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A partir de quel degré d’incohérence une banque centrale perd elle sa crédibilité ?

La BCE a-t-elle la moindre chance de relancer le crédit via une inflation de l’offre de liquidités ?

Pourquoi s’acharne t’elle à promettre des taux zéro tant que l’inflation stagnera sous 2% ?

La BCE peut-elle réussir la où le Japon échoue depuis 24 ans dans sa lutte contre la déflation ?

Les achats d’ABS ont-ils la moindre chance d’inciter les banques à se montrer moins frileuses ?

Mais au fait, que sont ces ABS, sinon des produits structurés qui servent déjà de collatéraux aux opérations de refinancement poursuivies depuis 2009 par les banques centrales ?

Ce qui va changer, c’est simplement la « duration » : au lieu d’enchainer les opérations de court terme, les ABS seront pris en pension pour une « période de temps considérable ».

Il faut d’ores et déjà considérer qu’à moins de réduire ses exigences en terme de solidité des collatéraux, la BCE risque de ne pas  voir affluer les sollicitations pour obtenir de l’argent frais.

Et pour en faire quoi, à part spéculer sur les marchés dérivés avec des effets de levier de plus en plus vertigineux (puisqu’il n’y a plus de rendement mais que l’investisseur exige toujours  ses 15%) ?

Car le problème fondamental de prêter de l’argent quasi gratuit dans un contexte déflationniste, c’est que les crédits accordés ne rapportent quasiment rien, tandis que la médiocrité de la conjoncture les rend de plus en plus risqués.

Oui, pourquoi prendre des risques inconsidérés sur le moyen ou le long terme alors que l’afflux constant de liquidités garantit l’appréciation inexorable des « actifs financiarisés » (ce qui englobe l’immobilier et les matières premières).  La certitude d’accumuler indéfiniment des gains spéculatifs au jour le jour exclut de s’exposer sur des opérations à faibles marges et à l’issue tout aussi lointaine qu’incertaine.

C’est pourquoi, aux Etats Unis tout comme en Europe, l’investissement productif semble en panne: en réalité, il prospère hors des limites de la zone Euro ou de la zone Dollar.

Sur le front domestique, l’essentiel des « dépenses » engagées par les entreprises consiste à racheter soit leurs propres titres, soit ceux d’un concurrent (à condition que l’opération permette également de réduire les impôts versés sur le sol d’origine).

Outre le déficit de recettes fiscales qui nuit à l’ensemble de la collectivité (celle qui n’est pas délocalisable et qui « subit » la crise),  une telle stratégie débouche imparablement sur des destructions d’emplois, donc moins de pouvoir d’achat distribué, donc moins de demande finale, donc encore plus d’opérations défensives pour maintenir les parts de marché et préserver les marges.

Le « faire toujours plus, avec toujours moins » pour choyer l’actionnaire –un principe cardinal inculqué dans toutes les bonnes écoles formant les élites- c’est en quelque sorte s’engager à instaurer un système économique purement déflationniste et d’un inégalitarisme militant.

Ce n’est pas la quantité de liquidité -et encore moins sa gratuité- qu’il convient de changer mais le logiciel des banques centrales… comme le suggère Jens Weidman, le patron de la Bundesbank, lequel adresse le même genre de reproche à Mario Draghi qu’autrefois à Ben Bernanke et ses collègues: ne se préoccuper que de renforcer les banques en transférant -via les rachats d’ABS et autres MBS- le risque qu’elles portent dans leurs bilans vers les contribuables.

Mais plusieurs indices concordant invitent à anticiper que ni la BCE ni la FED, et encore moins la BoJ ne vont avoir le temps de changer leur fusil d’épaule: elles ont eu tout le loisir d’imprimer de l’argent… mais elles n’ont aucun moyen de le reprendre des poches dans lesquelles elles l’ont déversé.

On ne peut pas faire rentrer la pâte dans le tube de dentifrice.

Et ceux qui ont désormais la main dessus ne croient pas plus que nous à la possibilité de résoudre les problèmes de mauvaises dettes par plus de « monnaie-dette ».

Ce qui reste crucial -y compris dans un univers non conventionnel-, c’est de percevoir à partir de quel moment les banques centrales perdent leur capacité de provoquer l’appréciation artificielle d’actifs dont la valeur n’a plus aucun lien avec la réalité de terrain.

Et cette question découle directement de cette autre: jusqu’à quand les banques centrales espèrent-elles convaincre les marché qu’il existe une seule chance que le découplage FED-BCE puisse s’opérer sans engendrer de profonds bouleversements dans les parités monétaires et les allocations d’actifs ?

La BCE s’appliquerait à maintenir ses taux directeurs à zéro pour les 24 à 36 prochains mois tandis que la FED les « normaliserait » entre 3,5% et 4% au cours du même intervalle.

C’est peut-être une hypothèse acceptable sur le papier pour les non-initiés… mais c’est impossible à modéliser dans notre système financier intégralement interconnecté et où tous les actifs sont arbitrés en temps réel.

La raison en est simple: un écart de taux de 3,5% entre Europe et Etats Unis, ce n’est jamais arrivé au cours des 30 dernières années.

 

Ph Béchade

3 réponses
  1. BA
    BA says:

    C’est fini.

    Ils n’y croient plus.

    Les européistes commencent à comprendre que l’Union Européenne n’est pas viable.

    Les européistes commencent à comprendre que l’Union Européenne va bientôt mourir.

    Les deux derniers exemples :

    Mercredi 24 septembre, un européiste de gauche, l’économiste Bernard Maris, écrivait dans Charlie Hebdo qu’il fallait maintenant sortir de l’euro. Bernard Maris est professeur des universités à l’Institut d’études européennes de l’université Paris-VIII. Il est membre du conseil général de la Banque de France.

    Vendredi 26 septembre, un européiste de droite, l’économiste Eric Le Boucher, écrit dans Les Echos que l’Europe est en train de mourir.

    A gauche et aussi à droite, le vent tourne.

    Les européistes commencent à comprendre que la construction européenne est une expérience qui a complètement foiré.

    Le seul résultat politique de la construction européenne, c’est le retour des nationalismes d’extrême-droite partout en Europe, et la montée des forces centrifuges.

    Les égoïsmes nationaux, les fureurs populaires et les passions nationalistes vont faire mourir l’Europe.

    L’agonie de l’Europe a commencé.

    Lisez cet article :

    L’Europe est en train de mourir, surtout ne faites rien.

    http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0203805835795-leurope-est-en-train-de-mourir-surtout-ne-faites-rien-1046818.php

  2. Laurent
    Laurent says:

    Bonjour,

    Pouvez-vous svp m’éclairer sur la compréhension de cette phrase?

     » le problème fondamental de prêter de l’argent quasi gratuit dans un contexte déflationniste, c’est que les crédits accordés ne rapportent quasiment rien, tandis que la médiocrité de la conjoncture les rend de plus en plus risqués.

    Oui, pourquoi prendre des risques inconsidérés sur le moyen ou le long terme alors que l’afflux constant de liquidités garantit l’appréciation inexorable des « actifs financiarisés » »

    En vous remerciant,

    Bien cordialement
    LM

  3. Fabrice
    Fabrice says:

    Laurent, je dirais que c’est au lié au fait qu’un taux de crédit doit refléter le risque de défaut du bénéficiaire du crédit, c’est pourquoi lors de fort taux de crédit il est douteux de la part du créancier de réclamer le paiement intégral du crédit comme on l’a vu pour l’Argentine qui à fait défaut avec des taux importants, le risque avait été pris en compte.

    Par contre avec un taux réduit voir nul, le défaut revient à plumer le prêteur ou pour être plus précis en grande partie les épargnant qui prêtent aux états, ce qui revient souvent à un impôt dissimulé ce qui difficilement acceptable pour l’épargnant du pays en défaut alors que dire pour l’épargnant des pays tiers.

    un excès dans un sens comme dans l’autre dans les taux est dangereux à terme et souvent les épargnants sont mal informés de ce risque et comme souvent mélangés avec d’autres obligations ou placement la surprise est souvent douloureuse.

    évidemment c’est mon interprétation un peu simpliste d’autres pourront à mon avis affiner et corriger celle-ci.

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