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Le discours d’investiture de Donald Trump

Le discours d’investiture prononcé par Donald Trump le vendredi 20 janvier doit être lu et écouté. Non qu’il faille le prendre nécessairement pour argent comptant ; il y a souvent loin de la coupe aux lèvres, et du discours à la pratique réelle de la politique. Non que l’on approuve tout dans ce discours. Mais, il contient des éléments qui permettent de savoir à quel aune il conviendra de juger la présidence Trump.

Car, n’en déplaise à tous ceux qui manifestent, certains pour de bonnes raisons et d’autres – en particulier hors des Etats-Unis – pour des raisons qui sont bien plus discutables, Donald Trump est bien le 45ème président des Etats-Unis. Il ne sert à rien, si ce n’est à discréditer encore un peu plus la démocratie et les idées démocratiques, de chercher à contester la légitimité de Trump. Cette dernière est indiscutable. Le temps n’est donc plus aux jérémiades, si tant est que ces jérémiades s’imposaient. Ce discours d’investiture, à l’inverse de ce que l’on a pu entendre en France en particulier où, à cette occasion, bien des commentateurs ont fait la preuve de leurs œillères idéologiques, est un discours court, dense, et avec du contenu. C’est un discours où il confirme le programme du candidat et qui, sur ce point, était fort attendu[1].

 

Un retour du providentialisme américain

Le discours présente un côté « providentialiste » qui n’étonnera que ceux qui ne connaissent pas la culture politique américaine. La présence de Dieu est constante dans le discours, mais aussi dans les actes officiels, et ceci est vrai tant pour les Républicains que pour les Démocrates. Donald Trump ne déroge donc pas aux usages. On rappelle ici que si la Bannière Etoilée est bien l’hymne officiel des Etats-Unis, c’est God Bless América que les américains entonnent spontanément dans les jours de joie comme dans les jours de deuil. Que l’on se souvienne de la scène finale du magnifique film de Michael Cimino, Voyage au bout de l’Enfer (en anglais « The Deer Hunter »[2]) où les amis, enfin réunis après l’enterrement de l’un des leurs tombé au Vietnam, chantent God Bless America. Il convient donc de ne pas s’étonner des références constantes à Dieu, qui semblent étrange à un français, mais qui sonnent de manière normale à l’oreille d’un américain.

 

Un rappel des positions populistes

Le premier point de ce discours porte sur ce que l’on peut qualifier d’essence même du discours « populiste » américain : l’idée que les élites de Washington ont trahi le peuple et que ce dernier est en droit d’exiger des comptes à ses dirigeants. De nombreux passages témoignent de cette idée, qui n’est ni neuve ni la spécificité de Trump, mais que l’on retrouve régulièrement dans l’histoire américaine. C’est l’idée du peuple contre la capitale, de la « main street » contre Wall street. On la trouve exprimée dans les phrases suivantes : « …nous transférons le pouvoir de la capitale Washington et le donnons à nouveau à vous, le peuple Américain. Pendant trop longtemps, un petit groupe dans notre capitale a récolté les avantages du gouvernement tandis que le peuple en a assumé le coût. », ou encore dans celles-ci : « Les politiciens ont prospéré mais les emplois se sont taris et les usines ont fermé. L’establishment s’est protégé lui-même mais n’a pas protégé les citoyens de notre pays. Leurs victoires n’ont pas été les vôtres; leurs triomphes n’ont pas été les vôtres; et pendant qu’ils festoyaient dans la capitale, il n’y avait guère à célébrer pour les familles démunies dans tout le pays. »

C’est un point important. Donald Trump ne répudie pas le mouvement qui l’a porté au pouvoir. Il assume son rôle d’expression de cette colère et de ce mouvement.

 

Un discours d’unité

Mais il y a d’autres points qui doivent être remarqués dans ce discours. Tout d’abord le fait que les Etats-Unis sont une nation, au-delà des divergences qui peuvent exister entre es américains, et qui sont même nécessaires pour qu’existe une peuple américain. Ce point revient à de nombreuses reprises, comme par exemple : « …une nation existe pour servir ses citoyens. Les Américains veulent de bonnes écoles pour leurs enfants, des quartiers sûrs pour leurs familles et de bons emplois pour eux-mêmes. » Ou encore, « Nous sommes une nation et la douleur des autres est la nôtre. Leurs rêves sont nos rêves; et leurs succès seront nos succès. Nous partageons un cœur, une patrie et un glorieux destin. Le serment de fonction que je viens de prononcer est un serment d’allégeance envers tous les Américains », ainsi que « Nous devons nous exprimer franchement, discuter nos désaccords honnêtement mais toujours rechercher la solidarité ». De même, et c’est important quand on sait les accusations de racisme dont il fut l’objet, il ajoute plus loin : «…que l’on soit noir, métis ou blanc, le même sang patriote court dans nos veines, nous jouissons tous des mêmes libertés et nous saluons tous le même grand drapeau américain. Et qu’un enfant soit né dans la banlieue de Detroit ou dans les plaines balayées par les vents du Nebraska, ils regardent tous le même ciel, la nuit, leur cœur est plein des mêmes rêves… ». Il est donc important que Donald Trump ait mis ce discours d’unité au cœur même de son discours d’investiture.

 

Le rappel du programme économique

Ce point conduit Trump à réaffirmer à la fois des notions de protectionnismes, mais aussi de relance qui vont donc constituer le cœur de son programme économique. C’est en particulier le cas dans le passage suivant « Pendant des décennies, nous avons enrichi l’industrie étrangère aux dépens de l’industrie américaine; subventionné les armées d’autres pays tout en permettant le très triste appauvrissement de notre armée; nous avons défendu les frontières d’une autre nation tout en refusant de défendre les nôtres; et dépensé des milliards de milliards de dollars à l’étranger pendant que les infrastructures de l’Amérique se sont délabrées et abimées. » Il réaffirme cette idée dans cette partie du discours : « Chaque décision sur le commerce, les impôts, l’immigration, les affaires étrangères sera prise pour le bénéfice des familles et des travailleurs américains ».

On peut donc s’attendre à ce que le président Trump mette rapidement en place des éléments importants de son programme économique. Il devra cependant le faire en étroite collaboration avec le Congrès, car sur un certain nombre de ces points le Président n’a de pouvoir que si la Congrès l’appuie. C’est donc sur ce point que l’on jugera Donald Trump.

 

La politique étrangère

Reste la politique internationale. Sur ce point, Donald Trump dit des choses importantes. Il affirme que les Etats-Unis ne doivent pas chercher à imposer leur mode de vie aux autres nations, et que c’est dans une coopération des nations que doit se construire un nouvel équilibre des relations internationales. Il le dit en particulier dans les phrases suivantes : « Nous rechercherons l’amitié et la bonne volonté des autres nations du monde mais nous le ferons avec l’idée que c’est le droit de tout pays de mettre ses propres intérêts en avant. Nous ne cherchons pas à imposer notre mode de vie mais plutôt à le rendre éclatant comme un exemple à suivre ». Mais, le passage qui suit le précédant n’est pas moins important. Trump dit « Nous renforcerons nos vieilles alliances et en forgerons de nouvelles et unirons le monde civilisé contre le terrorisme islamique radical, que nous allons éradiquer complètement de la surface de la Terre ». On peut retrouver ici l’idée que de nouvelles alliances, peut-être avec la Russie, sont nécessaires. Mais on peut aussi tirer de ce paragraphe l’idée que les Etats-Unis n’abandonnent pas la volonté d’être le pivot des alliances de sécurité. Or, là, il semble bien que la roue est tournée. Bien sûr, le rôle des Etats-Unis dans des alliances de sécurité sera toujours important. Mais il est douteux qu’ils puissent être le pays capable « d’unir le monde civilisé ».

Donald Trump sera, sur ce point, rapidement confronté aux réalités de la politique internationale. Il convient d’espérer, que lui et ses conseillers comme le Général Matthis à l’Etat-Major (le JCOS) ou le Général Fynn (qui aura la haute main sur l’ensemble du renseignement), comprendront que le temps où les Etats-Unis étaient une puissance hégémonique est révolu. L’entrée dans le monde multipolaire est aujourd’hui irréversible.

 

Avec ce discours d’investiture, nous sommes loin, bien loin, des propos policés que tiennent les petits marquis poudrés qui nous gouvernent. D’où leur gêne et leur difficulté à faire face aux projets de Donald Trump.. Ainsi, François Hollande n’a même pas voulu citer nommément Donald Trump quand il l’a critiqué pour ses propos protectionnistes, donnant un bel exemple de bêtise et de ridicule. Mais, se traduiront-ils en actes ? C’est donc bien sur le rapport entre le verbe et l’action que sera jugé Donald Trump.

 

 

***

Texte du discours d’investiture de Donald Trump

 

Juge en Chef Roberts[3], Président Carter, Président Clinton, Président Bush, Président Obama, mes concitoyens américains et peuples du monde: merci. Nous, citoyens d’Amérique, sommes maintenant unis dans un grand effort national pour reconstruire notre pays et pour restaurer ses promesses à l’égard de tout notre peuple. Ensemble nous déterminerons la voie pour l’Amérique et pour le monde pour des années.

Nous ferons face à des défis. Nous serons confrontés à des épreuves. Mais nous finirons le travail. Tous les quatre ans, nous nous rassemblons sur ces marches pour procéder dans l’ordre et la paix à ce transfert de pouvoir et nous sommes reconnaissants au président Obama et à la Première Dame Michelle Obama pour leur aide courtoise pendant la transition. Ils ont été magnifiques.

La cérémonie d’aujourd’hui a cependant une signification très particulière. Parce qu’aujourd’hui non seulement nous transférons le pouvoir d’une administration à une autre, d’un parti à un autre, mais nous transférons le pouvoir de la capitale Washington et le donnons à nouveau à vous, peuple Américain. Pendant trop longtemps, un petit groupe dans notre capitale a récolté les avantages du gouvernement tandis que le peuple en a assumé le coût. Washington a prospéré mais le peuple n’a pas eu de part de cette richesse.

Les politiciens ont prospéré mais les emplois se sont taris et les usines ont fermé. L’establishment s’est protégé lui-même mais n’a pas protégé les citoyens de notre pays. Leurs victoires n’ont pas été les vôtres; leurs triomphes n’ont pas été les vôtres; et pendant qu’ils festoyaient dans la capitale, il n’y avait guère à célébrer pour les familles démunies dans tout le pays. Tout ceci va changer, ici et maintenant parce que ce moment est le vôtre: il vous appartient. Il appartient à tous ceux réunis ici aujourd’hui et à tous ceux qui regardent à travers l’Amérique. Cette journée vous appartient. C’est votre célébration. Et cela, les Etats-Unis d’Amérique, c’est votre pays.

Ce qui importe vraiment ce n’est pas quel parti contrôle notre gouvernement mais si notre gouvernement est contrôlé par le peuple. Le 20 janvier 2017 restera dans les mémoires comme le jour où le peuple dirige à nouveau la nation. Les hommes et femmes oubliés de notre pays ne seront plus oubliés. Tout le monde vous écoute maintenant. Vous êtes venus par dizaines de millions faire partie d’un mouvement historique, tel que le monde n’en a jamais vu.

Au cœur de ce mouvement, réside une conviction fondamentale: celle qu’une nation existe pour servir ses citoyens. Les Américains veulent de bonnes écoles pour leurs enfants, des quartiers sûrs pour leurs familles et de bons emplois pour eux-mêmes. Ce sont des revendications légitimes et raisonnables pour un ordre public juste. Mais pour trop de nos concitoyens, une réalité différente existe: mères et enfants sont piégés dans la pauvreté de nos quartiers défavorisés; des usines délabrées sont essaimées comme des pierres tombales dans le paysage de notre nation; un système éducatif, plein d’argent, mais qui laisse nos jeunes et beaux étudiants privés de savoir; et le crime, les gangs et la drogue qui ont volé tant de vies et spolié notre pays de tant de potentiel qui ne ce sont pas réalisés.

Ce carnage américain s’arrête ici et maintenant.

Nous sommes une nation et la douleur des autres est la nôtre. Leurs rêves sont nos rêves; et leurs succès seront nos succès. Nous partageons un cœur, une patrie et un glorieux destin. Le serment de fonction que je viens de prononcer est un serment d’allégeance envers tous les Américains. Pendant des décennies, nous avons enrichi l’industrie étrangère aux dépens de l’industrie américaine; subventionné les armées d’autres pays tout en permettant le très triste appauvrissement de notre armée; nous avons défendu les frontières d’une autre nation tout en refusant de défendre les nôtres; et dépensé des milliards de milliards de dollars à l’étranger pendant que les infrastructures de l’Amérique se sont délabrées et abimées. Nous avons rendu d’autres pays riches alors que l’abondance, la force et la confiance de notre pays ont disparu de l’horizon. Une par une, les usines ont fermé leurs portes et quitté nos rives sans même une pensée pour les millions et millions de travailleurs américains laissés sur le carreau.

La classe moyenne a été privée de son patrimoine qui a été distribué à travers le monde. Mais cela appartient au passé. Et maintenant, nous ne regardons que l’avenir. Nous nous sommes retrouvés aujourd’hui et nous décrétons, pour être entendus dans chaque ville, chaque capitale étrangère et dans chaque lieu de pouvoir, qu’à compter d’aujourd’hui une nouvelle vision prévaudra dans notre pays: ce sera l’Amérique d’abord et seulement l’Amérique. L’Amérique d’abord.

Chaque décision sur le commerce, les impôts, l’immigration, les affaires étrangères sera prise pour le bénéfice des familles et des travailleurs américains. Nous devons protéger nos frontières des ravages des autres pays fabriquant nos produits, spoliant nos entreprises et détruisant nos emplois. La protection conduira à une grande force et prospérité. Je me battrai pour vous de toutes mes forces et je ne vous laisserai jamais tomber.

L’Amérique va recommencer à gagner, à gagner comme jamais auparavant. Nous ramènerons nos emplois. Nous reconstruirons nos frontières. Nous regagnerons notre prospérité. Et nous retrouverons nos rêves. Nous construirons de nouvelles routes, autoroutes, ponts, aéroports, tunnels et voies ferrées à travers notre merveilleux pays. Nous extrairons notre peuple de l’aide sociale pour le mettre au travail, rebâtissant notre pays avec des bras américains et du labeur américain. Nous allons suivre deux règles simples: acheter américain et embaucher américain. Nous rechercherons l’amitié et la bonne volonté des autres nations du monde mais nous le ferons avec l’idée que c’est le droit de tout pays de mettre ses propres intérêts en avant. Nous ne cherchons pas à imposer notre mode de vie mais plutôt à le rendre éclatant comme un exemple à suivre. Nous renforcerons nos vieilles alliances et en forgerons de nouvelles et unirons le monde civilisé contre le terrorisme islamique radical, que nous allons éradiquer complètement de la surface de la Terre.

 

Le fondement de notre politique sera une totale allégeance aux Etats-Unis d’Amérique et grâce à notre loyauté au pays, nous redécouvrirons la loyauté envers les uns les autres.

Quand vous ouvrez votre coeur au patriotisme, il n’y a plus de place pour les préjugés.

La Bible nous le dit « qu’il est bon de vivre quand le peuple de Dieu vit ensemble dans l’unité ». Nous devons nous exprimer franchement, discuter nos désaccords honnêtement mais toujours rechercher la solidarité. Quand l’Amérique est unie, on ne peut absolument pas l’arrêter. On ne doit pas avoir peur, nous sommes protégés, et nous serons toujours protégés. Nous serons protégés par les grands hommes et femmes de notre armée et de nos forces de sécurité, et surtout, nous sommes protégés par Dieu.

Enfin, nous devons voir grand et rêver encore plus grand. En Amérique, nous comprenons qu’une nation n’est vivante que dans l’effort. Nous n’accepterons plus des hommes politiques qui parlent et n’agissent pas, tout le temps en train de se plaindre sans jamais rien faire.

 

Le temps des paroles creuses est fini. Maintenant, c’est l’heure de l’action. Ne laissez personne vous dire que cela ne peut pas être fait. Aucun défi n’est assez grand pour le coeur, la combativité et l’esprit de l’Amérique. Nous n’échouerons pas. Notre pays va être florissant et prospérer à nouveau. Nous sommes à l’orée d’un nouveau millénaire, prêt à dévoiler les mystères de l’espace, à libérer la terre des fléaux et à exploiter les énergies, les industries et technologies de demain. Une nouvelle fierté nationale va animer nos âmes, élever nos regards et guérir nos divisions. Il est temps de se remémorer ce vieux dicton que nos soldats n’oublieront jamais: que l’on soit noir, métis ou blanc, le même sang patriote court dans nos veines, nous jouissons tous des mêmes libertés et nous saluons tous le même grand drapeau américain. Et qu’un enfant soit né dans la banlieue de Detroit ou dans les plaines balayées par les vents du Nebraska, ils regardent tous le même ciel, la nuit, leur coeur est plein des mêmes rêves et ils sont habités du même souffle de vie du Créateur tout-puissant. Ainsi, à tous les Américains, dans chaque ville, qu’elle soit proche ou lointaine, petite ou grande, d’une montagne à l’autre, d’un océan à l’autre, entendez ces mots: vous ne serez plus jamais ignorés.

Votre voix, vos espoirs, et vos rêves vont définir notre destinée américaine. Et vos courage, bienveillance et affection nous guiderons tout au long du chemin. Ensemble nous allons rendre à l’Amérique sa force. Nous allons rendre à l’Amérique sa prospérité. Nous allons rendre à l’Amérique sa fierté. Nous allons rendre à l’Amérique sa sécurité. Et oui, ensemble, nous allons rendre à l’Amérique sa grandeur.

Merci, Dieu vous bénisse et que Dieu bénisse l’Amérique.

 

[1] Voir Sapir J., « Les projets économiques du Président Trump » note postée sur le carnet RussEurope le 20 janvier 2017 : https://russeurope.hypotheses.org/5609

[2] La scène (1’44’’) peut être regardée ici : https://www.youtube.com/watch?v=9LwGt9d1-lU

[3] Nom sous lequel on désigne le Président de la Cour Suprème

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