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Que vaut la décision de l’Opep de baisser sa production ?

Nicolas Meilhan et Olivier Appert reviennent sur la décision de l’Opep, ce 28 septembre, de baisser son niveau de production afin de faire remonter les cours du pétrole.

Parmi les facteurs déterminants concernant nos modes de transport, figure celui du prix de l’énergie, de l’accès à l’énergie.

Nicolas Meilhan, il y a quelques mois au cours d’une interview en PE Car, vous nous aviez annoncé un prix du baril de pétrole avant la fin 2016 autour de 90 dollars.

Que pensez-vous de la décision de l’Opep, Nicolas Meilhan ?

NM : Les pays se sont mis d’accord, et sont passés des paroles aux actes. Mettre d’accord l’Arabie Saoudite et l’Iran, ce n’est pas chose facile. Les chiffres évoqués sont ceux d’une réduction de 750 000 barils par jour, sachant qu’aujourd’hui l’Opep produit à son maximum. L’impact va donc rester limité. C’est le signal qui est donc important aujourd’hui. Il y aura une prochaine réunion de l’Opep en novembre, et là il pourrait y être décidé de réduire davantage la production, une fois que l’Iran aura retrouvé son niveau de production pré-sanctions internationales, qui était à 4 millions de barils par jour.

Olivier Appert, pensez-vous que la décision de l’Opep va avoir un impact sur le prix du baril ?

OA : Au mieux, c’est un coup d’épée dans l’eau, au pire, c’est une victoire à la Pyrrhus. Un coup d’épée dans l’eau, parce que ce n’est pas la première fois que des annonces sont faites. Il y a 15 jours, la Russie et l’Arabie Saoudite ont annoncé qu’elles étaient d’accord pour limiter leur niveau de production. Le marché a immédiatement réagi à la hausse, puis on s’est rendu compte que c’était creux, il est donc redescendu d’autant. L’Opep c’est l’Arabie Saoudite et l’Iran, il est important de noter qu’ils se sont rabibochés dans la nuit. La Russie n’a pas pris d’engagement. Le niveau de production n’est pas précis (33/33,5 millions de barils jours) et cette production n’est pas répartie entre les pays.Personne ne s’engage à quoi que ce soit.

Le fait même que l’Arabie Saoudite et l’Iran se soient mis d’accord permettrait un renchérissement du baril de pétrole ?

NM : Quand le prix du pétrole a baissé en juin 2014, si l’Opep avait baissé sa production alors qu’à l’époque le marché était en surproduction de 2 millions de barils par jour, ils auraient été sans doute les grands perdants parce que l’impact sur les prix n’était pas forcément quantifiable et avéré. J’anticipais le fait que l’Opep allait se mettre d’accord avant la fin de l’année. Là c’est un signal, il faut attendre la prochaine réunion. Aujourd’hui le marché est équilibré, le surplus a été réduit.

Que faut-il pour que le prix du baril remonte avant la fin de l’année?

Selon moi, les prix du pétrole dépendent des banques centrales. Il y en a 3 : la Fed, la BCE et l’Opep puisqu’elle peut imprimer des pétrodollars. Aujourd’hui, la BCE a annoncé la fin de son assouplissement monétaire d’ici mars 2017, elle va donc aller dans le sens d’un affaiblissement du dollar, puis la Fed n’a pas remonté ses taux et qui pourrait décider d’un nouveau programme s’assouplissement quantitatif au regard de la dégradation de l’économie américaine, ce qui ferait baisser le dollar. Depuis 13 ans, la relation entre le prix du baril et la valeur du dollar est très forte. Quand le dollar baisse, le prix du pétrole remonte 3 fois plus. Si le dollar baisse par rapport aux autres monnaies, de 20% par exemple, on pourrait atteindre 80 dollars le baril.

OA : Je ne vois absolument pas comment le prix du pétrole pourrait remonter d’ici la fin de l’année à 80 dollars sauf crise politique et/ou économique majeure au Moyen-Orient et là personne ne peut le prévoir. L’Opep ne contrôle plus le marché. En 2008, l’Opep était unie à l’époque et a réduit sa production, et le marché a réagi.Aujourd’hui le paradigme a changé, à cause du pétrole de schiste aux Etats-Unis. Entre 2010 et 2014, les Etats-Unis ont découvert une Norvège tous les deux ans. La réactivité des opérateurs américains est très forte. Et le progrès technique considérable depuis 5 ans permet de produire ces hydrocarbures non conventionnels à des coûts inférieurs à 50 voire 30 dollars, si l’Opep baisse sa production, les pétroliers américains vont en profiter pour réinvestir à nouveau. L’objectif du ministre saoudien, en acceptant de laisser tomber les prix, était de tuer les Etats-Unis mais il n’a pas réussi.

Lien vers le site « Politiques Energétiques »

1 réponse
  1. Dahool
    Dahool says:

    Bonjour

    « Aujourd’hui le marché est équilibré, le surplus a été réduit. »
    Comment peut il réduire si on produit plus qu’on ne comsomme ? OK il est réduit mais les cuves sont pleines, comment stocker ? La problématique des « limites des capacités de stockage » m’échappe. Ce n’est peut être pas un problème.

    « Depuis 13 ans, la relation entre le prix du baril et la valeur du dollar est très forte »
    Avant, c’était la consommation qui décidait du prix du baril ?

    « Et le progrès technique considérable depuis 5 ans permet de produire ces hydrocarbures non conventionnels à des coûts inférieurs à 50 voire 30 dollars »
    Au prix du conventionnel donc !!!! En peu de temps, nous sommes passés de 80 à 40$ le baril. Incroyable pour un novice comme moi. Ça change beaucoup de choses…
    A ce prix là, le shist a un avenir radieux.

    Merci pour l’article

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