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Le mystère de l’inflation

Nicolas Chéron pour Binck.fr

 

 

Des milliers de milliards d’Euros, de Dollars et de Yen ont été déversés par les banques centrales depuis la crise financière de 2008 afin de soutenir les marchés, d’endiguer la crise et de faire remonter l’inflation dans les différentes zones économiques. A la suite de ces injections massives et de politiques de taux bas, les marchés ne se sont jamais aussi bien portés, la crise a été reportée mais l’inflation n’arrive pas à se reprendre, ce que Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale américaine (Fed), considère comme temporaire.

Théoriquement, il existe une relation entre activité économique et inflation. Lorsque l’économie croît et que le chômage baisse, les salaires et les prix des entreprises sont censés augmenter, engendrant ainsi la fameuse inflation. Mais le système semble ne plus fonctionner comme par le passé et plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène.

Selon certains experts, le problème de l’inflation est structurel. La technologie a permis de faire baisser les prix. Aussi, le panier moyen des ménages tel qu’il était considéré dans l’indice des prix ne vaut pas plus que ce qu’il coûtait il y a quelques années. D’autres économistes, du Fonds Monétaire International (FMI) notamment, avancent l’idée que la montée des temps partiels, la concurrence des salaires et le manque de visibilité des entreprises empêchent les hausses des salaires, ce qui bloque une remontée durable de l’inflation. Autrement dit, il se pourrait que l’inflation ne remonte plus… ce qui signifierait que les politiques monétaires en place seraient devenues inefficaces. Pire encore, des phénomènes de bulle pourraient apparaître.

En effet, parce que l’inflation n’arrive pas à atteindre l’objectif clé de 2% fixé par les principales banques centrales des pays développés, ces dernières allongent les périodes de soutien, en attendant que les salaires progressent. Le problème dans cette situation est qu’elle pourrait engendrer de l’instabilité financière voire des bulles. Même les banquiers centraux en parlent désormais, en essayant de dédramatiser la situation. Selon Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne (BCE), il n’existe pour l’instant pas de risque systémique mais simplement « un danger » à surveiller.

Afin de nous faire notre propre opinion sur la situation et de juger si oui ou non nous sommes en situation de bulle, des ratios peuvent être étudiés comme le Shiller PE ratio. Ce ratio inventé par le professeur Robert Shiller de l’université de Yale permet de mesurer la valorisation des marchés afin de déterminer si cette dernière est élevée, voire en situation extrême de bulle, ou faible et donc attractive. Or, selon cet indice (ci-dessous) il se trouve que la valorisation du S&P 500 est désormais plus élevée qu’en 1929 et 2008 lors de crises majeures. La question de la création d’une bulle se pose donc légitimement.

 

Shiller PE ratio de 1880 à 2017

nc01-07nov2017

Source : multipl.com

 

Une bulle spéculative ou bulle de prix est une hausse excessive et artificielle du prix d’un actif ou d’un ensemble d’actifs sur un marché. La naissance d’une bulle résulte d’une combinaison de facteurs dont des conditions macroéconomiques apparaissant comme favorables, une expansion des crédits à faible taux d’intérêt et une spéculation accrue de la part des opérateurs dans le but de réaliser une plus-value rapide à la revente. Difficile dans la situation actuelle de ne pas penser à la hausse parabolique en cours de l’indice directeur américain, le S&P 500, qui a quadruplé en l’espace de 8 ans (graphique ci-dessous).

 

Evolution du S&P 500 en données annuelles depuis 1950

nc02-07nov2017
Source : ProRealTime du 23/10/2017

 

En d’autres termes, les banquiers centraux se trouvent désormais face à un dilemme de taille. Soit ils décident de continuer à soutenir l’activité économique, avec des taux bas et de l’assouplissement quantitatif (QE), en espérant que l’inflation remonte et en prenant le risque d’une accentuation d’un phénomène de bulle apparent. Soit ils arrêtent progressivement les mesures de soutien, afin de réduire les risques financiers, au risque de freiner l’activité et d’engendrer une période d’incertitude sur les marchés.

Dans le premier cas, une politique jusqu’au-boutiste pourrait engendrer une bulle puis son éclatement ce qui aurait des conséquences désastreuses pour les actifs risqués et les économies. Dans le second, une correction baissière de nombreuses classes d’actifs inflatées artificiellement pourrait prendre forme, ce qui serait potentiellement préférable car moins violent. Il ne nous reste plus qu’à espérer que les banquiers centraux qui expérimentent les politiques de taux bas et d’injections de liquidités pour la première fois de l’Histoire, sachent ce qu’ils font. Quant aux investisseurs, ils suivront avec attention les données de l’inflation en Europe et aux USA dans les mois à venir afin d’entrevoir l’évolution des politiques monétaires à venir et de constater si oui ou non ces dernières auront enfin porté leurs fruits.

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