaux supérieurs à 1,2 puis 1,25 par rapport au dollar, ce qui entraînera une remontée en flèche des prix du pétrole. En gros, si le dollar se dévalue de 13% par rapport à toutes les autres monnaies, on se retrouve avec un pétrole à 80 dollars le baril, et 100 dollars le baril s’il se dévalue de 20% par rapport à toutes les autres monnaies.

Pour plus de détails concernant la corrélation du prix du pétrole avec la valeur du dollar:
http://leseconoclastes.fr/2016/02/le-petrole-a-90-fin-2016/
Lien vers l’article original sur le site de RT France

11 réponses
  1. Tom
    Tom says:

    Comment expliquer que la Chine achète plus de pétrole alors que son économie ralenti clairement et pas que d’un peu (consommation Electricité, baisse importante des exportation, baltic dry index en chute, achat de matière première en chute, licenciement massif et boost de leur bulle de crédit pour éviter l’effondrement …) ?

    Comme le pétrole est bon marché, peut être que la Chine en achète pour le stocker, du coup si le prix du pétrole augmente ça ne changera rien car la chine se mettra a en acheter moins et utilisera les stocks bon marché cumulés, ce qui serait pire ?

    La montée du dollars a un impact sur l’économie, mais je ne suis pas sûr que sa baisse fasse remonter le prix du baril. Dans votre graphique le dollars et le baril sont corrélés car la baisse de l’économie mondiale impact le dollars à la hausse et le baril à la baisse au même moment ce qui est normal.

  2. sgmsg
    sgmsg says:

    Étrange, un article qui tente de suivre la vague. Un peu comme Goldman Sachs qui nous dit de vendre de l’or. Pour commencer à acheter de l’or. Une fois que le plein d’or est fait, il ravise leur position officielle…
    Ici le pétrole augmente. Zerohedge affirme que la hausse est causée par un « short squeeze »…

    Nul doute que le pétrole se raréfie, qu’il y en a moins qu’il y en avait (pléonasme). La question est : Quand est-ce que l’économie aura assez récupéré qui justifiera un hausse des cours?

    Affirmer que simplement que ça monte est un peu court !

  3. Nicolas Meilhan
    Nicolas Meilhan says:

    Tom, comme vous l’avez deviné, la Chine est en train de constituer ses réserves stratégiques de pétrole, qui ont doublé l’an dernier.
    http://www.reuters.com/article/china-oil-reserves-idUSL3N1402YL20151211

    Ma position sur le pétrole est simple – je pense que le dollar est au plus fort et qu’il va dévaluer avec le retournement de la politique monétaire de la FED qui finira avec un QE4 d’ici la fin de l’année. Comme depuis 13 ans les cours du pétrole et du dollar sont inversement corrélés, le pétrole remontera mécaniquement.

    Je ne statue pas sur qui est la poule, qui est l’œuf entre le dollar et le pétrole même si j’ai ma petit idée (de 2003 à 2008, c’était plutôt le pétrole avec le développement de la Chine qui était la poule – après 2008, c’est plutôt les banquiers centraux et donc le dollar qui étaient la poule).

    Si vous pensez que le dollar va continuer à se renforcer et passer sous la parité 1 pour 1 avec l’Euro par exemple, n’hésitez pas à nous exposer vos arguments.

  4. Fiquet
    Fiquet says:

    Les deux monnaies vont à mon avis se maintenir à parité pour soutenir les systèmes politiques de l’Europe et des US au maximum, nos grand financiers de Banques centrales savent le faire.

    Quitte à détruire la monnaie les systèmes politiques servent de bouclier au système monétaire.Je parle bien du système monétaire globale.

    Le Pétrole n’est qu’un leurre, comme la cop21 ou la croissance de la Chine.
    Il n’y a pas de poule et pas d’œuf. Pour illustrer ma pensée quand j’ai lu votre article ce weekend, voici un lien qui est sorti il y a peu:

    http://lesakerfrancophone.fr/notre-systeme-de-croissance-economique-est-en-train-datteindre-ses-limites-dune-maniere-etrange

    Cette notion me semble importante. Je pense que l’explication de l’actualité et de l’avenir de l’économie ne tient plus dans des formations distillées depuis longtemps. Malheureusement aucunes formation n’existe 🙂 🙂 🙂

  5. sgmsg
    sgmsg says:

    Les chinois achètent désormais le pétrole pour les mêmes raisons qu’ils achètent l’or. Il diminue leur exposition au dollar. Ce qui a comme effet virtueux de renforcer le huan contre les lessiveurs de toute accabits qui le blanchissent à tours de bras dans l’immobilier ouest-américain

    Étant donné la guerre des devises en court, l’armée la plus puissante est US, la guerre aux points de pourcentages de part de marché, l’état pitoyable de l’économie mondiale, etc., résumer le tout à la force du dollar ne me semble pas suffisant.

    On voit bien la corrélation: mais corrélation n’est pas explication.

  6. Nicolas Meilhan
    Nicolas Meilhan says:

    sgmsg corrélation n’est pas relation mais difficile aussi d’affirmer qu’une relation qui existe depuis 13 ans va s’arrêter du jour ou lendemain non?

    Je ne mise cependant pas que sur la valeur du $ pour la remontée du pétrole – je compte aussi sur le QE4 et la baisse de la production du pétrole
    http://leseconoclastes.fr/2016/02/le-petrole-a-90-fin-2016/

  7. Tom
    Tom says:

    Le pétrole repart lourdement à la baisse …. comme j’e l’avais indiqué dans mon commentaire à cet article.

    Nicolas Meilhan un commentaire ? parce que là votre prédiction c’est comme qui dirait inversé.

  8. Nicolas Meilhan
    Nicolas Meilhan says:

    Tom – ma prédiction est pour la fin de l’année et dépend de la valeur du dollar, qui est reparti lourdement à la hausse il y a quelques jours mais qui pourrait entamer un mouvement de baisse en ce moment avec les mauvaises statistiques américaines. Sans 4ème assouplissement monétaire américain d’ici la fin de l’année, ce sera difficile de dépasser les 70$ bien évidemment. Mais d’ici beaucoup de choses peuvent encore arriver.
    http://leseconoclastes.fr/2016/05/prix-petrole-nuls/

    Follow the dollar!

  9. Tom
    Tom says:

    C’est exact Nicolas, le dollars a en effet chuté ces derniers jours, donc bien que ça paraisse vraiment simpliste que le prix du pétrole ne soit que fortement fonction du dollar, pour le moment yes follow the dollar ! (j’ai fait exprès d’être un peu provoquant, j’avais vu le mouvement sur le dollars, mais a force d’écouter Delamarche on en devient taquin )

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