L’oeil du Pro : L’alignement des planètes vaste blague

Olivier Delamarche, associé-gérant de Platinium Gestion et membre des Econoclastes.fr, livre face à Vincent Bezault son sentiment sur le potentiel des marchés Actions et l’alignement des planètes censé sous-tendre leur marche en avant.

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Les marchés Actions européens, toutes voiles dehors, signent un début d’exercice 2015 étourdissant. Stratégistes, gérants et investisseurs institutionnels glosent à l’envi sur un alignement des planètes favorisant l’ascension des marchés Actions européens. Cette rhétorique ne recueille pas vraiment l’assentiment d’Olivier Delamarche, associé-gérant de Platinium Gestion et membre des Econoclastes.fr.

Une amélioration discutable de la macro

Quand lui est opposée l’amélioration des données macro-économiques en Europe, avec notamment un recul du taux de chômage, Olivier Delamarche relativise aussitôt : « Quand vous venez de subir la chute [d’activité] qu’on a subie, le moindre aplatissement de la courbe fait que visuellement vous avez l’impression que ça remonte. Cependant, ce n’est pas cela qui justifiera aujourd’hui une reprise de la croissance, en tout cas celle qu’il nous faudrait pour nous sortir de là où nous sommes. »

Olivier Delamarche pousse même le scepticisme à discuter le sérieux des statistiques fournies : « On le voit en permanence, c’est de la petite statistique plus ou moins mal faite. Regardez les chiffres du chômage qui sont tombés récemment en France où évidemment on ne vous met que la catégorie A, on oublie la catégorie B et la C. On vous dit que [le nombre de chômeurs] a baissé de 19 000 unités et quand vous regardez de plus près il a augmenté de 15 000. On est toujours dans une politique de marketing. Il faut à tout prix montrer que ce qu’on a fait est bien. En plus il y a des échéances électorales un petit peu partout, on vous présente donc les choses d’une façon plutôt agréable. »

Mais la baisse de l’euro, du prix du pétrole et le QE de la BCE ne s’apparentent-ils pas à des étais de poids pour l’activité de la zone euro ? Une fois encore, Olivier Delamarche n’entend pas se conformer à une analyse consensuelle. « La baisse de l’euro ? Si l’on regarde un petit peu comment ça s’est passé et comment ça se passe dans les autres pays notamment au Japon, il ne s’agit pas forcement d’une très bonne nouvelle. »

Le mythe de l’effet dopant de la baisse du pétrole, selon Olivier Delamarche

Quant à l’effet dopant d’une baisse des prix du pétrole sur l’activité, il faut bien le chercher à en croire l’Econoclaste. « On nous a dit que la baisse du prix du pétrole allait nous rendre du pouvoir d’achat. (…) C’est archi-faux parce qu’il s’agit juste d’un déplacement de consommation. »

Et Olivier Delamarche de prendre l’exemple d’un ménage qui roule 15 000 kilomètres par an avec une voiture consommant 7L au 100 KM . « Avec la baisse du cours du pétrole, [son] gain est de 180 € par an » soit du 15 € par mois. « Je sais bien que pour certains cela représentera une somme, » ironise Olivier Delamarche « mais enfin tout de même ce n’est pas ça qui va nous relancer. En outre, cette somme vous allez la dépenser autrement. Dans votre budget ces 180 € ne sont pas 180 € de salaire en plus » qui seront juste utilisés différemment. « Soit vous allez en épargner une partie soit vous allez vous acheter une paire de basket. (…) Et si c’est une paire de baskets fabriquée en Chine, le PIB généré vous allez le filer à la Chine. »

Un QE stérile pour l’économie, juteux pour les banques

Quant au QE de la Banque Centrale Européenne, il ne trouve vraiment pas grâce aux yeux d’Olivier Delamarche. S’il constate la baisse des taux induite par le Quantitative Easing à l’européenne, l’associé-gérant de Platinium Gestion ne doute pas de l’inutilité d’une action qui ne conduit qu’à rendre les taux d’intérêt réels de certains Etats comme l’Allemagne plus négatifs qu’ils ne le sont déjà.

« Pourquoi se réjouir de cela ? » s’interroge Olivier Delamarche. Cela n’a absolument aucun intérêt. Est ce que cela vous incitera à investir pour créer une entreprise ? Bien sûr que non. »

Les seuls véritables gagnants de ce jeu ne seraient que les banques aujourd’hui incitées par la BCE à acheter des obligations européennes « puisque Mario Draghi a dit il y a déjà plusieurs mois messieurs [les banquiers] je vais vous racheter (.. .) des obligations [même] complètement pourries, et je vais vous les racheter plus cher que leur prix d’achat. Franchement, il faudrait être un demeuré pour ne pas le faire : vous achetez des obligations italiennes, portugaises, espagnoles, françaises et même allemandes et vous savez que vous avez un gars à qui vous allez amener toutes vos obligations et qui va vous les reprendre plus cher. Même le dernier des débiles sait qu’il va gagner de l’argent. »

« Est ce que ça va inciter les banques à prêter de l’argent à quelqu’un qui constitue un risque alors qu’elles ont une machine à cash [avec le QE] ? » poursuit Olivier Delamarche. « Pourquoi prendre des risques en prêtant à l’économie ? »

L’Econoclaste en conclut que « ce QE contribuera à la baisse de l’euro et au fait que certaines banques se feront de l’argent facilement. Mais le QE on le sait maintenant – on l’a vu au Japon et aux Etats-Unis–, ça ne fonctionne pas économiquement. »

Un CAC 40 à 6000 points, pourquoi pas ?

En revanche, boursièrement, Olivier Delamarche reconnaît qu’il produit des fruits plutôt juteux et que les Actions européennes en profiteront, à court terme, tout du moins, à l’instar de la bourse nippone.

« On voit que fondamentalement c’est une catastrophe au Japon et pourtant le Nikkei continue à monter. Tout ça pourquoi ? Parce que le yen baisse. » Et comme le QE de la BCE fait baisser l’euro, le CAC 40 s’envole. CQFD.

« Si’ l’on compare l’économie à une voiture, plus vous mettez d’essence, plus le moteur va tourner. [en l’occurrence], le moteur, c’est le marché… sauf que la voiture est sur cales alors vous pouvez accélérer autant que vous voulez et mettre autant d’essence que vous voulez mais la voiture [c’est-à-dire l’économie] ne bougera pas d’un mètre. Aujourd’hui, c’est la même chose, vous êtes dans une voiture, on vous met de l’essence, vous tournez vous appuyez sur l’accélérateur à fond, vous avez un très joli bruit de moteur mais vous n’avancez pas d’un mètre. »

L’enjeu est donc ailleurs pour Olivier Delamarche : « Quand j’entends les gens qui disent on va aller jusqu’à 5500 ou 6000 points sur le CAC 40, oui, pourquoi pas ? De toute façon, le sujet n’est pas là. Il est sur la devise et sur le grand écart [qui se creuse] aujourd’hui tous les jours un peu plus entre les fondamentaux et les marchés. »

 

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