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« The Great Wall of 2100 » et le kidnapping de la croissance

Il est plus qu’évident que les « investisseurs » seront impatients d’écouter Madame Yellen qui va parler ce lundi. Impatients, parce que tout d’abord ça permet de démarrer tout de suite la semaine à 200 à l’heure, on ne perd pas de temps en tergiversations et à se raconter le week-end parmi, nous sommes immédiatement dans le vif du sujet et ensuite qui n’est pas curieux de voir ce qu’elle va bien pouvoir nous raconter au sujet des chiffres de l’emploi qui ont été publiés vendredi passé.

Non, parce qu’il faut reconnaître que dans l’histoire de la finance, il nous est souvent arrivé de nous « planter » grave en faisant des prévisions économiques, mais là je crois que l’on a clairement battu un record, le marché attendait 155’000 créations d’emplois et le chiffre est sorti à 38’000. Vous avouerez que se gourer à ce point-là, c’est à se demander s’ils n’ont pas fait exprès.

Alors oui, pour leur défense, il faut reconnaître que 35’000 employés de Verizon sont en grève et que s’ils avaient décidé de s’auto-créer un emploi, les chiffres auraient été un peu moins mauvais. Mais même avec 73’000 créations, c’était tout de même le pire chiffre sur deux ans et demi. Alors que là, à 38’000, on n’avait pas vu ça depuis 5 ans.

On peut donc largement se demander si la croissance américaine n’a pas les deux genoux brisés et si le coach Yellen n’est pas à cours de remplaçants.

En tous les cas, si l’on part du principe que la croissance était la principale justification que la FED comptait utiliser pour monter les taux à la mi-juin, on peut clairement retirer la probabilité des tabelles. D’ailleurs c’est ce que le marché a fait dans les douze secondes qui ont suivi l’annonce. Actuellement, si vous faites un sondage à Wall Street pour demander « qui pense que la FED montera les taux les 15 juin ? » – si on vous répond, vous aurez de la chance.

La seule question que l’on peut se poser, c’est pourquoi le marché n’a pas baissé plus que ça. En effet, avec une nouvelle aussi mauvaise que cela, on aurait pu s’attendre à une baisse bien plus forte sur les indices et pourtant le S&P500 ne reculait « que » de 0.3%.

Rassurez-vous dans le monde merveilleux de la haute finance et de l’économie de compétition, il y a toujours une explication rationnelle, logique et indéboulonnable à disposition des médias.

Dans ce cas précis, je peux même vous en trouver deux.

Raison numéro une de pourquoi le marché n’a pas baissé plus :

– « parce-que-si-l’économie-va-mal-la-FED-va-continuer-à-soutenir-l’économie » – D’accord, on ne sait pas trop comment étant donné que baisser les taux ne paraît pas être au programme et qu’à priori un nouveau QE ne serait pas trop tendance, mais tout de même, l’investisseur aime se sentir soutenu et cajolé par la FED.

Raison numéro deux de pourquoi le marché n’a pas baissé plus :

– parce qu’à l’intérieur des chiffres de l’emploi, il y avait aussi le taux de chômage qui chutait drastiquement de 5 à 4.7%. On ne crée pas d’emploi, d’accord, mais au moins le chômage, il baisse. Bon, ok, il faut aussi admettre que c’est surtout parce que 500’000 personnes se sont retirées des listes de « ceux qui cherchent » un emploi, mais peu importe, le chômage baisse. Après, si l’on veut jouer les mauvaises langues, on peut se demander ce que ces 500’000 personnes vont bien pouvoir faire et comment ils vont vivre, mais ça serait chercher la petite bête. Après tout, en restant positif, constructif et sans la moindre ironie aucune, on peut se dire que 100’000 de ces personnes ont créé leur propre start-up et qureça va faire un wagon d’IPO’s l’an prochain, que 100’000 autres personnes ont gagné à la loterie et que les 300’000 derniers ont décidé de jeûner et de vivre dans la forêt pour être plus près de la nature. De cette manière-là, on peut comprendre la baisse du chômage.

Mais en conclusion, on peut retourner les chiffres de vendredi passé comme on veut, ils étaient tout simplement immondes, du coup on se réjouit de voir ce que Madame Yellen va bien pouvoir nous raconter tout à l’heure. Au moins elle aura eu le week-end pour bosser sur son discours.

En tous les cas, ces chiffres immondes auront au moins fait plaisir à l’or qui s’est enfin réveillé puisque l’économie est toute pourrie, que l’on se rapproche de la récession et que les Anglais vont quitter l’Europe et que l’on a besoin de sentir rassuré avec une magnifique table de salon en lingots d’or. Ce matin le métal jaune est à 1244$ et le pétrole se traîne à 49.07$, incapable de casser les 50$, forcément, avec une économie qui ralenti et 300’000 personnes qui partent vivre en forêt et qui vont cesser de faire le plein de leur Dodge Ram pour aller au « mall », ça ne peut pas pousser le baril à la hausse.

Pour le reste, vous l’aurez compris, nous allons passer notre journée à attendre Madame Yellen, voir ce qu’elle va nous dire. Et puis pour le reste, on va attendre le 15 juin et le Brexit puisque c’est tout ce qui semble nous intéresser en ce moment.

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Il y a cependant un sujet intéressant et qui me pousse à la réflexion ce matin ; c’est la résistance des 2’100.

Lors de ma dernière chronique de la semaine passée, j’avais utilisé le titre : « le mur des 2100 est tombé »  – avec le secret espoir que cela marquerait le début d’une série haussière un peu plus excitante que ce que l’on vit en ce moment. Vous vous en doutez, ce matin le mur a été reconstruit durant le week-end, et nous voilà donc à nouveau « sous » les 2100 sur l’indice S&P500.

Il faut savoir que ces derniers 18 mois nous sommes passé 30 fois AU-DESSUS des 2100 et à chaque fois nous sommes revenus en-dessous, ceci devrait largement suffire à appeler cette résistance « the Great Wall ». Le jour où nous parviendrons à passer par-dessus et y rester plus que 20 minutes, j’ai le sentiment que cela pourrait être le début de quelque chose, mais pour l’instant, ça ne va pas être simple. On essaye, mais on n’y arrive pas et ce n’est pas les « excellentes » nouvelles économiques qui vont nous y aider.

Bref, en conclusion, pour ce matin, les nouvelles sont moroses, l’ambiance est ennuyeuse au possible puisque rien ne nous décide à baisser vraiment et encore moins à monter vraiment, la volatilité est réduite à la plus simple expression et heureusement que Madame Yellen parlera aujourd’hui, sinon je ne vois pas quel sujet j’aurais bien pu aborder.

Le Nikkei est en baisse de 1.14%, Hong Kong recule de 0.12% pendant que Shanghai ne fait rien.

Côté chiffres économiques du jour, c’est « Waterloo, morne plaine », il y aura les factory orders en Allemagne, mais je ne suis pas certain que vous vous soyez levé rien que pour ça, heureusement, deux heures plus tard il y aura le Retail PMI en Europe et le Sentix Investor Confidence, des chiffres qui, sans aucun doute, devraient faire vibrer les marchés financiers sur toute la planète et au-delà.

Pour le moment les futures sont à l’image du marché, ils ne font rien et le dollar se fait défoncer de tous les côtés. Contre l’Euro, il est à 1.1339, contre le Yen, il vaut 107.15, contre la Livre, il s’échange à 1.4397 et contre le Franc Suisse (qui a refusé le RBI mais accepté le pont sur la rade que l’on verra en 2154 si tout va bien), le dollar vaut 0.9773. L’Euro/Suisse est à 1.1082 et le Bitcoin s’envole à 567$. Le rendement du 10 ans est de 1.71%.

La bonne nouvelle du jour, c’est qu’il semblerait que l’on pourrait avoir une belle journée de printemps. Ça va nous changer. Alors sortez vos décapotables, c’est le peut-être le seul jour de l’année où vous pourrez les utiliser, ou alors prenez congé et partez marcher en montagne, ça fera au moins un endroit où vous pourrez « aller plus haut ».

2 réponses
  1. Oblabla
    Oblabla says:

    Sur les chiffres immondes de l’emploi américain doivent être analysés à l’aune du taux de participation qui démontre non pas 38.000 créations d’emplois mais une destruction de 160.000 emplois au minimum. Démo de Charles Sannat, ci-après:
    « Le taux de participation, qui représente le ratio de la population active par rapport à la population en âge de travailler, a régressé à 62,6 % contre 62,8 % le mois précédent. Le « taux d’inactivité » a donc progressé de 37,2 % à 37,4 % de la population en âge de travailler… »
    Le taux de participation baisse donc de 0,2 % sur un mois, ce qui veut dire que sur un mois, il y a 0,2 % de la population en âge de travailler qui se retire tout simplement de la recherche d’emploi « officielle » et y renonce tant il n’y a pas de travail, et 0,2 % de 100 millions cela nous fait 200 000 personnes.
    En clair, il n’y a pas 38 000 créations de job mais 200 000 – 38 000 suppressions de postes, et croyez-moi, ce n’est pas bon du tout. sic

  2. ViveBitcoin
    ViveBitcoin says:

    Bonjour,

    Je ne sais pas où vous allez chercher la cotation du Bitcoin, mais il n’est pas à 567$.
    582$ me semble plus juste 😉
    https://cryptowat.ch/bitfinex/btcusd

    Vous pouvez également la retrouver ici:
    https://coinmarketcap.com/all/

    N’oubliez pas le halving pour le mois de juillet, cela approche à grands pas.
    Il y aura 2x moins de nouveaux bitcoins créés.
    Comme l’or, plus le temps passe, moins il y a de quantité extraite, et plus d’énergie il faut pour le faire.

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