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L’avant-dernière semaine de tous les dangers

Vendredi passé les marchés européens ont terminé la semaine en fanfare parce que les chiffres chinois étaient encourageants et que cela donnait des perspectives « intéressantes » pour les commodities et les minières. Aux USA on n’a strictement rien fait. Pour le moment on se contente de « tenir les supports » et on se demande à quelle sauce ont va se faire manger alors que la saison des résultats va commencer à battre son plein pour de vrai.

Et puis surtout, nous sommes toujours au mois d’octobre et le mois d’octobre fait peur à tout le monde. Déjà que depuis le mois de janvier, tout le monde attendait une correction majeure et pas de nouveaux plus hauts historiques, on sent une certaine tension dans l’esprit tortueux et torturé des investisseurs.

Comme je l’ai déjà mentionné dans cette chronique, psychologiquement on n’aime pas le mois d’octobre, le mois d’octobre, c’est les mois des krachs. Bon, c’est le mois des krachs dans nos têtes, parce que mis à part 1987 et 1929, le reste des mois d’octobre de ces 87 dernières années était ni moins bons ni meilleurs que les autres mois de l’année – ou alors ça ne se tient à pas grand-chose. Mark Twain le disait :

“Octobre est un mois particulièrement dangereux pour spéculer en bourse. Mais il y en a d’autres : juillet, janvier, septembre, avril, novembre, mai, mars, juin, décembre, août et février.”

Mais peu importe, nous sommes dans un marché ultra-psychologique à tendance maniaco-dépressive-bipolaire. Il peut nous arriver n’importe quoi n’importe quand. Là tout de suite, le consensus populaire laisse entendre que la fin est proche et que l’on peut se la « prendre » à tout moment (la claque). Cela pourrait provenir des mauvais chiffres trimestriels qui vont être publiés ces prochains jours –mauvais parce que vu l’ambiance – le consensus est convaincu que le trimestre a été pourri que les marges sont en baisse et que les perspectives sont « halloweenesques ».

En ce qui concerne l’économie globale, on voit assez mal ce qui pourrait déclencher une vague de ventes, puisque nous sommes globalement convaincus que les taux vont monter en décembre et que pour que les taux montent en décembre, la FED doit être plus ou mois convaincu aussi que l’économie pointe plutôt en direction du ciel et pas en direction de la cave.

Donc sommes-là, à moitié convaincus que nous allons à l’abattoir, en train de vendre nos actions pour ne pas nous faire « prendre dedans quand ça va VRAIMENT baisser » (comme ça accessoirement on n’aura plus rien à vendre pour faire VRAIMENT baisser le marché). Et on attend le début de ce fameux krach annoncé à grand renfort de statistiques et de graphiques qui prédisent la fin du monde.

Sauf que le mois d’octobre se termine dans 14 jours.

En gros il nous reste deux semaines pour nous péter la figure et répliquer la baisse de 1987 ou de 1929, après ça sera trop tard parce que nous allons entamer « l’état de grâce post-élections présidentielle » et l’inévitable « rallye de fin d’année » couronné par le Christmas Rally et statistiquement ce n’est pas là que le krach devrait avoir lieu, bien au contraire, d’ailleurs puisqu’en cette saison nous sommes friands de statistiques, il faut noter que sur les 120 dernières années, le Dow Jones est monté en moyenne de 6.8% durant les deux mois qui ont suivi les points bas du mois d’octobre.

Alors vous me direz : « mais pourquoi êtes-vous aussi catégorique, pourquoi c’est krach or no krach et que l’on ne peut pas envisager un marché qui consolide tranquillement avant de déclencher sa prochaine phase haussière tout simplement parce que l’économie va mieux et que les nouvelles technologies déclenchent peu à peu une nouvelle révolution industrielle ? »

Eh bien parce que c’est pas moi qui le veux, pas moi qui le dit ! Aujourd’hui, l’ultra-médiatisation des marchés financiers fait que tout le monde a un avis sur tout. Il n’y a plus un gourou ou deux qui donne son opinion sur le marché, mais des centaines, mais aussi des milliers d’analystes, des milliers de chroniqueurs, de journalistes, d’amateurs éclairés, d’analystes techniques, de statisticiens et d’astrologues. C’est toutes ces personnes qui créent le tissu social financier et le climat totalement désordonné dans lequel nous vivons. Surtout que chez tous ces « influenceurs de marchés et autres donneurs d’opinions, il y un point commun : « ils cherchent tous la gloire ». Ils cherchent tous à être celui qui aura prédit le krach ou le rebond ou la faillite de telle ou telle compagnie. Ils ont oublié que leur métier avait pour but de construire un portefeuille, de voir à long terme et de faire de l’argent avec de l’argent.

Aujourd’hui on ne fait plus d’investissement, on ne cherche plus à trouver la prochaine action qui fera « comme Apple », on cherche à être celui qui annoncera le krach, celui qui sera le premier à être juste pour les 24 prochaines heures en espérant devenir une star des médias, puis décrocher un job bien payé pour faire croire aux autres que « l’on sait » en attendant la retraite. Prenez l’exemple de Roubini ; le mec avait anticipé le Subprime, ok, depuis il donne des conférences à 200’000$ de l’heure, il est faux de puis 8 ans, puisqu’il prédit un S&P500 à 80% plus bas depuis cette époque, mais il se fait payer 200’000$ de l’heure pour le dire.

À ce prix-là, et à une conférence par mois, personnellement le marché peut aller où il veut, je n’en aurais strictement rien à faire – que j’aie raison ou pas.

Tout ça pour vous de que dire cette tendance à coller des gros-titres un peu partout pour annoncer la fin du monde ou la renaissance du phénix tend à donner l’impression que tout le monde pense la même chose au même moment et que nous avons une mémoire de poisson rouge, comme en témoignent les gros titres des médias financiers qui sont capables d’afficher tout et son contraire en l’espace de 24 heures, si ce n’est pas moins.

Toujours est-il qu’en ce moment nous sommes en mode « octobre c’est le mois des krachs », il faut donc encore attacher nos ceintures et nous concentrer sur la prochaine société qui sortirait des chiffres suffisamment pourris pour déclencher le « sell-off » final, pour autant – comme je le disais avant – que vous n’ayez pas déjà tout vendu auparavant histoire de ne pas vous faire « avoir cette fois ».

La semaine qui nous attend est donc clairement placée sous le signe des chiffres trimestriels, bien que la plupart des « stars de la FED » vont parler durant la semaine et que nous ne sommes pas à l’abri d’un dérapage verbal qui pourrait laisser entendre que la FED va monter les taux en octobre, juste avant les élections.

Vendredi passé lors des publications du trimestre, les trois banques qui étaient dans les starting-blocks ont surpris les « experts » à la hausse. Citi, JP Morgan et Wells Fargo ont fait mieux que prévu. Pourtant, en début de semaine Alcoa avait déçu et comme on sait que c’est souvent un mauvais signe pour la suite, on a peur. Oui, on dit quand Alcoa est mauvais c’est un mauvais présage pour le reste de la saison, c’est vrai… 52% du temps, ce qui laisse 48% du temps des perspectives positives. En gros il faudrait corriger l’adage en disant : « lorsque Alcoa publie des mauvais chiffres, une fois sur deux, la saison qui suit est pourrie » – ça relativiserait un peu les choses et ça ferait un peu mois « OH MY GOD, OH MY GOD, ON VA TOUS MOURIR !!! »…

Illustration: Scott Pollack for Barron'

Illustration: Scott Pollack for Barron’

Ce lundi on commence avec les choses sérieuse, il y aura Bank of America, Celanese, IBM, Netflix, et Valeant – Valeant n’est pas très importante en soit, c’est juste que ça donne l’occasion de reparler de la performance annuelle de Bill Ackman surnommé aussi « l’entêté borné ». La semaine s’écoulera ensuite avec le même type d’environnement ; publications, publications et publications. Mais pour être franc avec vous, nous avons déjà les yeux fixés sur la semaine d’après, puisque c’est là que les Google et autres Apple publieront et c’est eux qui ont les pouvoirs de déclencher une vraie baisse. À noter encore qu’il y aura le troisième débat présidentiel le 19 octobre.

Côté commodities, le pétrole continue de consolider au-dessus des 50$, il est à 50.25 attend patiemment la nouvelle qui lui permettra d’aller casser les 50.60$ qui font office de résistance, mais malgré les mauvaises nouvelles des inventaires, il ne parvient pas à baisser, ce n’est pas suffisant pour contrer l’effet OPEP.

L’or est scotché à 1255$ et malgré les appels de toutes parts qui encouragent les gens à acheter de l’or pour se prémunir contre « whatever on va se prendre dans la figure ces prochains mois », le métal jaune ne bouge pas une oreille et reste paisiblement collé sur ses bases actuelles.

Ce matin l’Asie se réveille doucement du week-end. Le Nikkei est en hausse de 0.27%, Hong Kong recule de 0.57% et la Chine est en hausse de 0.11%. On sent comme un vent d’euphorie planer sur les marchés – ne vous emballez pas, j’ironise.

Dans les nouvelles du jour, en dehors du fait que Trump estime qu’un complot médiatique est monté contre lui et qu’il n’a peut-être pas tout tort, il semblerait que l’avance de Clinton, selon les sondages, augmente encore et on estime que la probabilité qu’Hillary devienne Présidente est de 95%. Sans compter que ce week-end les Washington Redskins ont gagné leur dernier match de qualification.

Et si l’on en croit la « Redskins rule », depuis 1940, si l’équipe de foot américain locale gagne son dernier match avant l’élection, le parti à la Maison Blanche restera. Ça a fonctionné 17 fois sur 19. Comme ils ont battu les Philadelphia Eagles hier, la porte de la Maison Blanche devrait se rouvrir pour une troisième pour la famille Clinton.

Autrement les Britanniques se battent dans les médias pour estimer « combien leur coûtera le BREXIT » et la Livre vaut 1.2155 contre dollar. Le patron de la banque centrale suédoise estime que les taux négatifs n’ont pas posé de problèmes à son économie, le Barron’s pense que US Steel va monter de 50% dans les 12 mois et ils sont également fans de FMC, le fabricant d’insecticides.

Et puis selon le dernier sondage fait auprès des gérants de fortune, on s’attend à une hausse de 9% pour la fin 2017, 42% se considèrent comme « bulls », 15% comme « bears » et 39% comme « neutre » ce qui ne sert pas à grand-chose.

sondage

Côté chiffres économiques, en Europe nous aurons le CPI et aux USA il y aura le NY Empire State Manufacturing, puis le Capacity of Utilization et la Production Industrielle. Dans les petites causeries entre amis, nous aurons la joie et le bonheur d’entendre Stanley Fischer de la FED, mais aussi Weidmann de la Buba et Super-Mario de la BCE.

Pour le moment les futures sont en baisse de 0.29% et les supports techniques du S&P500 risquent d’être mis à mal dans la journée, ce qui devrait nous conforter dans le sens que le krach est à nos porte et nous faire frissonner, et pas qu’à cause des températures qui baissent. L’Euro/Dollar est à 1.0984 – encore qui se renforce trop pour faire baisser les marchés – le Yen est à 104.18, le Dollar/Suisse se traite à 0.9895 et le Bitcoin vaut 636$. Le rendement du 10 ans US est de 1.78%.

Voilà, c’est tout pour ce début de semaine qui s’annonce stressante, mais rassurez-vous, si l’on tient le coup encore deux semaines, en serrant les dents et le reste, on devrait avoir une belle fin d’année. En tous les cas selon les statistiques.

 

3 réponses
  1. lincoln
    lincoln says:

    Si la monnaie baisse, les actions ne peuvent que monter.
    Mon Quarté:
    1 USD=1E=1£ Gold 1150…
    Reset.

  2. emmanuel
    emmanuel says:

    As long as:
    La roue du gigantesque casino continuera a tourner dans ce sens « as long as » il y aura un troupeau d’abrutis pour la faire tourner…
    Et tout ne repose que sur une confiance plus que relative dans un système en total déroute avec entre autre un capitalisme devenu fou. Peut on parler de capitalisme quand le jeu consiste a s’endetter pour détruire le capital avec des rachats massifs de titres et le tout pour servir la rente a des rentiers hypers riches.

    Le troupeau d’abrutis finira par se précipiter en meme temps a la caisse du casino pour s’apercevoir qu’elle est vide.
    Et c’est a ce moment la qu’ils comprendront que la fake money des Centrals Banques, ce n’est vraiment que du papier.
    Et a ce moment la game over, faites vos jeux rien ne va plus….
    A ce moment la toutes les pyramides de dettes et les schema de Ponzi s’écrouleront en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, privileges de la vitesses de circulation de l’information a 300000 Km/s.
    Le réveil va être violent pour les épargnants, et particulièrement les papy boomers.
    Leur monde s’achèvera enfin…
    OUF…
    Combien de temps reste il…
    Les paris sont ouverts…
    « combien de temps avant que le schema de Ponzi made in japan colapse ».
    Il y a un panier garni a gagner…
    Quand se nourrir va devenir la priorité dans une monde en total déliquescence, ce prix vaudra sont poids en or…

  3. Paul
    Paul says:

    Cher M. Veillet, voilà une analyse qui me surprend. Pour moi, les analystes qui sautent de joie de prédire le prochain krach il n’y en a pas beaucoup, l’ambiance est plutôt au « tout va bien madame la marquise », il suffit d’écouter M. « les-USA-ne-font-pas-de-planche-à-billets Langley, l’inénarrable Touati, et des intervenants comme Ms. Riez sur BFM… car il faut que le numéro de chaises musicales continue le plus longtemps possible; d’ailleurs, ces analystes eux-mêmes ont des actions, soit personnellement soit via des sociétés de gestion, quel intérêt auraient-ils à déconseilles la soupe que eux ou leurs bons amis de la finance proposent ?

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