BFM du 27 mai 2015 – A reculons

Philippe_bechade

A reculons : Philippe Béchade VS Rachid Medjaoui

Le président des Econoclastes ne le répétera jamais assez : « le terme marché est inapproprié lorsqu’il y a un acheteur unique » à savoir la Banque Centrale Européenne (BCE) sur les marchés européens. Toutefois on voit « qu’il y a des signaux de fragilité » notamment sur le DAX mais aussi en Italie, ce qui rejoint les propos de Jacques Sapir ces dernières semaines (cf. BFM du 5 mai 2015 – Prévisions de croissance). En effet, le système bancaire est morcelé, la productivité en baisse depuis plusieurs années et la dette italienne beaucoup plus importante que celle de la Grèce.

« Je pense que l’Italie est l’homme malade de l’Europe. »

Mais aujourd’hui, dans tout ce contexte, ce qui est, entre autre, dérangeant lorsque les médias nous informent de reprises économiques c’est que « intrinsèquement on ne voit pas les entreprises accroître leur chiffre d’affaire, ni accroître leurs marges. […] Il y a un problème aujourd’hui de profitabilité, de rentabilité du travail. »

« Aujourd’hui les marchés sont drivés par les liquidités, sans ça il y aurait un trou d’air. »

« Au premier trimestre 2015, 100% de la hausse des soit-disant profits vient des rachats de titres donc il n’y a pas de profit, c’est de la pure manip, c’est de la bidouille. » La réalité c’est que les investissements n’augmentent pas, les salaires n’augmentent pas, mais les entreprises empruntent pour gonfler leurs dividendes en rachetant leurs propres titres.

« C’est un capitalisme qui se mange, qui se dévore de lui-même. C’est Saturne dévorant ses enfants pour gâter ses actionnaires. »

Mais il n’y a pas qu’aux Etats-Unis ou en Europe que ça va mal. « Ils ne progressent pas en Chine, ils stagnent. Et si vous retirez les banques, les sociétés foncières, vous avez un PER de 40 sur la Bourse de Shanghai et à Shenzhen 71 de PER. Alors évidemment quand on regarde ça, on se demande combien de temps cette bulle peut tenir. » Concernant l’Europe, la situation est paradoxale. Les acheteurs « achètent à reculons » des actions car ils sont forcés de le faire par la Banque Centrale et sa politique des taux bas et de Quantitative Easing. La bulle gonfle donc des suites de cette politique folle.

« Les Banques Centrales sont plus fortes que les Etats. Que les Banques Centrales aient bien réagi en 2008-2009 en injectant des liquidités j’en conviens. Quand on tombe de la falaise on commence déjà à injecter un petit peu de morphine pour que le malade arrête de souffrir et ensuite on réduit les fractures. Mais là on n’a rien réduit du tout. Les Banques Centrales n’agissent que dans l’intérêt de la communauté financière. »

« Après la phase morphine, il fallait inverser tout un processus qui est qu’au lieu de faire faire des profits aux banques en leur disant « je vous rachèterai tout via mon QE » il fallait aussi distribuer quelque part plus de pouvoir d’achat, recréer de l’emploi. »

« Par rapport à 2008, le taux de population active [aux Etats-Unis] n’a absolument pas progressé. »

La vérité est simple, entre 90 et 93 millions d’américains qui pourraient travailler ne travaillent pas et les emplois créés sont en très grande majorité des temps partiel.

Rédigé par Raphaël Becanne

5 réponses
  1. Johnny
    Johnny says:

    Avis à la population, le QE de la BCE va faire montee encore et encore les bourses européennes.

    Sapin et cie vont continuer à nous parler de reprise ou inversion de la courbe de chômage.

    Mais l’essentiel est que le chômage ne baissera plus jamais (ou pas significativement). Nos économies ne veulent pas de sortir du carcan de la croissance. Dans la vie chaque chose que ce soit une personne, un animal ou une plante commence par croître très rapidement puis finit par ralentir pour ensuite s’arrêter de croître. Pourquoi il en serait différent de l’économie ?

    Ce qui va se passer est que la déflation va soit officiellement disparaître mais sera en réalité visible via une hausse d’années en années de faillite, ce qui va accroître encore et encore le chômage.
    Les chômeurs de longue durée, une fois qu’ils n’auront plus que RSA pour vivre arrêteront d’aller au resto, au cinéma, acheter des fringues … ce qui va davantage accentuer la rétractation de l’économie.
    Une bourse qui monte et qui enrichit artificiellement un état, une population qui s’appauvrit, tout ça ne pourra se terminer qu’en hyperinflation.

  2. emmanuel
    emmanuel says:

    Robert SHILLER propose de relancer la croissance en construisant des Autoroutes… Il fait reference dans un article a Roosevelt.
    C’est consternant.

    Et de plus il pense que la crise est dans la tete des gens.
    Je pense plutot que cela se passé dans leur portefeuille.

    Ce personnage est prix nobel d’economie. Un prix qui du reste ne devrait pas exister considerant le Testament Nobel.

    Il est plus qu’evident que cette fin de monde les pertube tous…

  3. GuillaumeM
    GuillaumeM says:

    Pour les 1% l’Europe doit devenir comme les Etats Unis, donc pour savoir ce qu’on deviendra il faut voir comment ils vivent (taux de chômage, état sécuritaire, non démocratique…) notre espoir est dans la révolte du peuple américain… c’est malheureux mais c’est la ou il y a le plus de chance; toutes nos manifestations en Europe ça aide, j’encourage, ça les ralentiras peut être.

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