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Encore un « coup sûr » qui se termine en coup de pied au cul

Voilà, c’est donc officiellement fait ; le baril de pétrole est repassé au-dessus des 40$. La tendance baissière est remise en question et la plupart des shorts ultra-convaincus sont en train de se demander ce qu’ils font là et pourquoi ce n’est qu’à eux que ça arrive.

Depuis 48 heures, on est de plus en plus convaincus que la semaine prochaine les pays producteurs de pétrole vont se mettre d’accord et que les quotas de production vont être revus à la baisse pour essayer de trouver un prix un peu plus convenables pour eux.

Je rappelle donc pour mémoire, que depuis la fin de l’année, nous sommes ABSOLUMENT certains que le pétrole DOIT ALLER à 20$. C’était une annonce quasi-officielle qui était faite régulièrement par les banques d’affaires qui venaient à peu près nous dire que « cette fois c’est CERTAIN, il n’y a AUCUN DOUTE, le pétrole DOIT aller à 20$, voir même plus bas selon certains extrémistes.

Rarement dans le monde de l’investissement nous n’avions été aussi convaincus et jamais on nous avait matraqué autant cette absolue certitude. À tel point que si, début janvier, vous aviez l’outrecuidance de mettre en doute la possibilité de voir les 20$ sur le baril, on vous regardait avec le regard condescendant qui voulait dire : « laisse-tomber-le-pauvre-idiot-dans-son-coin-il-ne-veut-rien-comprendre-pourtant-nous-on-SAIT ». Et ensuite on vous laissait dans votre coin, vous ignorant superbement parce que vous étiez définitivement pas du même bac à sable.

En janvier, il y avait ceux qui SAVAIENT que le pétrole allait à 20$ et ceux qui étaient suffisamment idiots pour ne pas vouloir voir l’évidence. Que dis-je, même pas l’évidence, c’était carrément écrit sur les murs des grottes Lascaux… La phrase «QUOI ?????? T’ES PAS SHORT PÉTROLE, MAIS T’ES IDIOT OU BIEN ???? », était devenue presque plus populaire que « comment ça a été, t’as passé un bon week-end ? ».

Forcément, dans la finance c’est toujours dommage de rater un « coup sûr ».

SAUF QUE…

Oui, sauf que, expérience vécue, depuis 25 ans que je fais ce métier, les « coups sûr » se sont transformés en coup de pied au cul environ 97% du temps. Alors forcément, au bout d’un moment, on doute.

Bref, hier le pétrole a repassé les 40$, pour l’instant les 1253 analystes qui ont on « Price Target » à 20$ et qui ont serré les fesses jusque-là commencent à avoir les larmes aux yeux et il n’est pas impossible que les « révisions de target » commencent à tomber sur les téléscripteurs dans les jours qui viennent. À moins que les 1253 analystes en question préfèrent prendre un congé sabbatique comme l’avait fait Monsieur Murti de chez Goldman Sachs. Monsieur Murti était le dernier analyste à nous avoir juré que c’était UN COUP SÛR, le pétrole devait aller à 300$ en 2008. Nous étions à 145$. Ensuite, quand six mois plus tard, le baril touchait les 40$, Monsieur Murti était parti en stage de médiation pour une durée indéterminée dans une lamaserie au Tibet. On ne l’a jamais revu ou presque.

J’imagine donc qu’il y a tout de même deux-trois analystes hyper-convaincus et convaincants qui doivent être en train de se raser le crâne et de chercher des billets d’avion pour Lhassa.

Le pétrole est monté, du coup les indices américains terminent au plus haut de l’année et en hausse pour l’année. Là aussi, on peut se poser des questions. Je rappelle que nous allions tous mourir dans le courant du mois de février et que là, soudainement on se demande qu’est-ce que l’on fait ici et ce qu’il faut « vendre » pour ne pas se faire prendre dans le prochain krach que l’on sait tous inévitable.

En ce début d’année 2016, je crois que l’on peut dire que l’on s’est tous fait prendre à contrepied et il y a pas mal de certitudes qui en prennent plein les dents.

Les chiffres économiques américains étaient encourageants – les jobless claims étaient en hausse, mais les licenciements ralentissent, le Philly FED tournait en terrain positif pour la première fois depuis 7 mois – et puis, surtout, on notera que FedEx a publié des chiffres nettement meilleurs que les attentes et le titre bondissait de plus 11%. FedEx est souvent considéré comme un indicateur avancé de la consommation aux USA et on dit (des fois) que quand FedEx va, tout va. C’est probablement un peu réducteur comme vision ou comme indicateur technique, mais il ne faut tout de même pas le négliger. Hier le marché l’a en tous cas pris comme un bon signe. On notera au passage que Valeant s’est encore pris 11% dans le cornet et que S&P a annoncé qu’ils ont placé le fonds de Bill Ackman – Pershing Square Capital sur « à réviser ». Ackman a un rating de triple B et S&P, qui vient toujours après la pluie… En fait non, ils ne viennent pas après la pluie, ils viennent après la pluie, le soleil qui est revenu et après la seconde pluie… Ils viennent donc annoncer avec un grand sourire idiot que « dans les trois mois à venir », ils pourraient revoir le rating d’Ackman. Et ils expliquent leur décision par le communiqué de presse suivant :

Avant de lire la suite, je vais vous demander de vous mettre en condition et de penser à un truc triste.

S&P a déclaré « nous avons placé le rating de Pershing sous surveillance négative suite à la baisse substantielle des asset de Pershing Square sur les 5 derniers mois (ndlr : plus de 30%) suite à une très faible performance ». La décision devrait être prise dans les 3 mois à venir.

Ça tombe bien, parce qu’en deux mois et demi, Ackman a perdu 26%, ça laisse de la marge pour les trois mois suivants. La question que je me pose donc ce matin c’est : « Suis-je le seul à penser que S&P, Moody’s et Fitch ne servent strictement à rien ??? »

Encore un « coup sûr » qui se termine en coup de pied au cul - Hedgeye

Hier en Europe, on ne s’occupait pas du pétrole, ni de Bill Ackman, ni de FedEx. Ce qui nous perturbait, c’était l’Euro. Ce dernier était un peu trop fort à notre goût (1.13) et impactait un peu trop les exportatrices. Du coup, vague d’inquiétude sur le secteur et tout le monde a tout vendu. Sur exportatrices. C’est vrai que l’Euro qui passe de 1.12 à 1.13, ça fout les jetons. On se demande d’ailleurs si BMW, Mercedes et Porsche ne vont pas fermer leurs portes la semaine prochaine et mettre tout le monde au chômage technique pour une durée indéterminée. Et je ne vous dis même pas ce qui nous attend si l’Euro/$ passe à 1.15…

En revanche, on s’est fait plaisir sur Glencore qui prenait près de 10% après avoir annoncé leur désir de vendre leurs trains transporteurs de charbon en Australie.

Ce matin le pétrole est à 40.24$, l’or est à 1263$ et l’Asie est bien aidée par la « faiblesse actuelle » du dollar. La Chine est en hausse de près de 2%, Hong Kong avance de 0.6%, mais en revanche, qui dit faiblesse du dollar dit force du Yen et ça n’arrange pas forcément Kuroda au Japon. Le Nikkei est au plus mal et recul de 1.5%.

Dans les nouvelles du jour, le FT se pose des questions sur les investisseurs en Hedge Funds après les dernières déconfitures de certains. Le journal estime que les clients sont en train de se mettre en « risk averse ». Cependant on peut largement se poser la question suivante : « est-ce que l’entêtement de trois idiots à droite et à gauche représente la totalité du monde du Hedge Funds ???? » – Je ne crois pas et cela paraîtrait totalement stupide de penser de cette façon, pas étonnant qu’on le ramène dans les médias, mais parfaitement ridicule. Ackman n’est PAS le baromètre de l’industrie.

Ailleurs, un analyste technique sur CNBC pense qu’Apple est bord d’un énoooooorme rallye. Selon lui le titre devrait atteindre les 170$ d’ici 2017, ce qui pour Apple ne représente pas un énooooooorme rallye à mon sens, mais si ça fait plaisir…

Encore un « coup sûr » qui se termine en coup de pied au cul - Hedgeye 2

Le Barron’s pense que le fait que Bill Ackman ait vendu sa participation dans Mondelez est une belle opportunité d’achat. Vladimir Poutine lance sa propre agence de rating, c’est peut-être la seule qu’il vaudra mieux ne pas critiquer. Et hier la BNS maintenait ses taux négatifs sur le long terme, le libor devrait continuer a fluctuer entre -1.25% et -0.25% – je continue de payer trop cher mes intérêts hypothécaires.

Côté chiffres économiques nous aurons le PPI en Allemagne, les salaires et le coût de l’emploi en Europe. Puis le CPI au Canada et le Michigan Consumer Sentiment aux USA. Petite journée économique et petite fin de semaine. Pour autant que vous ne soyez pas short pétrole depuis 3 mois.

Actuellement les futures sont légèrement en hausse, l’Euro/$ est à 1.1313, le yen vaut 111.44, le GBP vaut 1.4466, le $/Suisse recule à 0.9671, l’Euro/Suisse vaut 1.0940, le Bitcoin s’échange à 417$ et le rendement du 10 ans US est de 1.87%.

Voilà, c’est tout pour ce matin. C’est également tout pour cette semaine. Il me reste à vous souhaiter un excellent week-end, nous on se retrouve lundi pour se trouver de nouvelles convictions et de nouvelles raisons de croire que cette hausse ne peut pas durer.

 

 

 

2 réponses
  1. sgmsg
    sgmsg says:

    Franchement, j’aimerais bien savoir quel est votre point. Le pétrole va monter ou il va baisser et pourquoi?

    La planète est endettée. Pratiquement les acteurs économiques [hormis les banques et les banques centrales qui s’en balancent] doivent couper dans les dépenses [d’où baisse de consommation de pétrole] pour se tenir a flot et doivent augmenter les revenus coûte que coûte [d’où l’augmentation de la production du pétrole], La guerre des parts des marché lancée par l’Arabie Saoudite n’est seulement de l’anticipation plutôt que de la passivité devant l’inévitable..

    S’ajoute à ce concert de surproduction, l’Iran qui veut obtenir des biens dont il a été privé depuis trop longtemps. Le seul obstacle est le délabrement des équipements qui retarde la production.

    Le marché s’emballe à la hausse sur la velléité d’un gel de production à un niveau record dont l’Iran refuse et, de mémoire, le Qatar va bafoué allègrement cette accord si un des acteurs refuse de limiter sa production.

    Donc d’un côté l’économie se dégrade, en tout cas c’est ce que dit Olivier Delamarche, De l’autre les producteurs endettés ou dépensiers doivent produire pour rencontrer les fins de mois.

    Le seul producteur important qui n’est aussi embourbé dans cette situation est la Russie. Alors pourquoi s’entendrait-il dans l’immédiat alors que si elle patiente un an ou deux, la quasi totalité des producteurs la plupart alliés des États-Unis et incluant les États-Unis risquent de s’empêtrer dans troubles politiques majeurs. Cette entente sauverait donc ceux qui font la guerre à la Russie de Vladimir Poutine: logique implacable O_o.

    On peut se demander si la hausse du prix actuel du pétrole n’est pas dû en partie à l’intervention des banques centrales. Elles interviennent dans les marchés boursiers, alors pourquoi pas dans le pétrole. Le seul hic c’est que depuis que les courts montent, le nombre de puits en activité au US augmentent et donc la production. Tout va pour le mieux jusqu’au jour ou Cushing ne sera plus capable de stocker une seule goutte de pétrole supplémentaire.

    Dès lors soi le baril tombera à la manière d’un crash éclair à moins d’un dollars, soi les banques centrales achèteront du pétrole qui n’aura pas à être sortie du sol. Dès lors, nous serons rendus aux hélicoptères monétaires.

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