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Trump: tempérament volcanique, séisme économique et diplomatique ?

L’alourdissement du climat politique aux Etats Unis, le mépris présidentiel pour la presse et pour la « vérité des faits », la levée de bouclier internationale suscitée par l’annonce de la construction du mur frontalier avec le Mexique (aux frais du consommateur américain), puis le bannissement des citoyens de 7 pays musulmans n’inquiètent pas le moins du monde les investisseurs : le « VIX » -le baromètre du stress à Wall Street- a inscrit le 27 janvier un nouveau plancher historique, à 10,30.

La 1ère semaine de la présidence Trump pourrait pourtant rappeler de mauvais souvenirs… certes un peu anciens puisqu’ils remontent 84 ans en arrière.

Certains lecteurs nous reprocheront de franchir le « point Godwin » dès le premier paragraphe évoquant Donald Trump mais de trop nombreuses concordances avec un certain 30 janvier 1933 sont troublantes.

Combien de temps les marchés -et le « VIX »- montreront-ils autant de complaisance envers Donald Trump, lequel respecte -certes- ses promesses mais ne se sent tenu de respecter aucune forme de « véracité » dans son discours concernant des faits économiques, sociétaux ou environnementaux.

Tous les traités commerciaux doivent être renégociés car les USA se sont fait voler leur croissance (d’où la multiplication par 3 des indices US en 8 ans ?)… mais parallèlement, il a promis d’amnistier les multinationales qui ont délocalisé massivement la production et laissé leurs bénéfices prospérer depuis 3 décennies dans des paradis fiscaux.

Est-ce Pékin, est-ce Delhi, est-ce Mexico City qui ont obtenu l’implantation d’usines textiles, d’électro ménager, d’électronique américaines sur leur sol au prix d’un odieux chantage auquel auraient cédé une succession d’administrations démocrates comme républicaines, naïves et corrompues ?

Il promet de rétablir la grandeur -bafouée- de l’Amérique… mais à quelle « Grande Amérique » fait-il référence ?

A celle des « Pères Fondateurs » ? A celle du « Grand Sud » esclavagiste qui apportait la prospérité à une nation encore pré-industrielle ? A celle du Maccarthysme qui enraya les visées hégémoniques soviétiques en bannissant toute forme de communisme sur son propre sol, en poussant la paranoïa jusqu’à contraindre Charlie Chaplin, l’auteur de la plus puissante et prophétique charge d’Hollywood contre le fascisme (« Le dictateur ») à s’exiler vers la Suisse ?

Donald Trump enchaîne les décisions brutales, absurdes, inhumaines, et elles sont appliquées sans état d’âme par une partie de l’administration US qui « fait son boulot », l’autre étant terrorisée à l’idée de se voir dénoncer et virer comme « traîtres à la patrie » par un tweet présidentiel vengeur, téléguidé par l’ultraconservateur xénophobe assumé Stephen Bannon.

Nombre de ses positions politiques et déclarations choc comme patron de Breitbart News ne sont pas sans rappeler un chef de la propagande de sinistre mémoire : le commentateur de la chaîne Fox News -le pourtant très conservateur Glenn Beck- l’a surnommé « Goebbels ».

Les jours passent et loin d’arrondir les angles, Donald Trump se démarque résolument de la ligne « Mike Pence » (le vice-Président sensé réconcilier Donald Trump avec le « système » et rassurer l’aile plus modérée des Républicains) pour s’aligner sur celle de Mr.Bannon et peut-être d’autres conseillers « radicaux » que nous allons devoir apprendre à connaître… parce que ce sont eux -et non les artisans du compromis- qui ont pris les rênes et qui mènent le jeu.

Wall Street semble pardonner toutes les outrances et la stratégie de rupture de Donald Trump sous prétexte qu’il est pro-business et qu’il a promis de dénouer l’écheveaux législatif qui entraverait les milieux d’affaires.

Donald Trump veut remettre -au besoin par décret- le « bol de punch » fiscal au centre de la salle de bal, supprimer les limitations de vitesse sur les autoroutes financières (il s’est félicité de voir le Dow Jones passer la barre des « Mach 20 »).

Il entend lancer un programme de grands travaux à 1.000Mds$ comme il déciderait de changer la moquette du bureau ovale, il a promis de déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv vers Jerusalem comme s’il s’agissait de transférer le service marketing de la Trump Corporation dans une tour qu’il possède juste en face, de l’autre côté de la 5ème avenue.

Le Congrès US se retrouve réduit depuis 2 mois au rang de spectateur impuissant.

La méthode de gouvernance Trump évoque furieusement le « fait du prince ».

Mais il s’avère bien moins pressé de mettre fin à des injustices (creusement des inégalités, discriminations) que d’en découdre avec ceux qui le critiquent (notamment les médias), ou de marginaliser les représentants de « l’ordre ancien ».

Mission accomplie avec la démission massive des cadres néoconservateurs du Département d’Etat, l’équivalent de notre Quai d’Orsay (certains s’étant vanté d’avoir orchestré le coup d’état du Maïdan à Kiev il y presque 3 ans).

Tout ce qui précède aurait pu alarmer Wall Street il y a 8 ans… mais au bout de 8 ans de « quantitative easing » tous azimuts (USA, Asie, Europe), au bout de 8 ans d’opium monétaire, le spectacle de la Présidence Trump semble faire autant d’effet aux acteurs du marché qu’un documentaire animalier consacré aux colibris diffusé à 3 heures du matin.
Tant que la liquidité continue de se déverser (BCE, BoE, BoJ, PBOC continuent d’injecter à flux tendu), les robots continuent de les allouer aveuglément à la seule classes d’actifs qui surperforme toutes les autres depuis 2009.

Tout cela ne forme pas une gracieuse bulle d’air mais plutôt une sorte d’épaisse bulle de magma qui se fraye inexorablement un chemin à travers la croûte terrestre.

Le marché, anesthésié par l’opium monétaire, ignorait jusqu’à présent les micro secousses, il ignore depuis 9 mois une série de séismes majeurs (Brexit, défaite d’Hallary et des « Néocons », flambée des taux longs, avertissements du FMI concernant la décomposition de la dette grecque) : tout finira par une énorme explosion de lave mêlée de gaz incandescents quand elle atteindra la surface, la pression des roches se relâchant brutalement, sans rien pour l’arrêter.

Nous risquons d’assister à une sorte de Pompei financier : des colonnes de cendres obligataires (bons du Trésor carbonisés) obscurcissent déjà l’horizon mais l’empereur Trump se félicite du spectacle des éclairs qui illuminent le sombre panache s’échappant du Vésuve.

Pas de souci : il a déjà publié un tweet décrétant qu’un Dow Jones à 20.000Pts sur fond de taux à 2,5%, c’est de bon augure.

Mais le volcanisme, ça le connait : il a du assister au couronnement de la sulfureuse Miss Napoli à la fin des années 90 !

 

Ph Béchade

3 réponses
  1. emmanuel
    emmanuel says:

    Philippe.
    Laissons le méga volcan exploser pour purger toutes les bulles et le reste…
    Il n’y a plus que cela à faire.
    Donald Duck arrive au termes d’un Long processus d’auto destruction dans lequel les USA et leur conception du capitalisme sont inscrits.

    Donald Duck souhaite prendre clairement parti dans la guerre entre Sunnite et Chiite.
    On parle à présent de front Américano Sunnite pour contrer la monter en puissance des Chiites…
    Des jeux d’alliances très clairs se dessinent. Au moins aussi clair que ceux de la poudrière des Balkans d’avant la première guerre mondiale.
    Il espère qui plus est malgré tout se rapprocher de la Russie,
    Avec son décret anti Chiites en barrant l’accès des USA aux Chiites, ce rapprochement est mort avant d’avoir existe.
    Pourquoi me semble il, Donald Duck attaque bille en tète avec le Moyen Orient et bientôt avec la Chine.
    Son Administration est tout simplement parfaitement consciente du levier trop court dont elle dispose pour régénérer le rêve Américain. Mandat que lui ont donne ses électeurs.
    1,6% de croissance en 2016 et ce Chiffre va être révisé à la baisse.
    Et en 2017 moins de 1%, c’est ce a quoi il faut s’attendre.
    Et il n’y Aura pas de miracle Donald Duck…
    Bientot la Chine avec un bouc emissaire deja trouve. Les ourviers Americains ont perdu leurs emplois a cause des Chinois.
    En fait le responsable sont les Actionaires Americains qui pour faire exploser leur rente ont delocaliser massivement leurs outils de production en Chine.
    Et s’il y a relocalisation elle se fera avec une equation assez simple: un ouvier Chinois et ou Mexicain remplace aux USA par un Robot…
    Et le tout sera finance avec du Dumping fiscal.
    Autrement dit la rente des rentiers super riches va encore exploser.
    A moins que un extremum purge le Systeme.
    Et nous n’en sommes pas loin…

  2. fred1903
    fred1903 says:

    Je l’admire Donald TRUMP car il emmerde tout le monde. Nous on a des FILLON MACRON MELANCHON HAMON concon et consorts..

    Et puis c’est bien Donald TRUMP permet de croire a nouveau a la fin du monde.

  3. Tom
    Tom says:

    L’ouragan Trump va remettre de l’ordre et redonner un pouvoir absolu aux états unis, je n’ai aucune inquiétude à ce niveau, tout le reste c’est du bla bla pour vendre des lettres d’information financière.
    La dette US va être absorbé par la remontée en puissance des états-unis au détriment de tous les émergents sauf peut être la Russie dont Trump à besoin.
    Quant à l’Europe, elle suivra la voie de l’Angleterre aux ordre des USA, l’allemagne capitulera (une seconde fois) et se taira. La Russie se liera à nouveau avec les pays de l’Est (à l’exception peut être de la Pologne). La France se remettra sérieusement au travail en se focalisant sur l’entrepreneuriat et l’innovation.

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