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Qui va nous débarrasser de cette fichue Tina ?

Ce n’est pas la 1ère fois que j’évoque ce postulat attribué à Margareth Thatcher « There Is No Alternative », d’où l’acronyme « TINA ».

La paternité en revient en fait à l’économiste Herbert Spencer, dont la Dame de Fer s’inspira largement.

Un siècle plus tôt, son maître a penser plaidait déjà pour l’avènement d’un capitalisme globalisé, pour une pure économie de marché et le libre échange.

Un siècle plus tard, l’utopie devenait une réalité : de 1985 à novembre 2001 (accession de la Chine à l’OMC), le commerce devint en effet global, tous les garde-fous protégeant le système financier (notamment le Glass-Steagal Act) furent démolis, la dérégulation des marchés (obligataire, action, matières premières, énergie) fut totale, donnant naissance à des monstres comme Enron, Lehman, AIG, Deutsche Bank, etc.

La besogne ultralibérale fut achevée durant le second mandat de Bill Clinton, alors que l’Amérique se passionnait pour l’affaire Lewinsky (quelques taches suspectes sur une petite robe bleue… et cette question en forme d’enjeu de civilisation « est-ce que sucer, c’est tromper ? ») .

Pendant ce temps là, Larry Summers et Alan Greenspan orchestraient sans être dérangés -ni susciter la curiosité des médias- la mise en place des conditions réglementaires (ultra-laxistes) et monétaires (ultra-expansionnistes) qui menèrent à la bulle des « dot-com », puis à la crise des « subprime »… puis désormais au « grand retournement », ou plutôt « au grand transfert » de la richesse des 99% au profit des 0,001% (de 2009 à 2016).

Les 0,999% les plus fortuné (qui complètent les « 1% ») ne constituent qu’un halo de richesse diffuse et hétérogène autour du noyau des milliardaires et ultra-milliardaires (au nombre de 550 aux Etats Unis) qui contrôlent 90% des médias US, qui font et défont les lois au Congrès -toujours en leur faveur cela tombe sous le sens-, peu importe que Démocrates ou Républicains soient au pouvoir.

Et si TINA est de retour, c’est que ses défenseurs -ultra-majoritaires au sein des « 1% » et plus encore au sein des 0,001%- se sentent obligés de monter au créneau depuis la dernière réunion de Jackson Hole et plus encore depuis le 8 septembre, date à partir de laquelle les taux longs se sont mis à se retendre significativement tandis que la volatilité refaisait surface à Wall Street (notamment les 9 et 12 septembre dernier).

Les T-Bonds 2026 offrent désormais 1,70 et jusqu’à 1,75% contre 1,52% avant que Mario Draghi s’exprime depuis Francfort à l’issue de son dernier FOMC.

Dans le même temps, les Bunds qui affichaient -0,12% ont grimpé jusqu’à +0,08% avant de retomber vers 0,1% mi-septembre, suite à une déferlante de chiffres économiques décevants de part et d’autre de l’Atlantique (entre estimations de croissance revues à la baisse au Danemark, en Suisse puis en Allemagne et activité industrielle, productivité, consommation des ménages US en berne).

Beaucoup trop de voyants qui passent au rouge et qui remettent en question la politique monétaire obstinément expansionniste et l’interventionnisme forcené des banques centrales. 

Il y a tout juste un mois, lors d’un précédent commentaire, j’avais comptabilisé 666 interventions de banques centrales (tous pays de l’OCDE confondus), le 16 septembre au matin, l’abaissement du taux directeur de la banque de Russie (de 10,5% à 10%) fut le 691ème mouvement participant au renforcement d’un environnement monétaire plus accommodant.

Saluons au passage cette initiative d’Elvira Niaboullina qui semble gagner au fil des mois de la crédibilité à la tête de la banque centrale de Russie… tandis que Janet Yellen semble perdre de la sienne à la tête de la FED.

Janet paye pour le lamentable épisode de manipulation grossière des marchés de taux de la première décade de septembre, avec 4 « faucons » -dont Stanley Fischer, le vice-président lui même- se succédant du 2 au 12 septembre pour accréditer une possible hausse de taux des « FED-Funds » le 21 septembre, un scénario enterré le lundi 12 par Lael Brainard.

C’est une « colombe » qui fonctionne sur la même longueur d’onde que la patronne de la FED… et dont les avis -en amont des FOMC- coïncident à chaque fois avec le choix de l’action ou de l’inaction sur les taux depuis 18 mois.

Alors bien sur, les défenseurs de Janet Yellen s’empressent de l’absoudre : le vol des faucons de début décembre était simplement destiné à mesurer la nervosité potentielle des marchés en cas de tour de vis anticipé… et sans doute prématuré en regard des derniers chiffres publiés à la veille des « 4 sorcières » (séance du 16 septembre).

En ce qui concerne Mario Draghi qui s’est contenté le 8 septembre dernier d’une séance d’autocongratulation au motif que la BCE avait réussi à « défragmenter » la structure du coût de refinancement des Etats au sein de l’Eurozone… ce qui lui a valu quelques questions poil à gratter concernant le volume de crédit supplémentaire que le « bazooka » monétaire aurait engendré.

C’était écrit dans un rapport, mais plus personne ne se souvenait où il avait été archivé… et puis la BCE c’est grand : c’est même le plus phénoménal building construit en Allemagne depuis 2009 (pour un budget de 1,2MdsE).

Car rien n’est trop beau ni trop cher aux yeux des nouveaux maîtres du monde, et de leur chef « super Mario ».

Personne n’a eu l’outrecuidance de lui demander pourquoi ni la croissance, ni l’inflation ne donnaient de signe d’inflexion à la hausse depuis que le « QE » a été lancé, sur fond de taux de prises en pension punitifs (à -0,4%).

La réponse, chacun la connaît: il suffit de se montrer patient.


Parce que la patience résout tout : il suffit d’attendre que le prix des matières remonte « naturellement », que nos gouvernants (les « politiques ») se mettent d’accord sur un plan de relance par la dette.

Il leur était interdit de le faire quand l’Eurozone affichait 66% d’endettement -austérité post crise des « subprime » oblige- mais maintenant que le fardeau dépasse 100%, il faut y aller plein pot.

C’est évident puisque le coût de la dette a été ramené à zéro et que plus du tiers des émissions obligataires en Euro rapportent à ceux qui empruntent (c’est également le cas pour 25% des instruments de taux en circulation dans le monde) : le « passif » est devenu un actif, il serait temps que les gouvernements saisissent cette opportunité.

Les banques centrales semblent réticentes à imprimer plus de fausse monnaie parce que cela n’a jamais eu comme seul effet mesurable que de gonfler des bulles d’actifs… et que ça commence à être bien trop visible, à tel point que même les initiés quittent le terrain et regagnent les vestiaires, d’où un spectaculaire effondrement des volumes depuis le rebond orchestré en février dernier, puis cet été consécutivement au « Brexit ».

Les marchés (obligataires et actions) sont devenus si étroits qu’il est désormais impossible d’en sortir.

Il n’y pas de raison de vendre tant que les banques centrales parviennent à convaincre les opérateurs qu’elles sont capables de pousser le prix des actifs toujours plus haut, mais les gestions réalisent qu’il est en pratique quasiment impossible de trouver de la contrepartie en cas d’arbitrage sectoriel, alors ne parlons pas de réduire la voilure.

Cela signifie que nous sommes parvenus à ce moment très particulier où la banque centrale est devenue le seul et unique acheteur au quotidien : si la masse monétaire -auxquels les « actifs » sont intégralement corrélés- cessent de croître, le système actuel s’effondre tout entier.

C’est donc « TINA » qui s’impose: il n’y a pas d’alternative… il faut continuer d’imprimer !

Ce « système » ne constitue qu’un gigantesque schéma de Ponzi où l’argent « extrait de l’air ambiant » (out of the thin air) sert à racheter les dettes qui ne peuvent être remboursées, aussi bien au Japon qu’en Grèce, au Portugal ou aux Etats Unis (notamment les dettes municipales US qui constituent un équivalent des emprunts porto-ricains en défaut, mais à la puissance 50).

Donc, si les banques centrales doivent cesser de déverser leurs billets de Monopoly directement dans les poches de leurs actionnaires (dans le cas de la FED qui est une institution privée) ou dans celles de leurs anciens collègues de Goldman Sachs (dont sont issus les patrons de la BCE et de la Bank of England), il faut bien que quelqu’un contribue à justifier l’impression de toujours plus de « fiat monnaie ».

Et qui verrait une objection à ce que les états européens prennent le relais -toujours au nom de l’intérêt général- en se lançant dans une relance par la dette « à la japonaise », avec une BCE qui se charge de tout monétiser avec la bénédiction des marchés ?

Même scénario aux Etats Unis où Hillary Clinton promet 375Mds$ d’investissements dans les infrastructures, plus une poursuite des guerres impériales au Proche Orient (qui coûtent entre 400 et 500Mds$ par an), tandis que Donald Trump promet 700Mds$ de dépenses d’équipement et de rénovations sensées redonner du boulot à des dizaines de millions d’américains.

Tiens, au passage, si des dizaines de millions de ses concitoyens pourraient retrouver un emploi, c’est que le taux de chômage réel doit être largement supérieur à 4,8 ou 4,9% des « stats officielles », non (cf. Le mirage du plein emploi aux Etats-Unis) ?

Mais si ce colossal mensonge politique n’est plus à démontrer pour ceux qui nous lisent, il a fallu que survienne l’investiture de Donald Trump pour que la planète entière prenne conscience que des dizaines de millions de ses supporters se recrutaient parmi les déclassés .

Oui, ces millions de « jobless » qui ont disparu du radar de la statistique officielle ou qui se sentent menacés de l’être, parce que mêmes les lois comme « Obamacare » – à force d’amendements et d’obstruction de la part du camp républicain et de son allié du « tea party »- se retournent financièrement contre ceux qui devraient en bénéficier.

Et c’est là qu’un système politique bi-partisan complètement verrouillé (et dont les néoconservateurs pilotent la politique étrangère depuis les années Reagan) et entièrement acquis au principe économique du « TINA » finit par secréter une alternative réputée encore pire que le système qu’il prétend abolir.

Trump semble pire, parce que complètement ignorant des subtilités du jeu d’échec géostratégique dont le Dollar et le pétrole constituent les deux pièces majeures.

Pire, parce qu’ignorant tout du pilotage, il est pourtant le seul à prétendre avec raison que l’avion économique vole à l’envers -avec toutes les commandes bloquées- et que dans ces conditions, il lui sera impossible d’atterrir.

Il propose de remplacer la commandante de bord -Janet Yellen- et tout son équipage mais il n’a en réalité aucune idée de la façon de remettre l’avion à l’endroit, ni combien de blessés supplémentaires résulteront d’une manœuvre de retournement.

Et pour filer la métaphore, seuls les pilotes et l’équipage -parfaitement sanglés sur leur siège à double harnais et bien préparés à l’amorce d’un looping- s’en tirent sans un bleu et sans une égratignure… mais dans la cabine, pour les 400 passagers de la « classe éco », depuis 8 ans, c’est chaos, plaies et fractures.

A ce stade, il y a bien une alternative : soit remettre l’avion à l’endroit quoi qu’il en coûte -c’est-à-dire renverser la courbe de taux et laisser les marchés « pricer » le risque- soit le laisser voler sur le dos jusqu’à épuisement du carburant monétaire, avec la certitude qu’il se désintégrera en touchant le sol.

La première solution semble préférable à la seconde… mais l’Amérique et le Monde peuvent-ils se permettre de confier la mise en oeuvre d’une telle manoeuvre à Donald Trump ? 

Nous détestons « TINA », Wall Street risque de haïr « TAO » (Try Another Option).

Ph Béchade

3 réponses
  1. Dahool
    Dahool says:

    Bonjour

    Même les econoclastes tombent dans le piège du « tout sauf Trump ! » ?

    Vouloir mettre 700… dans les infrastructures pour redonner du boulot à son pays tel que dit dans l’article, c’est mal ?
    Ne pas vouloir faire la guerre partout sur la planète, c’est mal ?
    Mettre entre 400 et 500…dans l’industrie de guerre, c’est mieux ?

    Étonnant, moi je dirais « et pourquoi pas ? »
    Avant de vouloir gérer le monde, on remet de l’ordre dans ses affaires, c’est ce que semble vouloir faire Trump, quoi qu’on en dise.
    Si ce type ne se fait pas manipuler et qu’il est élu, nous aurons peut être la paix, c’est mal ?
    Ce qui est sur, c’est que nous ne l’aurons pas avec l’autre, morte ou vivante. Ça sera même pire, elle le dit !

    Pour ce qui est du reste de l’article, excellent car limpide. Vous êtes parfois compliqué Mr Bechade ! Lol

  2. CaTeRegarde
    CaTeRegarde says:

    Il n’aurait pas changé de conseiller financier il y a quelque mois pour prendre un ex de Goldman Saxe ? Toute la politique planétaire pue en ce moment, mais d’une force !!! Alors d’espérance en trahison, je ne fait plus aucune confiance aux « élus », encore moins aux « auto-élu de D… », l’État Profond, tout ça… La seule solution réside dans la grande liquidation du système financier selon moi, de toute façon il n’y a plus rien a sauver, alors autant que ceux qui ont foutu le bordel paie [CENSURÉ car illégal]. Un grand « reset » de l’élite en somme, ce ne serait que justice après tout. Et après ? Ben on s’en tape, ce sera le chaos de toutes façons, chacun pour soi et Dieu pour tous, comme maintenant mais avec les salopards au fond d’une fosse commune.

  3. TZYACK
    TZYACK says:

    Quelle ironie : Avec les taux négatifs, les Banquiers, qui viennent récemment d’en prendre conscience, tentent de transfuser l’Economie réelle qu’ils ont vampirisée pendant plus de 40 ans, en final à leur détriment !

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