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Au bord de la Falaise

Loin de moi l’intention de vous donner l’impression qu’il ne se passe plus rien sur les marchés, mais quand même. Hier fût encore une de ces journées où l’on se demande bien pourquoi nous sommes venus au bureau. Les marchés n’ont pas fait grand chose, que ce soit en Europe ou aux USA, on se demande clairement ce que peut bien être la suite des évènements. Si l’on devait imager les choses ; on dirait que l’on est debout au bord d’une falaise de 1’000 mètres, équipé d’une « wingsuit », en train de se demander ce qui va se passer si l’on saute : voler et profiter des courants ou se crasher comme un pierre mille mètres plus bas.

Globalement, si l’on devait essayer de comprendre ce qui s’est passé hier, cela se situerait plutôt dans le domaine de l’analyse des secteurs. Tout ne bougeait pas, mais il y a deux ou trois « zones » du marché qui se faisaient gentiment secouer.

Commençons par notre bon ami le pétrole. Si l’on fait un rapide flash back sur ce qui s’est passé hier, vous vous souviendrez que, pendant un bref instant, le baril s’est envolé à 45.50$, parce que le Ministre Saoudien s’était fait virer et que le Canada était en feu et que l’on craignait que les canaux d’approvisionnement en provenance du Nord des USA se tarissent et fassent, du même coup, monter le prix de l’or noir. Bref, la volatilité du début de journée était en faveur des « bulls ».

Puis, durant la séance les intervenants ont commencé à se demander si « l’impact du Canada était aussi évident que cela et que, peut-être le changement de pouvoir pétrolier en Arabie Saoudite, pourrait éventuellement desservir le prix de l’or noir ».

Attention, je ne dis pas que ce sont des « faits », ce sont juste des théories fumeuses qui circulent, car fondamentalement, on n’en sait rien du tout et le marché est principalement dirigé par de la bête spéculation, mais notre boulot c’est de faire croire que « l’on sait » et que les décisions sont VRAIMENT prisent sur des fondamentaux solides et évidents.

Il n’en est rien, mais il vaut mieux que l’on continue de croire que le marché est vraiment dirigé par des pros qui prennent des vraies décisions après avoir réfléchi plus que 12 secondes.

Hier le baril s’est repris 2 dollars dans les dents et le secteur qui va avec souffrait quelque peu. Ce matin le brut s’échange à 43.42$

C’était un des axes de la journée.

Un autre sujet qui a fait parler de lui, ce sont les chiffres des importations et des exportations chinoises qui étaient, encore une fois, je vous le donne en mille, immondes. Du coup, en Europe, quand les chiffres chinois ne sont pas bons, on tape sur tout ce qui fait dans le « mining ». On notera donc les superbes journées pour des titres comme Anglo American (-14%), Glencore (-9%) ou encore Rio Tinto (-8%). Il ne faisait pas bon être une minière hier.

Et puis on reparlait de la Grèce. Il était temps, car un printemps sans Grexit ou bailout grecque ou défaut grec n’est pas un vrai printemps. En gros on ne sait pas trop ce qui se passe à Bruxelles, mais il semblerait que les négociations secrètes sont très tendues et il est clair qu’il n’est pas évident de convaincre de prêter encore de l’argent afin que la Grèce puisse utiliser cette argent pour rembourser l’Europe sur les prêts accordés dans le passé. En résumé, je te prête de l’argent pour rembourser l’argent que tu me dois.

La bonne nouvelle, c’est que pour le moment, et j’insiste : POUR LE MOMENT, le marché s’en fout complètement.

Aux USA, on retiendra trois choses ; le discours de Kashkari, président de la FED de Minneapolis qui a parlé pour dire que le marché prêtait bien trop d’importance aux communiqués de presse de la FED. Du coup, le marché s’est demandé ce que ce communiqué de presse pouvait bien vouloir dire.

Il y avait aussi le speech d’Evans, de la FED de Chicago qui a estimé que l’importance, c’était de créer de l’emploi. Ce qui est brillant après les chiffres pourris de vendredi passé.

Et puis, pour terminer, le fait d’armes de la journée est à mettre sur le compte de « The Lending Club », puisque le site de « crowfunding » a annoncé avoir plus ou moins violé ses règles internes, le CEO, Renaud Laplanche a donc donné sa démission et le titre s’est fait démonter. -35% rien que dans la séance d’hier, terminant la journée à 4.62$. Pas mal pour un titre qui valait 25$ début 2015.

Pour faire simple, vu de l’extérieur, il ne s’est pas passé grand-chose sur les indices. Mais si l’on gratte un peu sous le vernis, on découvre deux ou trois histoires qui valent la peine d’être racontées.

Sachant qu’hier nous avions un peu de temps pour réfléchir, faire le point et deux ou trois bilans au passage, nous retiendrons que durant cette saison des résultats trimestriels, il n’y a pas que du bon, ni que des bonnes perspectives qui en sont ressorties. Grosso modo, si vous voulez briller en société ce soir, il vous faudra retenir que 71% des sociétés qui ont publié leurs chiffres – sur 87% des membres du S&P500 – ont battu les attentes.

China_cartoon_05.09.2016_normal

Il faut néanmoins retenir que les attentes étaient très basses – ce qui rendait le travail plus facile.

Là où le bas blesse, c’est que nous sommes dans une période de récession des profits.

Attention ! Cessez de jouer « Plus près de toi mon Dieu » au piano, je n’ai pas dit que l’économie était en récession, uniquement les profits des sociétés. Ce n’est pas une bonne nouvelle, mais c’est moins grave. Mais cela fait tout de même trois trimestres que cela se produit. Celui qui vient de se terminer affiche une baisse de 7.1% dans les profits des sociétés. Et pire… Cela ne semble pas prêt de s’arrêter…

La bonne nouvelle c’est que les banques centrales vont continuer de soutenir l’économie histoire que ça n’empire pas. La mauvaise c’est que l’on commence à se demander si les banques centrales peuvent faire autre chose que de nous garder la tête au-dessus de l’eau…

Nous voilà donc dans une situation précaire. Une économie qui est aussi dynamique qu’un moteur 1.2 diesel de chez Renault, des banques centrales qui sont à court d’idées pour relancer la machine et en plus, nous sommes au bord de la falaise, avec un lion qui arrive en courant en notre direction. Il nous reste donc à peu près 30 secondes pour apprendre à voler.

Bon d’accord, j’exagère, mais vous reconnaîtrez que c’est un peu la faute du marché, quand il n’y a rien à dire, on est obligé de se lancer dans une introspection personnelle et cela ne donne pas toujours envie de s’arroser de champagne et de danser tout nu sur la table. Ça, c’était l’été 2008. Avant que Lehman parte les quatre fers en l’air.

Ce matin la Chine et Hong Kong ne font rien. Le Japon remonte de 2%. Principalement parce que le Yen s’affaiblit ou le dollar se renforce, c’est selon. En tous les cas, les commentaires de du Ministre des finances, Taro Aso, menaçant d’intervenir sur le Yen en cas de fatigue extrême a remis un peu de baume au cœur de la monnaie.

L’or est à 1266$.

Dans les nouvelles du jour, on parlera de Dilma Rousseff qui a gagné une manche contre son « impeachment » hier. Le Real et le marché brésilien n’ont pas aimé. Jim Cramer pense qu’il n’y pas assez de « cash » dans le marché pour le voir rebondir plus haut.

Hier soir après la clôture, SolarCity a publié une perte plus grande que prévue, le titre perdait 15%. Même punition pour GAP qui, en plus, a ajouté que l’avenir serait noir. Le Barron’s pense que TEVA est très, voir trop bon marché. Le journal est également inquiet puisqu’il constate que les titres liés à l’emploi sont très faibles techniquement et que cela est supposé être une mauvaise indication pour l’économie. La bonne nouvelle, c’est que si l’on croit que le marché va se péter la figure, l’hebdomadaire de la finance estime qu’il suffit d’investir avec Carl Icahn qui est « net short » sur ses investissements.

La semaine dernière, il y avait une grosse conférence à New York, quelques « stars » des Hedge Funds en ont profité pour donner un aperçu de leurs positions préférées – non, ce n’était pas pour écouter Ackman nous dire qu’il est short Herbalife et long Valeant – mais Einhorn nous a annoncé être « short » sur Caterpillar et long sur GM et Carson Block est short sur Bank of the Ozarks. En gros, c’était un meeting remplit d’égo et de testostérones avec plein de gars qui ont raison alors que le marché a tort.

Globalement, il est intéressant de revenir sur les idées de ces « stars » de la finance, puisque si l’on regarde les idées de l’an passé, ça donne ça :

2016_05_09_cmyk_NL_

En fait, moi aussi j’aurais pu le faire…

Voici à toutes fin utiles, les idées de 2016 :

2016_05_09_cmyk_NL_

Côté chiffres économiques, nous aurons le chômage en Suisse, le trade balance en Allemagne, la production industrielle, en Allemagne, en Italie et en France. Le budget du Gouvernement Français, on se demande d’ailleurs si les 8’000 Euros de coiffeur mensuel pour François Hollande seront inclus dedans. Et puis, aux USA, il y aura les JOLTS et les chiffres du pétrole, version API.

Pour ce qui est des chiffres du trimestre on sort les dernières cartouches, mais ça ne devrait pas changer la face du monde.

Actuellement, les futures sont en hausse de 0.25%, l’Euro/$ est à 1.1376, le yen est à 108.82, le GBP sent le BREXIT se rapprocher (selon un sondage du Crédit Suisse, ça tourne gentiment en direction de la sortie) et la Livre est à 1.4398. L’Euro/Suisse est à 1.1061, le Dollar/Suisse se traite à 0.9725 et le Bitcoin vaut 456$. Quant au rendement du 10 ans US, il est de 1.77% et litre d’abricotine reste inchangé.

 

 

 

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