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Le pic pétrolier aura bien lieu en 2015…

…avec un pétrole sous les 50$ le baril, ce qui ne manquera pas d’en surprendre plus d’un!

Comment peut-on en effet encore affirmer que l’on puisse passer le pic pétrolier alors que le prix du pétrole est au plus bas depuis plus de 10 ans? Il faut en effet remonter à 2003 pour retrouver un baril du pétrole à 37$ (en dollars constant)!

Prix du pétrole en dollars courant et constant (valeur 2014) depuis 1970

Oil prices

Source: Jean Laherrere, ASPO France

2 raisons triviales expliquent ce malentendu général entretenu au sujet du pic pétrolier:

  1. Le prix du pétrole est totalement décorrélé des réserves et de notre capacité à en extraire toujours plus de notre sous-sol. Il ne reflète que la variation d’un équilibre instantané entre ceux qui vendent du pétrole et ceux qui en consomment. Si plus de gens se mettent à en vendre alors que moins de gens veulent en acheter, toutes les conditions sont réunies pour que son prix baisse de 50%, indépendamment du fait qu’il devienne de plus en plus difficile (et de plus en plus cher) à extraire des entrailles de la Terre.

Seuil de rentabilité des champs pétroliers en cours de développement

Prix pétrole extraction

Source: Rystad Energy, Morgan Stanley, U.S. Global Investors

2. Le pic pétrolier n’a jamais été une histoire de réserve (c’est à dire de stock) mais une histoire de tuyau (c’est à dire de flux). Vous pouvez avoir des millions de dollars sur votre compte en banque; si vous n’avez le droit que d’en retirer 100$ par semaine, il faudra bien vous serrez votre ceinture Hermès pour subvenir à vos besoins de base. Comme le disait d’ailleurs très bien Jean-Marie Bourdaire, membre de l’ASPO France:

« Ce n’est pas la taille du réservoir qui compte mais la taille du robinet »

Qu’est-ce qui nous fait dire que le pic « tous pétroles », c’est-à-dire l’année où nous aurons réussi à extraire de notre sous-sol le maximum de pétrole depuis les 5 derniers milliards d’années mais aussi pour les 5 prochains milliards d’années, aura été passé en 2015? Il suffit de:

  • Regarder la production de pétrole mondiale mois par mois depuis juillet 2013

Production et consommation mondiale d’hydrocarbures liquides de Juillet 2013 à Novembre 2015

World-Supply-Demand-November-2015

Source: Arthur Berman

  • Comprendre que tous les pays, qu’ils appartiennent à l’OPEP ou non avec la Russie et les Etats-Unis, ont ouvert leurs robinets en grand en 2015, aux exceptions près de la Lybie, où la démocratie n’est pas encore à l’ordre du jour, et de l’Iran, qui pourrait ajouter 500000 barils par jour sur le marché en 2016
  • Anticiper qu’avec les prix actuels, non seulement les Etats-Unis risquent de diminuer leur production d’au moins 1 million de barils par jour en 2016, mais les projets en développement prévus pour produire à partir de 2017 ont été soit mis en pause, soit décalés quand ils n’ont tout simplement pas été abandonnés.

Alors que le pic charbon a probablement été passé grâce à la Chine dès 2013,  l’avènement dès 2015 de ce pic « tous pétroles » est donc une seconde bonne nouvelle pour nos émissions de CO2 alors que la COP21 doit rendre sa copie d’ici demain soir.

Consommation mondiale de charbon de 2000 à 2015

peak coal

Source: Greenpeace

Vu que les énergies fossiles sont à l’origine de 80% de nos émissions de CO2, il est plus que probable que le pic émissions de CO2 ait été passé dès 2014, et ce quel que soit le résultat de cette négociation consensuelle à plus de 150 chefs d’Etats un an plus tard.

Par contre, il va falloir commencer sérieusement à réfléchir à comment limiter notre consommation de pétrole, notamment dans les transports qui en dépendent à plus de 95%. Et pour ce faire, on peut compter sur le moyen de transport du passé, qui est aussi la voiture du futur : le vélo!

Nicolas Meilhan

10 réponses
  1. wawa
    wawa says:

    to peak or not to peak?

    reponse dans un an.
    perso j’y crois, mais qui aurait cru que le oil puisse rester si bas si longtemps.

  2. Reggio
    Reggio says:

    Je ne crois pas un seul instant que la majorité des occidentaux réduira son train de vie volontairement. Il faudra nécessairement en passer par des actes d’autorité assez féroces pour faire en sorte de quitter notre mode vie hyper consumériste…mais le problème c’est que nos démocraties ne sont taillées pour ce genre d’exercice autoritaires. Le green washing ( voitures électriques, énergies renouvelables etc etc) a atteint des sommets de sophistication marketing pour nous faire croire qu’on va pouvoir continuer à ce goberger dans notre mode de vie délirant et ravageur…Tout le reste n’est que bla bla…

  3. Bouddha Vert
    Bouddha Vert says:

    Merci pour cette chronique énergétique du monde,
    J’aimerais avoir un éclaircissement concernant un point de cet article,
    Pensez vous que le pic de consommation de charbon, est lié à la baisse de pétrole par terrien et donc du PIB par terrien et, ou à la difficulté d’extraire ce charbon des mines, pour des raisons techniques, de sécurité, de coût, d’excès de pollution…?
    Merci de votre vision.

  4. Bouddha Vert
    Bouddha Vert says:

    Merci pour la réponse, les causes semblent limpides!
    Il est curieux que la Chine n’ait pas communiqué plus abondamment sur le sujet à la faveur de la 21ème COP, peut être compte-t-elle mettre des filtres, au moins pour les particules visibles.
    En effet, leur usines à charbon ne sont pas vieilles, les éteindre aujourd’hui aboutirait à un retours sur investissement catastrophique…
    En revanche, cela donnerait un sacré coup de pouce à faire diminuer nos émissions de GES.
    Du reste, même si l’économie Chinoise tente de s’orienter vers une consommation intérieure, il faudra de l’énergie pour alimenter la machine, et les machines achetées qui en consomment également… du nucléaire, peut être?
    Pour l’instant, la Chine reste discrète, les déclarations arrivent… patience

  5. Nicolas Meilhan
    Nicolas Meilhan says:

    Les chinois se foutent complètement du CO2 émis par des usines qui fabriquent des objets qu’ils ne peuvent pas s’acheter. Par contre, les particules est le véritable sujet en Chine, et explique la baisse de consommation de charbon constatée depuis 2 ans.

  6. Paul
    Paul says:

    M. Meilhan,

    Il est entendu que les énergies fossiles seront le principal problème écologique du siècle, mais votre vision du vélo comme «voiture du futur en ville» ne me semble pas réaliste.

    1) L’architecture des mégalopoles américaines très étendues, où les zones d’habitation (suburbs) sont souvent éloignées des zones commerciales et des quartiers d’affaires, ne se prête guère à l’utilisation du vélo. Vous avez été aux Etats-Unis je crois, vous savez donc que les villes sont bâties à échelle de voiture, pas à échelle humaine, et c’est également le cas dans toutes les «villes nouvelles» en Chine, au Japon ou même en Russie.

    2) Le vélo suppose un effort physique, encore plus si vous habitez dans les Alpes que si vous habitez en plaine de Saône. Dans l’absolu c’est très bien, mais avec une population vieillissante où les baby-boomers vont représenter la majorité de la population, c’est un facteur à prendre en compte; il y a bien le vélo électrique, mais je ne sais pas en quelle mesure il peut être facile d’utilisation pour une personne âgée dont la mobilité et les capacités physiques sont réduites.

    3) Comme vous le soulignez dans votre diapo sur Slideshare, la voiture (possédée, pas louée) présente toujours énormément d’avantages, tant sur le plan concret, social, que purement psychologique: symbole de réussite, possibilité de parcourir de longs trajets, liberté, indépendance (on part quand on veut, on va où on veut). Devoir s’en remettre à un relais vélo, ou d’une ligne de bus, c’est une perte de cette indépendance, donc condamnable, a fortiori dans un monde globalisé où les flux s’accélèrent et où l’Homme moderne est appelé à toujours plus de réactivité, de rapidité et de souplesse dans sa vie quotidienne.

    Peut-être ai-je dit beaucoup de bêtises. Mais je vois mal l’abandon massif de la voiture (mm du covoiturage ou de la voiture sans conducteur) au profit du vélo, quand je vois que mes contemporains sont au bord de la crise cardiaque s’ils ne peuvent pas prendre la voiture… pour faire 100m jusqu’à la boulangerie !

    Amicalement

  7. Nicolas Meilhan
    Nicolas Meilhan says:

    Bonsoir Paul,

    Je vous remercie pour vos remarques, auxquelles je vais m’efforcer de répondre:

    1. Vous avez raison – le vélo n’est sans doute pas une solution adaptée pour des villes comme Los Angeles de 100 km de long et de large. Cependant, quand j’habitais à Boston, je me déplaçais principalement en vélo donc c’est possible dans certaines villes plus compactes.

    2. Quand je parle de vélo, c’est surtout pour ceux qui veulent conserver une mobilité individuelle en ville, où l’on ne peut plus se permettre de chacun aller au travail et en revenir avec sa voiture individuelle. Dans des zones moins contraintes en espace, comme dans les Alpes, cela ne me pose aucun problème que vous utilisiez votre voiture à 1l/100. Pour information, le vélo électrique permet par exemple à ma grande-tante de 83 ans de continuer à se déplacer en vélo.

    3. Que les gens possèdent une voiture (c’est mon cas) ne me pose pas de problème. Ce qui m’ennuie, c’est quand ils l’utilisent alors qu’il existe des alternatives comme les transports en commun. A l’avenir, la circulation des voitures individuelles sera de plus en plus contrainte en ville donc le vélo sera la liberté, et non l’inverse.

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