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L’homme qui ne répond jamais ou le système qui ne répond plus de rien ?

Je monte le son dès que je vois un stratège de Goldman Sachs apparaître à l’écran sur les chaînes financières US, me préparant à vivre un sympathique quart d’heure, voir si nous sommes gâtés, une demi-heure, d’enfumage économique, avec multiplication d’éléments de langage tout droit sortis du lexique de Novlangue dont se nourrit Wall Street… et qui seront repris servilement par des cohortes de « gérants » tout heureux de pouvoir réciter comme des mantras des formules toutes faites « qui pensent à leur place » (comme l’Alignements des Planètes, la Grande Rotation, la Nouvelle Normalité, etc.).

Mais le vendredi 13 mai de l’an de grâce 2016, David Kostin –le stratégiste en chef « actions » (spécialisé dans les valeurs « high tech ») de Goldman Sachs n’est pas venu nous vendre un Nasdaq grimpant vers 5.000 ou un « S&P » retombant sous 2.000 d’ici la prochaine réunion de la FED… car la thématique du jour, c’était Wall Street VS Donald Trump.

Le croirez-vous… Wall Street préfère Hillary.

Enfin… c’est Goldman Sachs qui le dit.

Le contraire eut été difficile à démontrer vu les largesses financières dont les grandes banques d’affaires américaines ont régulièrement a abreuvé la Sénatrice Démocrate de l’Etat de New York depuis son précédent échec à l’investiture suprême.

Du point de vue de Goldman Sachs, ce n’est pas seulement la fibre libérale d’Hillary qui plaide en sa faveur pour les présidentielles de novembre mais également son « parcours » :

elle a baigné dans les coups tordus depuis ses tout premiers pas en tant qu’avocate d’affaires au service des riches et des puissants au milieu des années 70.

Elle s’était faite remarquer pour son aptitude à n’exclure aucun moyen pour parvenir à ses fins, franchissant allègrement les rares lignes jaunes tracées par sa profession (qui ne dispose que d’un minuscule tube de peinture) : Goldman Sachs n’agit pas différemment dans sa sphère financière.

Cela fait 16 ans qu’elle s’efforce de devenir la championne du camp démocrate, et 16 ans qu’elle brosse les néoconservateurs (ses adversaires républicains) dans le sens du poil en approuvant toutes les opérations militaires extérieures des USA (en tant que Secrétaire d’Etat sous l’administration Obama, elle ne les a pas déçus) et tous les budgets pour renforcer la sécurité intérieure (autrement dit, l’espionnage de ses propres concitoyens).

Elle a ses entrées dans tous les cercles de pouvoir estampillés « à droite », lesquels comptent fébrilement sur elle pour écarter la menace communiste représentée par Bernie Sanders.

Pour David Kostin, le rival démocrate d’Hillary Clinton n’est même pas un sujet de conversation.

Et de toutes façons, les journalistes –peu importe le logo sur le micro– qui l’invitent, s’emploient à le faire « réagir » sur le programme économique du trublion républicain.

Le croirez-vous… le stratège de Goldman Sachs le juge inepte.

Mais cela n’a guère d’importance puisqu’il est inapplicable !

Aucune majorité au Congrès ne votera jamais une baisse d’impôt pour les classes moyennes s’il s’accompagne d’un relèvement de ceux que doivent acquitter les riches (autant voter Bernie Sanders dans ce cas !).

Aucune majorité au Congrès ne votera jamais en faveur d’une guerre commerciale à l’encontre de la Chine (les firmes du S&P500 auraient trop à y perdre).

Aucune majorité au Congrès ne votera jamais en faveur de la construction d’un nouveau « Rideau de Fer  » s’étendant du Texas à la Californie pour contenir l’immigration mexicaine clandestine, et encore moins pour renvoyer 11 millions de mexicains « chez eux ».

Mais là où la propagande anti-Trump se fourvoie, c’est lorsqu’elle prétend que le magnat de l’immobilier –qui emploie énormément de mexicains dans son propre groupe– a compromis ses chances d’être élu en s’aliénant le vote des « latinos ».

Les derniers sondages démontrent au contraire que le vote « latino » lui est majoritairement favorable.

L’autre contre-vérité est que son machisme et ses blagues salaces vont le couper de l’électorat féminin : il a pourtant remporté plusieurs états en faisant un carton plein auprès des femmes.

Ce qui semble plaire à son électorat (un peu masochiste), c’est qu’il « balance » et qu’il ne s’excuse jamais.

Il ne perd pas non plus de temps à justifier des promesses –exposées plus haut– que chacun sait intenables : tout ce qui compte, c’est qu’elles plaisent et remportent l’adhésion de son auditoire.

Cela n’a pas échappé à David Kostin qui colle à Donald Trump le sobriquet « d’homme qui ne répond jamais ».

Il a martelé cette formule –un de ces fameux éléments de langage que j’évoquais en préambule– plusieurs fois au cours de l’interview, en espérant qu’elle contribue à disqualifier ce milliardaire aux mimiques grotesques, qui refuse de discuter ses choix économiques, de se justifier aux yeux des électeurs et qui mène une campagne pour le moins… « Non-conventionnelle ».

Mais attendez un peu… cela ne vous rappelle rien ?

Des personnages ivres de leur toute puissance qui n’ont de comptes à rendre à personne, qui se complaisent dans le « non-conventionnel » et ne sont jamais aussi à l’aise que dans la surenchère.

Des personnages qui prennent des mesures unilatérales aux conséquences absurdes… et surtout très éloignées des effets prétendument recherchés.

Pour lesquels un démenti formel infligé par le monde réel n’appelle aucun changement de stratégie.

Plus ils échouent, plus ils subvertissent les mécanismes économiques, plus ils sont encensés par Wall Street.

Les banques centrales ont détruit la capacité des marchés a déterminer une « valeur » pertinente pour n’importe quelle classe d’actif, elles ont aboli la rémunération du risque… aussi surement que Donald Trump détruirait la crédibilité économique et diplomatique des Etats-Unis en déclarant une guerre commerciale à la Chine et en interdisant le territoire US aux musulmans (sauf au maire de Londres, selon sa dernière prise de position publique).

Les banques centrales se comportent de façon inepte sous les vivats des marchés –qui sont en train de se vider de leur substance, à tel point qu’on commence à voir au travers– et Donald Trump fait des promesses ineptes sous les vivats d’électeurs qui ne se reconnaissent plus ni dans le camp Démocrate ni même le camp Républicain, et encore moins dans un idéal démocratique qu’il vide –lui aussi– de sa substance.

Les banques centrales « travaillent » pour les « 1% » qui ne leur imposent aucune obligation de résultat, seulement d’afficher une posture « pro-market », c’est-à-dire pro-système.

Donald Trump s’adresse aux « 99% » et sait que ses plus fervents supporters n’exigeront de lui aucun résultat, seulement d’afficher une posture anti-système.

En résumé, Wall Street (incarné dans cet exposé par David Kostin, qui n’est qu’un exemple parmi des centaines d’autres) se moquant de Trump, et réciproquement, c’est l’hôpital se moquant de la charité, c’est le bipolaire se moquant du schizophrène.

Mais le plus vertigineux dans ce bûcher des vanités collectif, c’est la charge de nihilisme qui s’en dégage : chaque camp soutien le champion qui lui ressemble tout en sachant qu’il ne le mène nulle part, sinon à la ruine.

La peur de perdre le capitaine semble pire que de le voir gouverner le navire droit vers les récifs !

Les « 99% » peuvent encore empêcher que Donald Trump deviennent président et d’ériger un mur de 3.000Km de long à la frontière mexicaine, les « 1% » n’ont plus aucun moyen d’empêcher les banques centrales de poursuivre le creusement du fossé de 3.000Km de large entre économie de marché et dictature monétaire sans issue.

Il semblerait qu’aucun vote mi-novembre ne sauvera ni la démocratie, ni l’économie américaine.

Car il n’existe pas de « sauveur » de l’économie ou de la démocratie, dès lors que ceux qui revendiquent ce statut se sont vus attribuer les pleins pouvoirs et se retrouvent dispensés de répondre de leurs actes en cas d’échec.

Voilà une véritable parabole de l’avertissement figurant au frontispice de l’enfer de Dante : « vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir ».

Sans cet « abandon », aucune vision radicalement lucide, aucune prise de conscience éclairante ne pourra permettre à une « nouvelle ère » d’émerger afin d’enterrer l’ère mortifère des taux négatifs.

 

 

Ph Béchade

3 réponses
  1. Etrading
    Etrading says:

    Bonjour à tous,
    Vous parlez de l’avis de Goldman Sachs sur l’impact d’Hilary Clinton sur Wall Street.
    J’aurais une question: est-ce cette firme qui voyait en début d’année l’Or baissé, l’Euro à parité ou le WTI à 20$ ?

    A suivre…
    Etrading

  2. Baya
    Baya says:

    A propos de Goldman Sachs: cette banque, qui exigeait un minimum de US$ 10M pour la creation d’un compte, vient de s’ouvrir a l’Americain Lambda, qui peut a present devenir client pour la modique somme de US$ 1. Goldman Sachs, en plus, grace a sa relation privilegiee avec la FED, propose un taux d’interet de 1,5%, superieur a celui de tous ses concurrents.

    Mise a part cette enieme illustration de la libre concurrence, cette tentative inedite de se constituer des fonds propres s’expliquerait par son exposition aux produits derives (en pourcentage de son capital de risqué)::
    – JPMorgan Chase: 209 %;
    – Bank of America: 85 %
    – Citibank:166 %
    – Goldman Sachs (tenez vous bien): 516 %
    Effectivement, il ya toutes les raisons de croire que tout va pour le mieux dans le monde merveilleux des marches financiers.

    Analyse: WallStreetOnParade:
    http://wallstreetonparade.com/2016/04/why-the-vampire-squid-wants-small-depositors-money-in-1-frightening-chart/
    Rapporte par le Keiser Report:
    https://www.rt.com/shows/keiser-report/341658-episode-max-keiser-909/

  3. Bouddha Vert
    Bouddha Vert says:

    Bonjour,
    J’ai envie d’être taquin, et lorsque je lis votre conclusion:
    « Sans cet « abandon », aucune vision radicalement lucide, aucune prise de conscience éclairante ne pourra permettre à une « nouvelle ère » d’émerger afin d’enterrer l’ère mortifère des taux négatifs. »
    Je me demande ce qui a pragmatiquement et historiquement permit, autorisé, le versement de taux d’intérêts positifs et j’ai une petite idée de la réponse par une parabole.

    Nous sommes sur une des planètes du « petit prince » et elle n’est pas grande!
    Deux familles y vivent, 2 mamans, 2 papas, 4 enfants parce que la planète ne peut nourrir, dessoiffer, fournir du bois et des plantes que pour 8 personnes.
    Question: une économie avec des intérêts est elle possible, SUR un monde qui ne grandit pas ?
    Deuxième question, en 2016 sur Terre, sommes nous loin d’avoir atteint une, voir des limites?

    Que nous le voulions, ou pas, ce qui nous permet juste de maintenir l’existant nous tue, et prive l’avenir des trésors encore enfouis ou cachés, alors la croissance du machin?

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