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Vers une scission européenne d’origine démographique ?

La rentrée européenne a sonné. Et ne se présente pas sous les meilleurs auspices au regard des derniers indicateurs qui ont ravivé les craintes de déflation en zone euro.  Malgré les efforts de Mario Draghi qui a orchestré une nouvelle baisse des taux cet été, la crise de la zone euro fait sa réapparition sur le devant de la scène (cf la couverture du The Economist du 30 août au 5 septembre «That sinking feeling (again) » – comprenez : « Ce sentiment de naufrage (encore) »). L’Europe pourra-t-elle compter sur la coopération historique du couple franco-allemand pour éviter de chavirer ?

Entre les deux grandes zones économiques du Vieux Continent, un dialogue constructif semble de plus en plus difficile à instaurer. Faut-il y voir une différence culturelle ou politique entre les deux pays jouxtant le Rhin ? Pas uniquement selon nous. Ces difficultés de plus en plus fréquentes sont également le fruit d’une divergence dans la structure démographique des deux populations.

En effet, il faut savoir que l’Allemagne n’a pas un temps d’avance sur la France  qu’en ce qui concerne la richesse créée ou les exportations : elle tient également la corde sur le sujet du vieillissement de sa population. La hausse de l’âge médian dès les années 2000 (passé de moins de 40 ans en 2000 à plus de 44 ans en 2010) explique ainsi le train de réformes mis en place par la première économie européenne avant tout le monde… En réalité, l’augmentation naturelle du besoin de dépenses publiques liée au vieillissement de la population allemande (santé, retraite) rendait insoutenable le modèle de société du pays dès 2005. La France n’a pour le moment pas eu à subir une telle accélération de son vieillissement, ce qui explique la relative résilience de son modèle de développement jusque-là.

Le pire est toutefois à venir en termes de dislocation de la zone euro sur le plan de la démographie : d’ici 2030, 6 années sépareront l’âge médian de la France (avec 42 ans) de celui de l’Allemagne, de l’Italie et même de l’Espagne (avec respectivement 49 ans, 50 ans et 48 ans).

L'âge médian de la France dans les années à venir reste inférieur à celui de ses voisins européens

Or une population « vieille » est une population naturellement averse au risque et rentière (à savoir qu’elle comprend en son sein une cohorte de séniors inactifs importante), dont l’ennemi numéro un est l’inflation (qui détruit la rente et redistribue les cartes au profit des producteurs). En conséquence, ce type de population privilégie naturellement une monnaie forte, arme réputée être la plus efficace pour étouffer l’inflation. L’expérience japonaise de ces 15 dernières années conforte d’ailleurs ce constat relativement intuitif. Une population plus jeune doit quant à elle rester productrice : elle « aime » naturellement l’inflation car elle allège la dette nécessaire à l’investissement, préalable indispensable à la production. Ce type de population milite pour une monnaie faible, permettant de rester compétitif à l’échelle internationale.

Dans ces conditions, on comprend aisément pourquoi la dislocation en termes d’âge entre la France d’un côté, et l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne de l’autre provoquera des tensions de plus en plus forte au sujet de la politique monétaire à suivre pour la zone euro… cela ne facilitera évidemment pas la tâche de la Banque Centrale Européenne, qui doit se préparer à de sérieux remous dans les années à venir.

 

Pierre Sabatier, PrimeView

4 réponses
  1. BA
    BA says:

    Vendredi 21 septembre 2012 :

    La démographie, ennemie des excédents allemands !

    L’information n’a pas fait les grands titres de la presse. Jeudi, l’institut statistique Destatis, a indiqué qu’en 2011, le taux de fécondité des Allemandes avait encore chuté, passant de 1,39 à 1,36 enfant par femme. Même si la baisse de la population allemande a été enrayée l’an dernier outre-Rhin pour la première fois depuis 2002, l’Allemagne est un des pays d’Europe qui vieillit le plus vite. Et selon une étude publiée ce lundi par l’institut ZEW de Mannheim, ceci pourrait avoir des conséquences macroéconomiques non négligeables.

    En 2010, Destatis avait publié ses prévisions de population jusqu’en 2060. Actuellement peuplée de 81,8 millions d’habitants, l’Allemagne ne devrait plus en compter que 64,5 millions en 2060. Et encore ces projections paraissent-elles bien optimistes au regard des chiffres actuels: elles reposent sur un taux de fécondité de 1,4 enfant par femme et sur un solde migratoire positif de 200.000 personnes (en 2011, il a été de 273.000 personnes, mais bien au-delà des chiffres habituels, plus proches de 100.000). Sur cette population, la part des personnes âgées serait considérable: 26,2 millions de personnes, soit 40,6% de la population auront plus de 60 ans, et 13 millions de personnes auront plus de 75 ans, soit 20,5% de la population.

    Les chercheurs de l’institut ZEW soulignent que la principale conséquence de ce vieillissement sera la disparition de l’excédent courant allemand à partir de 2030. «A partir des années 2020 les personnes nées dans les années à fort taux de naissance commenceront à prendre leur retraite et à utiliser leur épargne», explique l’étude. Le mouvement va rapidement s’accélérer dans la décennie suivante. Parallèlement, le coût des dépenses de santé et des dépenses d’assurance vieillesse vont progresser très rapidement. Le ZEW prévoit ainsi que la cotisation vieillesse devra passer de 18,3% du salaire brut en 2012 à 23,8% en 2030 et 25,5% en 2060. La cotisation santé passera de 15,5% aujourd’hui à 20,2% en 2030 et 20,3% en 2060. Enfin, l’assurance dépendance doublera en 50 ans de 2,1% à 4,1% du salaire brut. Conséquence: le revenu disponible pour l’épargne des actifs va se réduire. L’étude du ZEW estime donc que le taux d’épargne, de 21% en 2010 passera à 18,6% en 2030 et 14,9% en 2060.

    Derrière cette chute du taux d’épargne se dessine un véritable changement de modèle économique. Les plus âgés vont consommer leur épargne et les actifs vont proportionnellement plus consommer qu’épargner. La part de la consommation dans le PIB allemand va passer de 57,1% en 2010 à 64% en 2030, soit une progression de 20%.

    Parallèlement, le coût de la vieillesse sera plus prix en charge par l’Etat qui devra dépenser 27,5% de plus en 2030 qu’en 2010. Or, le ZEW ne compte que sur une progression du PIB de 7% sur ces vingt années ! Conséquences : les importations de biens vont progresser et les besoins de financement de l’Etat vont exploser. Comme l’épargne des Allemands sera de moins en moins disponible pour faire face à ce financement, la balance des paiements du pays devrait devenir déficitaire à partir de 2030 (après avoir progressé jusqu’en 2020). Le ZEW estime que le déficit courant allemand atteindra 3,8% du PIB en 2030 et 9% du PIB en 2040 !

  2. Tom
    Tom says:

    Tout cela est vrai mais reste du bla bla et ne représente pas le vrai danger en Europe d’ici à 2030 mais qu’une brindille dans ce qui va réellement brûler l’Europe si ce n’est totalement l’incinérer.

    En effet, l’Europe est un continent ou la population compétente diminue et avec peu de matière première, tout cela étant désormais en Asie et en Afrique.

    Le jour ou l’Asie (d’abord) puis l’Afrique nous fermerons leur porte car devenue autonomes et ne pouvant plus nous blairer (à commencer sans doute bientôt par la Russie) nous assisterons alors à un effondrement brutal et certainement une diminution énorme du montant des retraites, et tout cela sera accéléré par le fait que désormais l’Europe de par sa soumission au USA est devenue par l’Asie de plus ne plus détestée.

    N’oubliez pas : sans matières premières, rien à produire ni à consommer. Quant à la possibilité d’une 3 eme guerre mondiale qui permettrait au USA et à leur valet européen de reprendre le contrôle du monde, c’est mal barré les USA n’ayant à notre époque aucune garantie de pouvoir la gagner face à la Russie et aux géants asiatiques.

    Conclusion : barrez vous en Asie ou en Afrique.

  3. BA
    BA says:

    Evolution du commerce à l’intérieur de l’Union Européenne : c’est de pire en pire.

    Le commerce à l’intérieur de l’Union Européenne est redescendu à son niveau de 1986 !

    Dimanche 7 septembre 2014 :

    La Mise à mort de l’Union Européenne (en 1 Graphique).

    Combien de fois au cours de ces dernières années vous êtes-vous dit à vous-mêmes (ou n’importe lequel de ces dirigeants le moins au cœur de l’Europe) : « Union Européenne, quel est le but ? »

    Toute cette cession de souveraineté, toute cette centralisation du pouvoir, tout cet abandon de la prise de décision ; et pourquoi ? La réponse – bien sûr – libre-échanger, une union douanière permettant au commerce transfrontalier de s’épanouir et, dans les grands manuels d’économie du monde, pour chaque Etat membre de faire ce qu’ils font le mieux et avec le maximum de profit (VW allemand et yaourt grec ?).

    Tous ces sons merveilleux dans la pratique … sauf que ce graphique de recherche de la vérité met plutôt mal à l’aise en montrant que la dernière décennie a vu une accélération du déclin du commerce intra – Union Européenne, en particulier au cours des 4 dernières années – à des niveaux qui sont maintenant en dessous de ceux pré-UE .

    Donc, encore une fois, « quel est le but ? »

    Source : un graphique du think tank Bruegel, repris par Zerohedge.

    http://www.zerohedge.com/news/2014-09-03/death-knell-european-union-1-chart

  4. balt
    balt says:

    L’exemple Allemand prouve le contraire!Sa population vieillissante est plus travailleuse et plus innovante actuellement que celles de tous les pays qui essayent de modifier au forceps leur pyramide des ages!Il ne faut pas se baser sur la notion de dépenses des ménages uniquement!Ce modèle est justement en train de montrer ses limites.

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