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La Commission européenne sonne le glas du diesel

Après 9 ans d’avertissements sur nos dépassements des normes de qualité de l’air, la Commission européenne sonne le glas du diesel en renvoyant la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne devant la Cour de justice de l’Union Européenne afin que ces Etats Membres puissent justifier de leurs non-actes sur la pollution de l’air ces dix dernières années.

Cela fait en effet plus de 10 ans en effet que les niveaux de dioxyde d’azote (NO2) à Paris dépassent de plus de 100% la norme de qualité de l’air.

Tous convaincus que le diesel allait sauver l’Humanité voire la Planète, la plupart des Etats Membres avaient décidé au début des années 2000 d’encourager la vente de cette motorisation « écologique », qui non seulement n’a pas fait baissé d’un iota nos émissions de CO2 du transport, mais en prime nous a gratifié de ses émissions polluantes avec un cocktail détonant de particules fines et d’oxydes d’azote.

Subventionner avec l’argent du contribuable des dizaines de milliers de morts prématurés chaque année dans son propre pays pour soi-disant sauver la Planète, on peut difficilement fait pire en terme de politiques publiques.

On pourra toujours essayer de se rassurer (ou pas) en se disant que nous n’étions pas les seuls puisque même le paradis de la voiture électrique, la Norvège, y avait cru : elle nous avait d’ailleurs piqué notre place de champion d’Europe du diesel en 2007, 2010 et 2011 avec plus de 75% des ventes de voitures neuves, contre moins de 10% sept années plus tôt.Bien évidemment, certaines mauvaises langues ne se feront pas attendre pour nous expliquer qu’il faudra envoyer la facture à Angela Merkel et ses centrales à charbon mais si nous avons effectivement le plaisir de temps en temps de respirer quelques particules venues d’Outre-Rhin, le dioxyde d’azote (NO2), lui, ne voyage pas : il est émis localement par les véhicules diesel à hauteur de 75% à Paris selon Air Parif.

Et c’est parce que le NO2 est un polluant local émis à 75% par les véhicules diesel que cette décision sonne le glas du diesel : en effet, si l’on interdisait purement et simplement la circulation de toutes les voitures et des camionnettes diesel dans Paris, nous serions toujours hors-la-loi !

En effet, les véhicules légers sont responsables de 43% des émissions, et donc aussi des concentrations, en dioxyde d’azote et nous dépassons la norme de plus de 100% : en supprimant moins de la moitié de la pollution, nous n’y sommes donc toujours pas : 91 µg/m³ – 43% = 52 µg/m³ (> 40 µg/m³ = norme européenne sur le NO2).

Bien évidemment, certains Etats Membres, comme la France, seront tentés de mettre en place une prime à la conversion pour encourager le remplacement des diesel les plus anciens par des diesel plus récents, mais l’impact sera vraisemblablement limité pour ne pas dire nul étant donné que les diesels récents Euro 5 sont pires que tous leurs ancêtres – Euro 1 à Euro 4 – en ce qui concerne les émissions de NO2.

Les Etats Membres réaliseront donc dans les prochains mois que la seule alternative crédible pour faire vraiment baisser les niveaux de dioxyde d’azote est l’interdiction des voitures diesel en ville, et qui dit interdiction des voitures diesel en ville dit fin des voitures diesel tout court.

Hambourg sera d’ailleurs la première ville européenne contrainte par la justice à interdire dans les prochains jours la circulation de 80 % des voitures diesel sur l’un des axes les plus pollués.

Nicolas Meilhan

PS: pour ceux qui sont intéressés par cette problématique complexe de la pollution atmosphérique, je vous invite à visionner ce débat de fond de 1h30 avec Serge Orru, conseiller auprès de la Maire de Paris et Gilles Dixsaut, praticien hospitalier à l’APHP, membre du Comité Stratégique de la Fondation du Souffle, sur ses causes et les solutions à mettre en œuvre.

3 réponses
  1. Marc
    Marc says:

    Ce qui prouve bien que les fameuses « recommandations » de la Commission ne sont pas de simples suggestions mais bien des obligations comme l’affirmait un candidat à la présidentielle en 2017 !

  2. Fred
    Fred says:

    La France a encouragé le Diesel pendant des décennies à travers nos constructeurs nationaux spécialistes Diesel, du cadeau fiscal sur le carburant, …
    L’évidence que ce type de motorisation est un poison pour l’environnement, notre santé, le bruit dans les villes me semblait une évidence depuis longtemps.
    La collectivité (nous !) va payer plusieurs fois le tribut de ce laxisme : maladies, subventions pour aider les diésélistes à sortir de leur addiction.
    Merci l’Europe sur ce sujet.

  3. Stéphane Prot
    Stéphane Prot says:

    le diesel doit être utilisé en dehors des villes. l’alignement du prix des carburants fera peut-être comprendre qu’il n’y a aucun intérêt à avoir un véhicule polluant et bruyant

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