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Répression financière, sondages, « fact checking »… les multiples facettes d’un même fléau.

Brexit, Trump, montée de l’extrême droite en Hollande et en Hongrie, tentation du vote « bras d’honneur » en France… tous éditorialistes s’en sont donnés à cœur joie depuis le 23 juin 2016, chacun a sa version de la montée des populismes.

Beaucoup dénoncent ceux pour qui « la haine de l’autre et le repli sur soi » constituent un fonds de commerce, certains osent s’interroger sur la légitimité d’une classe politique bipolarisée, sécularisée, discréditée par ses mensonges et ses prébendes… mais seule une infime minorité pense aller au bout du questionnement : pourquoi les choix « populaires » cadrent-ils de moins en moins avec ceux de « citoyens éclairés ».

Mais qu’est-ce qu’un « citoyen éclairé » ?

Un acteur de la société civile qui saurait distinguer du premier regard le bien du mal ?

Les médias -puis les philosophes ou les sociologues ayant obtenu un brevet de compétence et de respectabilité- nous dispensent de ce travail fastidieux en désignant avec une touchante unanimité qui est le diable (qui s’en cache à peine, même s’il doit prêter serment sur la Bible) et qui fera chanter les anges d’allégresse en cas d’élection.

Et cette ode au(x) représentant(s) des forces du bien semble fortement inspirée par leur promesse que les subventions au profit des médias « reconnus » (par qui et pourquoi) vont continuer de pleuvoir et irriguer le terreau fertile d’où jaillit la « Pensée Unique ».

D’où la suspicion que suscite une source d’information non subventionnée, qui met en avant des données remontant du « terrain » et propose une grille de lecture « décalée » (ce qui suppose d’aller au-delà du gros titre et de solliciter son sens critique).

Puisque l’information provenant de « sources journalistiques » est subventionnée ou financée par d’honorables annonceurs, celui qui prendrait de son temps pour la reconfigurer et la diffuser (soi-disant gratuitement et mû par un prétendu désir de réinformer) ne peut être en réalité que l’infâme suppôt d’obscures officines conspirationnistes au service des « force du mal ».

En vertu du postulat « qui n’est pas éligible aux subventions produit de la désinformation ».

Et ceux qui sont les promoteurs de cette vision sont bien placés : ils parlent d’expérience puisqu’ils reprennent les yeux « wide shut » les « notes de synthèse » et les fuites organisées de grandes agences de renseignement qui puisent l’info aux « meilleures sources » (elles-mêmes protégées par le respect de l’anonymat journalistique, déontologie oblige).

Je ne remets pas en cause le fait qu’elles soient effectivement « bien informées » (et pour cause, c’est leur raison d’être) mais je m’étonne que plus ces « sources » sont reprises, plus le débit des « scoops » s’accélère… ou ralentit au contraire si le destinataire commence à se montrer sourcilleux.

Pour qui « fait confiance », les infos de 1ère main se multiplient comme une génération spontanée et chaque « nouvelle pièce du puzzle » confirme le scénario induit par la précédente (ce qui prouve que le monde est somme toute facile à comprendre si on ne se fait pas des nœuds à la tête) et moins leur objectivité est remise en cause.

Quel confort que de recevoir -impeccablement packagé- des « infos » coûteuses à se procurer et très compliquées à obtenir.

Sans parler du danger d’aller les recueillir sur le terrain, surtout lorsqu’il est question de zone de combats… où les « protections » doivent être achetées, souvent très cher, pour n’obtenir que des bribes de renseignements guère exploitables sans procéder à de multiples recoupements.

Oui, les « bonnes sources » (pas celles dont s’abreuvent les complotistes/conspirationnistes financés par le « Spectre » ou « le Chiffre » dont James Bond n’arrive jamais à bout, même au bout de 26 épisodes) se reconnaissent à la cohérence du scénario et à quel point il devient de plus en plus facile de distinguer les bons des méchants, les modérés des radicaux, les marxistes des progressistes, les démocrates des fascistes.

Tous ceux qui proposent une autre lecture, qui osent remettre en cause la version officielle ne font que brouiller les cartes.

Et brouiller les cartes, c’est faire le jeu des méchants puisque cela ne profite pas aux gentils (« vous êtes avec nous, ou contre nous » martelait G.W Bush en 2002) !

Les preuves d’un contraire (à la version officielle) sont immédiatement rabaissées au rang de « faits alternatifs ».

Bien entendu, par opposition à un « fait » non vérifié, mais estampillé « crédible » par les fonctionnaires du ministère informel du « vrai » et qui sont rémunérés comme tels.

 

Partant du principe que le crédible constitue l’antichambre du véridique, l’info s’assimile de plus en plus à un sondage (qui est prêt à croire quoi ?).

Ceux dont nous avons été abreuvés avant le « Brexit » ou l’élection de Donald Trump alimentent le soupçon qu’ils ont été réalisés non pas pour faire émerger « l’opinion publique » mais plutôt pour asséner ce qu’il était « souhaitable » que cette opinion reflète.

Dans les mois qui ont précédé l’élection de Donald Trump, tous les sondages -et ils étaient majoritaires- lui accordant une chance de l’emporter ou le faisant ressortir vainqueur des débats télévisés ont été systématiquement enterrés.

Inversement, ceux qui donnaient Hillary Clinton gagnante faisaient la « Une » , malgré une méthodologie souvent contestable (échantillons étroits, questionnaires farcis de réponses induites, enquêtes réalisées principalement en zone urbaine -pour des questions de commodité- et auprès de populations peu impactées par le chômage, etc.).

Et c’est ainsi que le principe de la « queue qui remue le chien » instauré sur les marchés financiers depuis 2009 (si les cours montent, c’est que tout va de mieux en mieux) via la subversion militante des mécanismes du marché par les banques centrales continue de s’insinuer à tous les niveaux.

Le « story telling » s’impose comme une industrie lucrative pour les médias, il est stratégique pour les forces politiques qui les subventionnent.

En ce qui concerne les « faits » , plus on les interprète, plus on les maquille, et plus on feint de leur vouer un culte empressé.

C’est ainsi que l’on voit surgir des cohortes de « fact checkers », parfois issus du monde des « faits divers », voir des concepteurs de « putes à clics » : le « fait » devient une variante du « prix » pour un actif financier.

Le « prix » -comme le sondage- est sensé constituer la synthèse de toutes les opinions disponibles : si le thermomètre financier grimpe, c’est que l’ensemble des « informations » disponibles indique l’instauration d’un printemps économique éternel (aucune correction de plus de 1% à Wall Street depuis 105 séances, record historique battu).

Il ne viendrait à personne l’idée que c’est la flamme du briquet monétaire des banques centrales qui fait progresser le thermomètre vers 19, puis 20° et désormais 21,1° à Wall Street quand les stations météo d’Amérique du Nord relèvent des températures allant de -10° à -27° en remontant des Grands Lacs jusque vers Québec (ce qui était le cas le 10 mars dernier, alors que le Dow Jones dansait gracieusement sur le fil des 21.000Pts sans grelotter).

Dans un monde qui se virtualise, à quoi bon s’aventurer au dehors ?

C’est une perte de temps et il n’y a pas de risque d’attraper des engelures ou un coup de chaud dans des rédactions parfaitement climatisées et abondamment approvisionnées par des « grossistes » en images d’actualité, qu’il suffit d’illustrer avec les commentaires délivrés clés en mains par des « sources autorisées ».

Les banques centrales ont perfectionné le système en plaçant des vigiles près des portes de sortie du marché : quiconque tente de sa faire sa propre idée de la température qui règne dans l’économie réelle en mettant son nez dehors est immédiatement matraqué, délesté de sa mise du jour et ramené de force devant ses écrans, le doigt collé sur la touche « achat ».

Ceci a pour nom la « répression financière ».

Dans le Monde de l’information, quiconque tente de se faire son opinion en menant sa propre enquête sera matraqué par les vigiles de la sphère médiatique.

Ils ont pour nom les « fact checkers ».

Contrairement à ce que le bon sens envisage, l’expérience nous enseigne que les « fact checkers » consacrent assez peu de leur énergie à passer à la moulinette les falsificateurs et les champions de la propagande (que tout le monde ou presque sait détecter au 1er regard) mais déploient des efforts paranoïaques pour discréditer ceux qui font tomber les masques et battent en brèche le « prêt à penser ».

Le « prêt » à penser est destiné à « faire l’opinion », et c’est l’opinion qui « fait les prix » sur les marchés.

Si ça marche à Wall Street ou à la « City », cela doit marcher pour les présidentielles : Trump fut l’exception qui confirme la règle.

Pour déterminer à coup sûr si la règle du jeu est falsifiée, il suffit de vérifier si une police de la pensée a été mise en place pour empêcher de contester le règlement.

Nous en sommes en plein dedans.

 

Ph Béchade

 

1 réponse
  1. fred1903
    fred1903 says:

    Je ne sais toujours pas pour qui voter. Je me suis dit UN COLLECTIF D’INDEPENDANTS INTELLIGENTS allaient s’y coller..

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