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Le fameux pic pétrolier à nouveau d’actualité?

Analyse à contre-courant sur le pic pétrolier et le prix du pétrole de notre dans cet entretien de 10 minuntes accordé par Nicolas Meilhan pour au site « Politiques Energétiques« .

Thierry Guerrier : le peak oil a-t-il eu lieu en 2015 ?

Nicolas Meilhan : Il existe plusieurs types de pétrole. En ce qui concerne le pétrole conventionnel, l’AIE a reconnu que le pic pétrolier avait été passé en 2010. Le pétrole non conventionnel (schiste, sables bitumineux), lui, est en forte croissance. Depuis 2014 et la chute de 70 % du prix du pétrole, les investissements ont ralenti significativement, notamment aux Etats-Unis.

En novembre 2015, on a atteint un pic de production – plus de 80 millions de barils par jour. Aux Etats-Unis, la production a déjà baissé de 1 million de barils par jour depuis son pic de juin 2015. Du côté des investissements de l’industrie pétrolière et gazière, on est passé de 760  milliards de dollars par an en 2014 à 380, ce qui est du jamais vu dans l’histoire de l’industrie: deux années de suite de baisse de l’investissement, qui auront un impact sur la production en 2017, 2018 et 2019. Ajoutez à cela la production de l’OPEP déjà à son maximum. Il  n’est pas sûr que l’on puisse dépasser à nouveau ce maximum de novembre 2015.

La ressource du pétrole est-elle encore disponible en quantités considérables ?

La ressource pétrolière est là en quantité infinie. Le problème est de savoir quelle quantité on va être capable d’extraire et à quel prix. Aujourd’hui, le pétrole qu’on peut se payer, c’est 100 dollars. A ce prix là, on va être capable d’en extraire de moins en moins.

Le prix du baril ce n’est pas 100 dollars aujourd’hui. Comment va se comporter ce prix, et quels sont les facteurs qui le déterminent ?

Les prix ont baissé de 70 % depuis juin 2014. L’explication donnée à cela est l’exploitation de pétrole de schiste américain qui a abreuvé le marché. A l’ASPO, nous avons une explication un peu différente : depuis 13 ans, il y a une corrélation très forte entre le prix du pétrole et la valeur du dollar. Plus le dollar baisse par rapport à l’euro, plus le prix du pétrole monte.

Depuis fin 2008, la Réserve fédérale américaine (Fed) a imprimé beaucoup d’argent via différents assouplissements quantitatifs, qui ont dévalué le dollar à chaque fois. En juin 2014, la Fed a annoncé la fin de cet assouplissement quantitatif, le dollar s’est donc renforcé considérablement. On connait actuellement un plus haut du dollar sur les 15 dernières années.

Mais cette situation n’est pas tenable : l’économie américaine montre des signes d’entrée en récession. Le dollar va donc faiblir et nous pensons au sein des Econoclastes que d’ici la fin de l’année, la Fed va à nouveau baisser ses taux, imprimer de l’argent, ce qui dévaluera le dollar de 20 %, et fera remonter les prix du pétrole. Ma position, c’est un prix du baril à 90 dollars d’ici la fin de l’année.

Je pense aussi que beaucoup de gens ont donné l’OPEP comme mort, et je crois que c’est faux. Maintenant que l’Iran est revenu à sa production pré-sanction, personne ne les attendait à ce niveau cette année, l’OPEP peut renaitre de ses cendres et pourrait même décider de réduire sa production de quelques millions de barils afin de mettre le marché en déficit afin de faire remonter les prix.

On va donc voir doucement se réduire les quantités de pétrole disponible ?

La consommation de pétrole est difficile à estimer. Le pétrole ça ne coûte rien. C’est moins cher que de l’eau. 100 dollars, qu’est-ce que c’est ? C’est 50 centimes le litre. Combien coûte 1 litre d’eau minérale ? Plus de 50 centimes. Et on en « boit » deux fois plus (environ 4 litres par jour de pétrole pour un Européen). Aux Etats-Unis, depuis que les prix du pétrole ont baissé, comme leur carburant est beaucoup moins taxé qu’en Europe, les Américains se sont tous mis à racheter des 4×4 et la demande est repartie. Le record de consommation d’essence de toute l’histoire des Etats-Unis a été battu la semaine du 23 juin 2016. L’Inde est également un gouffre à pétrole. La demande est très souvent sous-estimée.

 

 

6 réponses
  1. alf
    alf says:

    Ne croyez vous pas qu’une récession au US exercerait une forte pression à la baisse des prix du pétrole brut?

  2. Dahool
    Dahool says:

    Bonjour

    On ne découvre plus de pétrole conventionnel comme celui des saoudiens à 20$ le baril ?

  3. Nicolas Meilhan
    Nicolas Meilhan says:

    Alf – une récession aux US n’aurait qu’un impact limité sur la quantité de pétrole consommée car les américains auront toujours besoin de conduire leur gros 4×4.
    De plus, étant convaincu que les prix du pétrole sont plus influencé par la valeur du dollar que par l’offre/demande, une récession aux US s’accompagne généralement d’un affaiblissement du dollar, qui aurait donc pour conséquence une hausse du prix du pétrole.
    http://leseconoclastes.fr/2016/05/prix-petrole-nuls/

    Dahool – on découvre toujours du pétrole mais beaucoup moins que nous en consommons et dans la plupart des cas à des coûts d’extraction supérieures à 20$
    Voici un papier récent à ce sujet de Benoit Thévard
    http://www.avenir-sans-petrole.org/2015/02/decouvertes-de-petrole-et-de-gaz-les-plus-mauvais-chiffres-depuis-1952.html

  4. Dahool
    Dahool says:

    Bonjour et merci Mr Meilhan

    Existe il une corrélation entre faiblesse des découvertes et hausse des prix du baril ?
    Ça me semble être le principe de l’offre et de la demande. Faible offre, forte demande donne hausse des prix. Non ?
    On considérant également les coûts d’extraction.
    Je ne trouve pas de graphiques permettant de comparer.

    Il existe une société, de mémoire mitsubishi, qui stocke de grandes quantités de thon rouge dans de grands entrepôts frigorifiques (ça va de soit…). Cette pratique permettra, lorsqu’il y aura pénurie, de vendre à prix d’or son stock. Mieux, d’avoir la maîtrise du sujet pour une période déterminée. Un espèce de monopole corne d’abondance.
    Faut investir !!! Le moment venu, à la baisse, puisqu’il faudra d’abord manger du « némo » puis à la hausse quand il ne restera que « Bruce » (le requin du dessin animé).

    Le marché des 7 soeurs échapperait à cette logique ? (Le chiffre n’est peut être plus le bon… lol).
    Pensez vous qu’il soit permis de douter ?
    (Je précise, douter des données officielles. Depuis un certain temps, il devient difficile de ne pas douter surtout quand me vient à l’esprit l’exemple des chiffres de l’Irlande et que je lis ceci http://www.insolentiae.com/croissance-economique-industrie-de-978-en-irlande-et-ce-nest-meme-pas-une-blague-ledito-de-charles-sannat/
    Un article d’un econoclaste à ce sujet serait bienvenu…).

    Quel intérêt y aurait il a dire qu’il existe un stock important de pétrole bon marché ?

    Ps: ne pensez pas que je vous ferre tel un vulgaire « pesquit », je me contenterai d’une réponse brève… Est il permis de douter ?

    Merci

  5. Dahool
    Dahool says:

    L’évolution des coûts d’extractions correspond-elle à la raréfaction du pétrole conventionnel ?
    Pardon, j’avais oublié…

  6. Dominique
    Dominique says:

    Bonjour.
    Excusez-moi, mais quand je lis que les ressources du pétrole sont là en « quantité infinie », je n’ai plus envie de lire la suite.

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