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30 mois de gestation pour 9 secondes d’extase…

 Oui je sais, c’est une inversion des durées d’un goût douteux… mais est-ce plus douteux que le procédé consistant à orchestrer des « fuites » la veille de la conférence de presse de la BCE, ce qui visait à mettre délibérément  les marchés sur une fausse piste afin de ménager un « effet de ravissement », lequel s’est conclu par un véritable orgasme boursier et obligataire.

Je fais référence à ces fameuses 9 secondes, celles qu’il a fallu à Mario Draghi pour prononcer la phrase « la BCE a décidé de mettre en œuvre un programme de rachat de 60MdsE par mois durant 18 mois ».

Il n’a fallu alors que 9 dixièmes de secondes aux investisseurs pour calculer que cela correspondait à l’injection d’un montant de 1.140MdsE entre mars 2015 et septembre 2016.

Un « shoot » monétaire massif qui ne concerne que le système circulatoire des banques en prise directe avec le réseau de cathéters de la BCE.

Petits emprunteurs particuliers qui avez du mal à finir le mois, chefs d’entreprises de type TPE/TPI se débattant avec les impayés et les derniers « avis avant saisie » de l’URSSAF,  épargnants sevrés de rendement depuis 2009, toute cette bonne came n’est pas pour vous.

D’abord parce que votre organisme n’a pas été accoutumé à un soudain déferlement d’argent facile et totalement gratuit (vos découverts sont facturés 10% et plus, imaginez que la trésorerie ne vous coûte soudain que 0,05%: votre pauvre petit cœur fragile n’y résisterait pas), ensuite parce que vous ne sauriez pas quoi en faire d’utile.

Ce serait même dangereux… parce que sous le coup de l’émotion, vous pourriez être tentés de vous désendetter ou d’envisager de nouveaux investissements aux retombées aussi lointaines qu’ incertaines.

Les banques veillent soigneusement à ce que de telles folies de ne soient pas commises par des béotiens: depuis les premiers LTRO de fin 2011 début 2012, le système bancaire est littéralement inondé de liquidités, à toute heure du jour comme de la nuit et y compris les jours fériés.

Un emprunteur qui aurait des projets sensés -comme de racheter des start-up à 1.000 fois leur chiffre d’affaire, ou un concurrent à prix d’or, ou ses propres titres, comme de monter un hedge fund spéculatif -de type Everest Capital- avec des leviers de 500 sur le Forex pour vendre à découvert du franc suisse, comme se lancer dans le carry-trade Euro-Dollar afin de financer des achats d’emprunts « high yield » (limite junk bonds)- oui, ce genre d’emprunteur peut se voir mettre à sa disposition séance tenante des financements illimités depuis plus de 3 ans par la BCE.

Il n’y a qu’à demander, la taille de l’opération n’est pas un problème: à la limite, si c’est trop modeste, c’est presque suspect.

Mais au fait, puisque le système fonctionne de la sorte depuis 5 ans aux Etats Unis, depuis 21 ans au Japon, à quoi peut donc servir un « QE » de 1.080MdsE ?

Le problème ne réside pas dans le manque de liquidités (les 2 premiers LTRO de la BCE ont été des flops retentissants, ceux de l’automne dernier furent encore plus calamiteux), ni dans un coût de l’argent trop élevé (politique de taux zéro depuis 2009 aux Etats Unis, depuis 1994 au Japon, depuis 2010 en Europe).

Alors, que cherche à faire la BCE ? Elle s’était montrée insurpassable dans l’art de combler d’aise les marchés en faisant juste dépasser le haut de la seringue de sa blouse… que va t’elle obtenir de ses patients maintenant que le taux de morphine monétaire qui coule dans leurs veines dépasse celui des globules rouges ?

Je ne vois pas d’autre explication probante que la peur de se faire lyncher par les « junkies » qui tressent les lauriers de toute banque centrale qui entretient leur addiction : Mario Draghi se voyait sommé de déclencher un ultime « effet de flash » au profit de la ploutocratie ultralibérale mise en place sous Reagan et qui s’est emparée de tous les leviers économiques sous Bill Clinton pendant qu’il était trop occupé à se dépêtrer du « Monicagate ».

Les marchés peuvent adresser un grand merci rétrospectif à Lawrence Summers, Robert Rubin, Alan Greenspan, et quelques autres héros de la machinerie ultra-libérale/libertarienne un peu moins célèbres et plus tardifs comme Angelo Mozilo, Hank Paulson, Tim Geithner sous W.Bush version 2.0).

En ce qui concerne le « QE » dévoilé en ce jeudi d’allégresse du 22 janvier 2015 il facile de comprendre quelle substantifique moelle les marchés comptent en tirer  : si l’efficacité sur l’inflation est impossible à déterminer, une nouvelle décrue des taux longs semble quasi certaine (les OAT affichent 0,55%, les Bunds 0,33%, les « bonos » 1,25%), ce qui génèrera encore de substantielles plus values liées à l’appréciation de la valeur nominale des bons du Trésor détenus en portefeuille (bulle obligataire oblige).

Et  il est facile d’identifier à qui cela va bénéficier: la liste des plus fortes hausses de l’Euro-Stoxx600 puis du « S&P500 » jeudi soir fut éloquente.

Les 10 principales valeurs financières du « S&P » figuraient jeudi soir aux avant postes :Regions Financial +5,4%, Bank of America +4,4%, Citigroup +3,8%, Wells Fargo ou Zions Bancorp +3,3%, JP Morgan et Travellers +3%, AIG +2,85%,Morgan Stanley +2,3%.

Les Banquiers Centraux ont déclaré une guerre planétaire contre le rendement des prêts consentis aux Etats: cette stratégie est également baptisée « répression monétaire ».

Non content de voir son niveau de vie sombrer inexorablement -malgré une inflation officiellement négative, fruit d’une méthode de calcul scélérate-, c’est bien chaque épargnant qui assume au final tous les risques d’insolvabilité des emprunteurs institutionnels.

Ce principe a été confirmé par la non-mutualisation de 80% des encours obligataires -l’essentiel étant racheté par chaque banque centrale nationale- et les 20% restants à concurrence de la pondération relative de chaque état dans le PIB de l’Eurozone: le contribuable est le garant en dernier ressort d’une banque centrale sur laquelle il ne peut exercer aucun contrôle d’aucune sorte… et se voit en outre privé de toute rémunération.

Les organismes qui gèrent la future retraite des salariés allemand constatent que 73% de la totalité du stock de dette déjà émis ou en cours d’émission par la Bundesbank dégagent une rémunération négative (c’est désormais du 100% pour les dettes souveraines helvétiques entre 1 mois et 10 ans)… et la France n’est pas en reste avec des OAT qui « coûtent aux créanciers » sur des maturités de 1 mois à 5 ans.

C’est au final la « triple peine » pour une majorité de citoyens européens puisque la monnaie qu’ils utilisent se déprécie également dans le cas où ils tenteraient de diversifier leurs investissements à l’étranger.

Et pour reprendre l’une des plus célèbres pétitions de principe d’une icône insurpassable du panthéon ultralibéral -Margareth Thatcher-, les banques centrales et leurs obligées somment les épargnants d’acheter des actions -celles dont les 1% les plus riches détiennent 80% du stock- car « il n’y a pas d’alternative ».

 

Comment voulez-vous que les ultra-riches se sortent du guêpier de la bulle boursière dont les banques centrales ont orchestré le gonflement démesuré si les pauvres et les « un peu moins pauvres » ne leur rachètent pas leurs actions au zénith et à des niveaux de valorisation surréalistes ?

Les 3 premiers « QE » de la FED auraient déjà dû provoquer cette grande rotation sectorielle des obligations vers les actions !

Les opérations « corne d’abondance » (ou « open bar sur les liquidités ») ont toujours débouché sur ce type de résultat: les pauvres achètent au plus haut ce que les riches ont acheté au plus bas.

Mais depuis 5 ans, malgré des marchés financiers administrés « façon Corée du Nord » -et pour des raisons incompréhensibles- cela ne fonctionne pas.

J’émets une hypothèse complètement stupide: la théorie du ruissellement -de l’ultra-richesse jusque vers les plus couches de la population les plus déshéritées- est une gigantesque escroquerie intellectuelle qui se fracasse sur la réalité de l’avidité inextinguible et l’égoïsme rationnel de ceux qui confisquent à leur seul profit les milliers de milliards de fausse monnaie imprimée par les banques centrales (voir le rapport Oxfam qui met en évidence le doublement de la richesse des « 1% » depuis 2009 et la paupérisation symétrique de 50% de la population mondiale).

Bref, au grand jeu du Monopoly planétaire, les pauvres et les classes moyennes se sont fait ratisser par la ploutocratie politico-financière, car comme l’explique si bien Warren Buffet, ce sont les ultra-riches (les « 1%)  qui ont tout gagné: fin de la partie… game over.

Je vous avais prévenu: c’est une hypothèse complètement « abracadabrantesque ».

Mais pas autant que le recours à des politiques monétaires expérimentales dont les savants fous -sur lesquels les peuples n’ont aucune prise car ils ne sont ni élus, ni justiciables, ni révocables- ignorent comment enrayer les réactions en chaîne imprévues… et plus encore quel en sera le résultat final.

En ce qui concerne le résultat provisoire, il met en extase les « 1% »… et expose les 99% restants à la désintégration du système monétaire mondial.

 

Ph. Béchade

7 réponses
  1. bougeote
    bougeote dit :

    Que faut-il faire de son épargne?
    Le dépenser!
    Faites la cigale. Comme disait Pierre Péchain: « qu’tu bouffes ou qu’tu bouffes pas tu crèves quand même! »

  2. Emmanuel
    Emmanuel dit :

    J’avais toujours compris ce que m Bechade raconte mais pas avec les termes techniques. En fait, les QE servent à enrichir les plus riches sur le dos et la sueur des plus pauvres qui voient leur dette augmenter. En gros, c’est un vol. Les pauvres ignorants ( dont je fais partie) ne comprennent rien à celà car l’économie et la finance sont devenues des sciences olcultes et grace aux puissants medias mainstream, ne peuvent qu’accepter leur condition d’esclave. Quelle difference avec l’esclavage d’antant puisque le résultat sur le gens est exactement le meme: obligation de se saigner jusqu’à la mort pour pouvoir manger. Notre monde est bien triste avec tout ces banquiers et tout ces financiers avides de richesse. J’espère que les pauvres, par je ne sais quel miracle comprendront un jour à quel point ils sont esclaves.

  3. emmanuel coussy
    emmanuel coussy dit :

    J’ai retenu 2 citations de Lincoln.
    A priori pour la premiere elle ne concerne pas les dirigeants politiques, economiques et monetaires…
    On patoge dans la mediocrite sans fin.

    « « Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps. »
    de Abraham Lincoln

    Pour la deuxieme c’est un fait. Mais par contre vous pouvez ruinez la classe moyenne active pour aider les riches rentiers.
    Ce que font les apprentis sorciers des banques centrales…

    « Vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche. »
    de Abraham Lincoln

  4. Emmanuel
    Emmanuel dit :

    Les échos titrent: » le coup de maître de Mario Draghi sur les marchés financiers ». Mais moi j’aurais pu faire celà car j’ai déjà au monopoly mais on a la encore la preuve que les médias mainstream ont le pouvoir de faire avaler n’importe quoi au bas peuple. Comme le dirait Gandalf:  » fuyez pauvre fou »!

  5. Pierre
    Pierre dit :

    Non seulement ils font un QE
    mais en plus les 80% pris en charge par les banques centrales des pays..
    >Un moyen de transférer les risques et de transformer les pays en kamikaze ?..

  6. Tulmo
    Tulmo dit :

    Pour répondre à la question de Lelay :
    – acheter des métaux précieux.
    – rembourser ses dettes
    – investir (panneaux solaires, pompes à chaleur, isolation,…)

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