BFM du 16 mai 2015 – Traitement politique

Jacques Sapir

Traitement politique : Jacques Sapir vs Pierre Barral

Pourquoi les marchés continuent-ils de reculer ces derniers jours ?

Selon Pierre Barral, c’est parce que des « conséquences en chaîne » nous attendent si la Grèce fait défaut à la fin du mois. Les répercussions seront « très importantes » puisque le bankrun qui a lieu devrait s’accélérer mettant en péril la solvabilité des banques grecques. « Là on aura un engrenage extrêmement dangereux qui va pousser la BCE, probablement, à arrêter de financer les banques grecques, […] puis la mise en place d’un contrôle des capitaux voir la mise en place d’une monnaie secondaire. »

Quelles seraient les conséquences pour les marchés s’il n’y a pas d’accord avec la Grèce ?

« La première conséquence, on est en train de la vivre aujourd’hui, c’est une remontée extrêmement marquée des taux de refinancement des pays périphériques » pour Pierre Barral. La deuxième serait une baisse des marchés actions.

Notre Econoclaste lui considère qu’«il n’y aura pas d’accord [le jeudi 18] mais ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’accord le 30 juin. »

« Aujourd’hui l’Eurogroupe est en train de payer le fait de ne pas avoir écouté ce que disait le gouvernement grec depuis le mois de février. »

De plus, les propositions de l’Eurogroupe n’ont jamais prise en compte les demandes du gouvernement grec à savoir : « on veut que la Grèce obtienne le même traitement que celui qui avait été fait à l’Allemagne en 1953. »

« Aujourd’hui le gouvernement grec considère qu’il n’a plus de marge de manoeuvre et qu’il ne négociera plus. »

« Dès le départ le gouvernement grec a demandé un traitement politique du dossier. Or ceci a été refusé par les créanciers qui ont voulu maintenir l’idée de la fiction de la Troïka. »

De plus, la sortie d’argent massive de Grèce est quelque chose qui joue dans la main du gouvernement grec. « Si on met les choses au pire, si la Grèce est obligée de recréer la drachme et dévaloriser de 20 à 30%, les gens, les particuliers auront amassé des liquidités libellées en euro qui seront retransformées en drachme avec un gain de 20 à 30%. »

Alexis Tsipras joue donc sur ce mécanisme selon Jacques Sapir pour rendre acceptable une idée de sortie de la Zone Euro. Il faut toutefois noter que notre Econoclastes parle de la sortie des capitaux depuis le mois de février. Les capitaux sortis depuis 2011 ne reviendront eux probablement pas.

 

Concernant la Réserve Fédérale, la remontée des taux devrait être très faible dans un premier temps selon Jacques Sapir, de l’ordre de 0.25%, mais une deuxième remontée d’ici la fin de l’année serait déjà plus surprenante. « S’il y avait une remontée plus forte des taux, […] là il pourrait y avoir un effet de surprise. » Mais cette remontée forte ne serait probablement pas l’origine d’un krach obligataire. Ce serait plutôt du côté grec qu’il faudrait regarder pour voir un krach apparaître.

« Beaucoup de gens sont en train de perdre confiance dans la capacité des autorités européennes à contrôler ce qu’il se passe dans leur zone. »

En ce qui concerne un point de vue marché « le moteur de croissance ne sera pas l’économie américaine, ne sera pas l’économie européenne mais ce sera l’économie des pays émergents même si ça ne va pas se faire immédiatement. » Dans une vision à 5 ou 10 ans, il serait donc intéressant pour notre Econoclaste de regarder les entreprises tournées vers ces pays.

 

Rédigé par Raphaël Becanne

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