BFM du 5 mai 2015 – Prévisions de croissance

Jacques Sapir

Prévisions de croissance : Jacques Sapir VS Pierre Barral

Mauvaises prévisions de croissance pour la Zone Euro

Les prévisions de croissance de la Zone Euro sont, pour notre Econoclaste Jacques Sapir, « des prévisions qui ont été faites […] il y a deux mois, […] et qui sont déjà prises par la nouvelle réalité économique. » A savoir, « le ralentissement de la croissance aux Etats-Unis lié à la crise dans l’industrie du gaz de schiste » et la remontée des prix du pétrole qui devrait par ailleurs se poursuivre pendant quelques mois. Ainsi la croissance des pays de la Zone Euro n’a pas un avenir aussi radieux qu’annoncé par ces prévisions.

« Pour tous les pays qui sont très dépendants de l’énergie, à savoir l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, il est clair qu’il vaut beaucoup mieux pour la croissance un pétrole à 50$ le baril qu’un pétrole à 75$ le baril. On va avoir deux effets de freinage qui vont se cumuler : un effet de freinage aux Etats-Unis où il y a un véritable bain de sang dans l’industrie du pétrole et du gaz de schiste. Aujourd’hui on annonce que la moitié des entreprises de ce secteur pourrait disparaître dans les 6 mois qui viennent. […] Ce secteur va continuer de tirer en arrière la croissance américaine. Et en même temps, on va avoir un début de remontée des prix du pétrole, qui va continuer jusqu’à la fin de cet été et qui va pénaliser les pays qui sont très dépendants.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Ca veut dire que la croissance en Europe va être freinée par ce qu’il se passe aux Etats-Unis car il y a d’une certaine manière une contagion de croissance des Etats-Unis vers l’Europe avec entre 3 et 6 mois d’écart, mais deuxièmement en Europe même on va avoir un freinage très net, sur l’Espagne je pense que c’est là que ça va faire le plus mal, sur l’Italie qui est déjà dans une situation extrêmement compliquée ça devrait accroître ses problèmes et puis même sur l’Allemagne. »

« [Les prévisions de croissance européenne] sont caduques. » 

La remontée des taux américains, la chimère de septembre

Jacques Sapir invite à prendre les chiffres du PMI manufacturier chinois (en baisse) « avec beaucoup de circonspection. » En effet, la consommation d’électricité en Chine reste stable, alors que normalement quand l’activité manufacturière baisse, la consommation d’énergie devrait décroître à court terme.

« On accorde beaucoup trop d’importance sur des statistiques subjectives comme les statistiques de PMI. »

« Le point important c’est que cette nouvelle constellation de planètes va pousser la Réserve Fédérale très probablement à retarder encore la hausse des taux. […] Je pense que là on a tous les éléments qui plaident pour un report jusqu’à la fin de l’année. »

Risques conjoncturels européens

Le dossier grec, les élections en Grande-Bretagne : « tous ces risques sont des risques conjoncturels. » Concernant le problème grec, soit le gouvernement grec capitule devant l’Eurogroupe, soit il « se laisse pousser » hors de l’euro. Néanmoins, bien que ces éléments pourront avoir un impact non négligeable, l’élément essentiel pour notre Econoclaste se situe au niveau de l’économie italienne.

« Le véritable risque structurel c’est la faiblesse de l’économie italienne. »

« Aujourd’hui on voit que la situation économique [de l’Italie] se dégrade de manière régulière. Il faut savoir que ça se fait sur un fond de dégradation qui dure depuis des années. […] Il n’y a plus beaucoup de graisse à utiliser. On en est à l’os, et là, les dirigeants italiens vont être obligés de prendre des décisions importantes. »

« La productivité recul et c’est un point très inquiétant. L’Italie est le seul pays dans le cœur de l’Union Européenne dont la productivité recul depuis 2 ans. »

Retrouvez toutes les chroniques de Jacques Sapir sur BFM.

Rédigé par Raphaël Becanne

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