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Quand Janet et Mario se lâchent

Ce qui est intéressant, c’est que l’on passe des jours entiers à se tourner les pouces depuis deux semaines et tout d’un coup, tout se passe dans la même journée ; Yellen est de sortie, Draghi s’emporte au Portugal, le FMI donne son avis éclairé sur l’économie et les flics européens collent des amendes. Quand on voit ça, on se demande s’ils ne pourraient pas se concerter avant et répartir un peu mieux leurs communications. Être un peu moins égoïste et rendre nos journées un peu plus distrayantes.

 

On ne va pas se plaindre non plus, puisqu’un lecteur me disait justement hier : « de toute façon, tu passes ton temps à dire qu’il ne se passe rien ». Ce n’est tout de même pas de ma faute s’il NE SE PASSE RIEN. Mais au moins hier, il s’est passé quelque chose.

Dans l’ordre, Mario Draghi était au Portugal et dans le cadre de son discours du jour, il a déclaré que l’Europe avait encore besoin d’un stimulus « CONSIDÉRABLE ». Jusque-là, on peut l’interpréter de deux manières différentes, c’est selon l’état d’esprit.

On AURAIT pu se dire que s’il continuait à stimuler l’économie, c’était chouette, parce que les injections monétaires allaient continuer à pousser la bourse vers le haut. OU ALORS, et c’est ce qu’on a fait, on s’est dit que : 1) ça voulait dire que l’économie n’allait pas aussi bien qu’on l’espérait (et que c’était pas bon) – il faut dire que la dernière fois il avait dit que l’Europe avait besoin d’un stimulus « TRÈS SUBSTANTIEL » – autant vous dire que dans le monde merveilleux de la finance, la différence entre considérable et très substantiel, ça fait mal, relativement mal. On passe de « tout va bien » à « on va tous mourir » en l’espace de quelques minutes. En 2) on se dit que ça va renforcer l’Euro, que si l’Euro se renforce, les exportatrices vont exporter plus cher donc vendre moins par rapport à la concurrence qui ne souffre pas de la force de l’Euro mais qui bénéficie de la faiblesse du dollar.

Vous me suivez ?

Bref, pour faire simple, hier on aurait pu monter parce que Draghi allait encore nous donner un coup de main, ou on aurait pu baisser parce qu’on en a marre de voir une économie assistée. On a choisi la seconde solution, en plus on est tellement haut que ça donnait une excuse pour prendre les profits. Et puis, en analysant bien son discours on avait l’impression qu’il allait nous donner encore des coups de pouces, mais que quand même, un de ces jours, il allait nous enlever les petites roues à l’arrière du vélo et nous laisser nous débrouiller seuls.

Ensuite il y a eu les flics européens de la brigade anti-trust qui a collé une amende de 2.7 milliards à Google pour « abus de position dominante » leur reprochant d’avoir utiliser leur moteur de recherche pour diriger les consommateurs en direction de certains shops plutôt que d’autres. Sans blague ? Les super-flics viennent de comprendre le principe. Demain ils vont nous annoncer que l’eau ça mouille et ils vont trouver un responsable pour ça.

Du coup Google a baissé et tout le secteur techno baissait pour fêter ça, ça faisait une justification pour sortir du secteur pour ceux qui n’avaient pas profité du rapport de Goldman Sachs il y a un mois. Les FAANG’s ont passé une sale journée, Netflix en tête qui perdait 4% et Facebook 2%, malgré les délires mystiques de Zuckerberg qui a déclaré que Facebook pouvait créer des communautés « comme l’église l’a fait en son temps » – oui en effet, on voit comme les religions ont été bénéfiques pour l’humanité dans l’histoire, ça rassure de se dire que Facebook peut faire pareil. En même temps, si les « communautés » en question pouvaient se détester par « pokes » interposés plutôt qu’en se faisant péter dans les gares, nous en serions fort aise.

Bref, la techno s’est faite allumer hier.

Ensuite il y a eu le fait que le Sénat Républicain – les potes à Trump (en théorie) aient décidé de suspendre le vote sur la loi sur la santé, parce que cette dernière allait laisser trop de pauvres sans couverture médicale. Au-delà du fait que cette loi, qui doit remplacer Obamacare, a été écrite avec les pieds par l’équipe de Trump – selon certains – c’est également une grosse remise en question pour Trump et sa politique qui semble montrer ses limites, puisqu’incapable de passer la moindre loi même dans son propre camp politique.

De là à dire qu’il ne sert à rien, il n’y a qu’un pas que même François Hollande n’avait pas franchit aussi vite.

Bref, la loi sur la santé ne sera pas votée avant le 4 juillet. Entre deux, va falloir faire autre chose que jouer au golf et rouler sur les putting green en voiturette de golf.

Ensuite, il y a eu le FMI. Alors le FMI on les adore. On les aime très fort parce qu’ils ne foutent rien de l’année, mais tous les trois mois, ils balancent un de leur économiste sur un podium avec un discours tellement nul que par moment on se demande même si ce n’est pas l’équipe de Trump qui s’en occupe le week-end. Hier ils ont dit que les risques pour l’économie américaine étaient «plus importants que d’habitude étant donné les incertitudes légales et politiques » et que « même avec une constellation idéales de mesures en faveur de la croissance prisent par le gouvernement, il semble peu probable que cela augmente la croissance de plus de 1% ». La dernières fois, il y a six mois, ils nous avaient sorti un truc comme quoi le marché était trop cher, que la neige était trop dure et que ça ne pouvait plus aller en avant. Donc là on peut raisonnablement se demander si quelqu’un ne pourrait pas leur demander de la fermer, parce que mis à part brasser de l’air, c’est plutôt inutile.

Mais la journée n’était pas terminée ! En conclusion nous avons eu Williams, sous-fifre de Yellen, qui a dit que la bourse montait sur des « vapeur d’essence » – MAIS on se demande vraiment QUI LEUR écrit les discours – ensuite, Yellen a parlé pour dire que les valorisations des actions étaient quelque part « pas bon marché » et rajoutait – pour sauver les meubles – qu’il n’y aurait pas d’autre crise financière aux USA « dans cette vie-là », sans préciser si elle parlait de SA vie à elle – ou d’une vie d’homme en général, ce qui pourrait vouloir dire deux choses différentes. En même temps, comme on a une vision à 14 minutes, si elle parle d’au moins 20 ans, on est tranquille.

Bref, toutes ces nouvelles on fait que les marchés n’ont pas aimé, que la techno s’est faite démonter, que les USA on terminé en baisse de 0.8% sur le S&P500 et de 1.6% sur le Nasdaq, que l’Europe reculait de 0.8% – encore heureux, le pétrole a choisi de rebondir hier et le fait qu’il se traite ce matin à 44 dollars et des poussières, met un peu de baume au cœur des traders et moins de pression sur les marchés.

À noter encore qu’hier hier matin un abruti a balancé 1.8 millions d’onces d’or dans le marché en une minute, ce qui a mis la pression sur le métal jaune, l’a fait casser les 1240$ et créé un brève panique. Tout est rentré dans l’ordre, puisque la pression ambiante sur les marchés boursiers a poussé les intervenants à aller se planquer sur l’or. L’or qui se traite à 1252$ ce matin. L’honneur est sauf.

Ce matin le Nikkei et Hong Kong reculent tout deux de 0.3% en honneur de la baisse sur les techs d’hier soir. La Chine ne fait rien et tout le monde parle de la volatilité qui est subitement remontée de 13%, sur les 11% – chose qui n’était plus arrivée depuis le 17 mai… Super impressionnant. Je ne sais pas si je vais supporter la violence psychologique induite par un mouvement aussi fort et si le fait de voir remonter la « vol » au-dessus des 10 va être supportable pour la communauté financière qui s’était habituée au fait que l’on ne fasse rien.

Dans les nouvelles du jour on revient sur les déclarations de nos deux banquiers centraux préférés. On nous annonce que Samsung est sur le point de devenir le premier fabricant au monde de semiconducteurs, volant la vedette à Intel qui est sur la plus haute marche du podium depuis l’avènement du Commodore 64 ou presque. Et puis Dan Loeb s’autocongratule puisque 48 heures après avoir pris 1% de participation dans Nestlé, le fabricant des saucisses Herta a annoncé un rachat d’actions à hauteur de 21 milliards. Ça fait tout de même une quantité astronomiques de boîtes de chocapic vendues pour trouver l’argent.

À noter qu’une nouvelle « CyberAttaque » s’est répandue dans plusieurs grosses compagnies, telles que Rosneft ou encore Merck. Je pense que le business dans le secteur a des beaux jours devant lui, on peut même se demander si ça ne les arrange pas tout ça. Le Barron’s est bullish sur Alibaba et parle d’objectif à 200$, ils aiment bien Merck, pas à cause de la « CyberAttaque » d’hier, mais parce que son nouveau médicament pourrait envoyer l’action au plus haut de tout les temps. Leur technicien pense que le marché devient très très moche et qu’il faut se méfier, ça pourrait baisser, mais dans le cas contraire, attention à la hausse. Et puis pour terminer on notera que la Biotech a été une des grosses victimes d’hier, avec des prises de profits massifs après la hausse de ces derniers jours, mais le break-out long terme est fait et puis c’est tout.

On retiendra aussi que le Musée de la Finance vient d’ouvrir à Zurich. Ça fait plaisir de voir que l’on a tout de même une mémoire dans ce monde-là. Nous qui généralement oublions ce qui c’est passé y a deux jours. Et pour terminer, Facebook a atteint les 2 milliards de « membres ». Je ne ferai pas de commentaires, mais visiblement, même le fait que j’ai quitté la plateforme et que je tente de me désintoxiquer n’aura pas entravé la marche en avant de Zuckerberg et de ses communautés.

Côté chiffres économiques, il y aura le ZEW en Suisse, la confiance du consommateur en France, le M3 Money Supply en Europe, les pending home sales aux USA et les inventaires pétroliers.

Pour le moment, les futures sont en baisse de 0.12%, mais les futures Nasdaq sont en baisse de 0.4%, laissant supposer que la tech et nos amis les FAANG’s sont toujours sous pression, ce qui n’est pas très gentil parce que demain l’iPhone aura 10 ans, on pourrait rêver mieux.

 

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