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Les marchés libres de déterminer le prix des actifs fixé par la BCE.

holeLa BCE commence à se dédouaner par avance des conséquences potentiellement apocalyptiques de sa politique monétaire aussi expérimentale qu’aventureuse.

Benoit Coeuré vient de faire le 11 mars cette déclaration qui laisse pantois : « We do want to affect market prices but we will not suppress the price discovery mechanism with the PSPP ».

Traduction, « nous  cherchons résolument à peser sur les « prix marché » mais nous ne voulons pas supprimer les mécanismes de « découverte » des prix par le marché en mettant en œuvre le « quantitative easing » (le PSPP est l’acronyme de Public Sector Purchase Program).

Pendant 6 ans et dès mars 2009, la FED a passé son temps à fausser la détermination de la valeur des actifs par des injonctions verbales puis le recours à la planche à billet, c’est encore plus flagrant avec le « QE » massif de la BoJ orchestré dans le cadre des « Abenomics » et dont le but avoué était de faire s’envoler la bourse par tous les moyens.

Mais Benoit Coeuré, un des grands décisionnaires de la BCE qui vient de prendre opportunément le relai de la FED pour maintenir un volume d’injection mensuel global planétaire de 200Mds$ qui prévaut depuis 18 mois, dit qu’il espère un résultat différent avec le « PSPP ».

La logique de la répression financière (la politique du choix unique pour les investisseurs) a été déjà poussée à son extrême limite par la FED et la BCE depuis juillet 2012 mais Mr Coeuré prétend que les marchés doivent rester libres de fixer la valeur des produits de taux et des actions.

Autrement dit, les banques centrales ont élevé la température moyenne de la planète finance de 15° vers 37,° en 6 ans (soit de +250%, comme la moyenne des indices boursiers occidentaux) mais cela ne doit pas avoir d’impact sur l’état des glaciers et des calottes polaires qui sont libres de rester d’une belle épaisseur et d’un joli bleu légèrement délavé.

Calottes polaires et glaciers ont totalement disparu (tout comme la liquidité du marché obligataire) mais nos grands argentiers nous disent de continuer d’acheter des crampons et des piolets: ils ne sont pas allés voir sur place mais ils se disent certains qu’il y encore de belles courses glaciaires à accomplir pour les amateurs.

L’élévation du niveau des océans ne les alerte pas davantage: ils ont complètement noyé les mécanismes de fixation du prix des dettes souveraines et de actions… mais ce n’est pas de leur faute si les cotes sont inondées et les épargnants « sous l’eau » (avec des rendements qui deviennent négatifs).

C’est juste un phénomène physique de dilatation des fluides inopiné et qui est totalement étranger au fait d’ouvrir en très grand les vannes des liquidités… comment pourrait-on établir un lien de cause à effet ?

Les marchés sont gavés de fausse monnaie, les banquier centraux leur imposent un sens unique (la hausse) mais les gérants sont réputés investir à bon escient, en toute liberté: il ne saurait être donc être question de la formation de « bulles d’actifs » puisque les achats s’opèrent sans frénésie, de façon tout à fait sereine et raisonnée.

C’est donc avec le plus grand calme et le plus grand sang froid que les banques centrales effectuent le grand saut dans l’inconnu, dans un monde de taux négatifs totalitaire à la George Orwell, où elles exercent une dictature tellement outrancière que même le sens des mots doit être redéfini par leur soin : l’envers devient l’endroit, le moins devient un « plus », et les investisseurs sont sommés de se réjouir que le rendement sans risque se transforme en risque sans rendement.

Non pas de façon anecdotique et ponctuelle comme pour la Suisse au début des années 80 mais bien de façon massive et durable.

La BCE ne considère nullement que « zéro rendement » puisse constituer une limite: les taux peuvent donc aller plus bas, les produits obligataires qu’elle ramasse par centaines de milliards peuvent même lui coûter des fortunes tandis que les emprunteurs s’enrichiraient en accroissant leur dette.

Voici la marche triomphale vers l’euthanasie des rentiers… et de l’ensemble des épargnants.

Les taux négatifs profitent essentiellement aux banques et aux très riches détenteurs de liquidités : la hausse des marchés obligataires est synonyme de plus values quasiment illimitées.

Les banques centrales leur garantissent que quoi qu’il advienne (comme une faillite latente de l’emrunteur), et peu importe le prix payé, elle va tout leur racheter au plus haut.

Nous assistons depuis l’été 2014 à une sorte d’anti-krach de 1994, mais tout s’accélère depuis le 15 janvier avec une division par 3 du rendement des Bunds (par 5 depuis le 10 décembre dernier et par 10 depuis le 12 mars 2014).

La BCE se fait fort d’écraser complètement la courbe des taux, et même de les faire passer en territoire négatif (pour les « Bunds » qui affichent 0,16% ce sera chose faite d’ici la mi-mars, pour les OAT2025 tombées sous 0,5%, ce sera fait d’ici Pâques).

Autre prodige, le « spread » des Bunds par rapport aux émissions des pays périphériques -Espagne et Italie- est tombé sous les 100Pts et même 95Pts sur les BTP italiens qui s’inscrivent entre 1,10 et 1,15%… c’est du jamais vu.

Le plus ébouriffant: le rendement des OAT françaises s’est inscrit durant quelques en heures en deçà de celui des emprunts à 10 ans japonais, à 0,4650% contre 0,4700%.

Alors bien sûr, si le processus en cours -l’anti-krach obligataire- perdure et que les rendements s’enfoncent massivement sous zéro, la BCE ne trouvera bientôt plus assez d’obligations allemandes -puis françaises- « éligibles » sur le marché pour lui permettre de respecter son quota d’achat de titres souverains promis par Mario Draghi.

La BCE devrait en ramasser pour 215 MdsE de Bunds d’ici 18 mois mais sur un gisement de 700MdsE, près de 75% d’entre eux offrent déjà des rendements négatifs: où trouver 200 à 220MdsE de Bunds alors que la Buba n’a même plus besoin d’en émettre d’ici la fin du « QE » ?

Seule solution, imiter la banque centrale helvétique et abaisser drastiquement le taux de prise en pension, à -0,5% ou -0,75% contre -0,2% actuellement: ainsi, 100% des maturités de Bunds et d’OAT redeviendraient mécaniquement éligibles au fameux PSPP.

Dans le système expérimental des taux négatifs de la BCE -il n’y a aucun précédent historique connu, personne n’en connait l’issue-, se constituer une retraite conduira à la ruine, prêter de l’argent à l’état ou aux entreprises les mieux notées équivaudrait à payer un impôt sur son capital.

Seule alternative, acheter des actions à des niveaux de valorisation jamais imaginés, même dans les rêves les plus fous des dingos de la bull des « dot.com », soit se mettre « cash » en attendant que quelque choses vaille la peine d’être acheté sans s’exposer à un krach obligataire ou boursier.

 

Ph.Béchade

4 réponses
  1. emmanuel c
    emmanuel c says:

    Merci monsieur Bechade.
    Votre approche humoristique de cette cuisine monetaire est la seule et bonne approche.
    A present il ne reste plus que l’humour en attendant la fin.
    La caracteristique premiere de ces baltringues est d’etre capable de dire tout et son contraire dans la meme phrase.
    Et malgre tout on appelle cela du forward guidance qui en realite n’est qu’un discours vide de sens.
    Et le troupeau valide ce discours tels des moutons que l’on conduit a l’abatoir.
    Merci philippe pour cette brillante chronique d’une mega faillite annoncee.

  2. orbiter
    orbiter says:

    « Seule alternative, acheter des actions à des niveaux de valorisation jamais imaginés, même dans les rêves les plus fous des dingos de la bull des « dot.com », soit se mettre « cash » en attendant que quelque choses vaille la peine d’être acheté sans s’exposer à un krach obligataire ou boursier. »

    Acheter de l’Or de l’Argent voire un peu de Bitcoin et se faire casser la figure a ce système financier qui marche sur sa tête.

    Ça sera aussi un bon moment pour retourner a l’étalon Or, quand le système FIAT sera mort.
    Toute les monnaies FIAT retournent a leurs vrai valeurs, c’est a dire zéro.

  3. Olivier
    Olivier says:

    Mon bon Monsieur Béchade, qu’avez-vous oublié l’hélicoptère de Friedmann !!!!! A la fin cela n’impacte pas le marché des biens réels !!! ^^

    La bonne question aussi est : pourquoi la BCE se dédouanerait des conséquences de l’injection des liquidités et de son impact sur les prix de marché ? En dehors de la justification à la Friedman (bien qu’il en soit revenu de son analyse), ne serait-ce pas un présage qu’au final ça risque d’exploser et que ce n’est pas leur faute ?
    Et une autre question que j’ai, est-ce qu’un Grexit – qui pour moi implique un non remboursement de la dette – n’obligerait pas la BCE à mettre davantage de liquidités sur le marché pour compenser les lignes qui vont sauter dans les banques, et de facto qu’elle impact sur la spirale que vous nous décrivez ? LE solution en cas ne serait-ce pas plutôt un dépôt dans les banques tombantes via une prise de participation au capital ? Est-ce un scénario envisagé ?

  4. bakar
    bakar says:

    si les taux d’emprunts des états deviennent négatifs , alors pourquoi fixer 3% de deficits aux états, au contraire endettons nous encore plus ….. puisque cela va nous rapporter ! comme quoi la logique de  » mario » est a ce point stupide ! Pourquoi ne pas envisager une gigantesque émission de dette française par exemple ( puisque cela rapporte avec des taux négatifs ) et avec les milliards d’interets gagné, alleger les impots ou la tva ……. au fait qui sont ces gens qui pretent leur argent pour en perdre !

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