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Et l’Award de la plus bluffante manipulation indicielle est attribuée à…

Quel discret héros se verra attribué l’Award de la plus implacable et plus précise manipulation de cours de l’histoire de Wall Street ?

La semaine du 29 février au 4 mars devait s’achever par le retour du S&P 500 au contact voir au-dessus des 2.000Pts et le contrat a été plus qu’efficacement rempli avec une incursion vers 2009Pts et une clôture –et là on se frotte les yeux tant les « algos » ne cessent de nous époustoufler- à… 1.999,99Pts.

L’objectif était naturellement de finir à 2.000Pts: en terminer à 0,00005% de l’objectif, cela pulvérise tous les records historiques de précision jamais observés à Wall Street.

 

Les esprits chagrins déploreront cependant que le score final n’ait pas été de 2.000,01Pts… mais bon, j’aimerais bien les y voir : il faut pouvoir générer une centaine de milliers d’ordres au cours des 2 dernières secondes de la séance pour « ajuster » le cours des 500 valeurs du « S&P ».
Pour ceux qui n’auraient pas suivi le fantastique bond qualitatif des « algos » depuis 2006 –d’autres le situent à 2008 avec la création de la firme Virtu Financial par Vincent Viola, l’ancien dirigeant du  New York Mercantile Exchange, sachez que la trajectoire et la clôture d’un indice boursier, cela se programme avec la précision d’un instrument de type accélérateur de particules

 

De nombreux génies des « algos » ont d’ailleurs fait leurs classes dans des domaines aussi pointus que l’astrophysique ou la physique quantique avant de succomber aux salaires à 7 chiffres proposés par les quelques banques qui ont les moyens de les faire réfléchir à 2 fois avant d’accepter un poste de chercheur au CERN ou la NASA.

 

En l’occurrence, on ne leur demande pas de chercher mais de trouver des martingales pour gagner à tous les coups, tous les jours, que les indices montent ou baissent ou se retrouvent prisonniers d’une « camisole algorithmique » (dont la vocation première est d’écraser la volatilité… et de faire gagner des fortunes à ceux qui vendent des instruments de couverture lors des pics de nervosité).

 

Virtu Financial en apporte la démonstration avec 99,9% de journée de trading gagnantes depuis 2008… et ce sur tous les continents où la firme possède des filiales (Dublin pour l’Europe, Singapour pour l’Asie).

 

Mais Virtu –et tous ses clones spécialisés dans le trading haute fréquence (HFT)- se contentent de prélever leur dîme à chaque milliseconde sur de micro-écarts de cours en l’échange –c’est leur alibi constant- d’une optimisation de la liquidité qui « fluidifie » les échanges, ce qui profite en théorie à tout le monde.

 

Ils omettent de préciser qu’en cas de pic de volatilité, les ordinateurs éliminent –toujours en quelques millisecondes- tous les ordres susceptibles d’apporter une contrepartie à ceux qui cherchent une porte de sortie quand une tendance se radicalise.

Piloter la tendance avec l’efficacité et la précision d’un opérateur de drône demeure le privilège les « sherpas » de Wall Street.

 

Il s’agit des banques « systémiques » ayant le statut de « SVT » (spécialistes des valeurs du Trésor) et un accès direct et prioritaire aux liquidités des banques centrales, et privilège qui n’a pas de prix, qui sont consultées dans le cadre de la mise au point et le suivi de la stratégie monétaire globale des différents instituts d’émission.

 

Elles sont d’une certaine façon en permanence « dans le secret des dieux » puisque rien ne peut se décider sans elles et les banques centrales sont les premières à reconnaître qu’aucune politique monétaire ne peut être menée avec succès sans recueillir un large assentiment des principaux acteurs du « marché ».

 

Les banques systémiques seront par exemple les premières à actionner le signal d’alarme si les taux devenus trop négatifs menacent pour de bon leur rentabilité.

 

Mais qu’est-ce qui pourrait bien les inquiéter à court terme ?

 

Tout monte avec une parfaitement simultanéité: les actions et le pétrole, les rendements obligataires et l’once d’or (on peut y ajouter l’argent et le platine).

 

Les systèmes d’investissement antagonistes sont devenus synchrones tandis que l’évolution des indices boursiers constitue un reflet inversé des fondamentaux, partant du principe que les banques centrales ne peuvent –comme une mère attentive- supporter longtemps les cris de détresse du nourrisson.

Et le « marché » ne tarde pas à être obnubilé par des questions telles que « de combien sera augmenté le « QE » lors de la prochaine réunion de la BCE, ou de combien le taux de prise en pension sera-t-il abaissé ? ».

Alors que les seules bonnes questions à se poser c’est : « pourquoi les 60MdsE actuels ne donnent aucun résultat et pourquoi des taux sans cesse plus négatifs débouchent sur une intensification des pressions déflationnistes ? »

 

La remontée fulgurante des indices de +15% en 3 semaines –à l’image du CAC40- démontre que chercher des réponses est une perte de temps et qu’il importe d’abord de suivre la tendance, synthèse de toute l’information disponible et des anticipations les plus pertinentes qui en découlent.

La « tendance » s’impose d’évidence à qui jette les yeux sur les graphiques, matérialisation incontestable de l’omniscience prospective des marchés.

 

Mais les graphiques, avec leur succession de biseaux, têtes/épaules, tendances en ligne, etc. ne reflètent plus depuis longtemps le moindre état « psychologique du marché »: ils ont été depuis une bonne décennie « retournés » par les génies des « algos » pour dessiner à volonté les « figures » facilement identifiables qui induisent les comportements moutonniers désirés.

 

C’est « la queue qui remue le chien ».

 

Et allez savoir si à force de se mettre la tête à l’envers devant le miroir, ce n’est pas la grimace algorithmique qui croit avoir appris à faire le vieux singe ?

Alors quel genre d’Award décerner au meilleur manipulateur d’indice de l’édition 2016 pour l’ensemble de son oeuvre ?

Je propose la banane.

Et pour les marchés: attention à ne pas marcher sur la peau !

 

 

Ph Béchade

5 réponses
  1. emmanuel
    emmanuel says:

    Alle super Mario.
    Achetes des actions EDF.
    Les Anglais veulent quitter l’EU.
    Et c’est la France qui va devoir payer ces 2 EPr dont la facture va bien entendu etre le double ou le triple du budget initial.
    Que Cameron finance ses EPR.
    Ce n’est pas aux contribuables Francais de payer la facture.
    Le prix du KW h est en chute libre au RU.
    Et les Angalis peuvent choisir un autre fournisseur qu’EDF.
    Donc in fine c’est bien le contribuable Francais qui va payer…
    Donc cette affaire d’EPR est juste grotesque, est peut effectivement couler EDF.

  2. rabah
    rabah says:

    Bonjour,

    Est t’il possible de vulgariser un peu plus les articles, c’est trop technique pour le commun des mortels 🙂

    Merci

  3. Julien FIQUET
    Julien FIQUET says:

    Pour comprendre les termes et les concept n’hésitez pas à recourir à des Wikis économiques, ou du Wikipedia, il y a parfois même des exemples historiques intéressants.

    Je réitère ma question posé sur un billet d’O. Delamarche : Pensez vous réellement qu’on puisse changer les algos?
    Quand on connait la complexité des formules connue par deux gus, les imbrication d’algorithme, les ramification sur divers calculateurs, je me pose une question: Est il vraiment prévu de modifier facilement ces algorithme?

    Et ne donnons pas trop de crédit aux talents des grandes écoles et autres génies:

    – Si c’est comme l’ENA on risque pas grand chose

    -Malgré toute leur bonne volonté et leur talent ils ne répondent qu’a une chose: le besoin de rendement, donc il n’est pas recherché de formule magique, juste des formules qui rapportent.

    Point de cynisme dans mon commentaire 😉

  4. RGT
    RGT says:

    Tous les logiciels ont des bugs…
    Et plus le bug est long à survenir, plus des conséquences sont tragiques…
    Il faut donc s’attendre à un méga crash un de ces jours qui risque de laisser l’économie (la vraie) totalement ravagée et nos comptes bancaires ratissés.
    Et qui bien sûr payera l’addition?
    Je vous le donne en mille : Vous et moi bien sur !!!

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